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La Belgique se désengage partiellement de la lutte contre Daesh

Depuis Amman, Didier Reynders a annoncé un engagement réduit des F16 belges. Question de coût. Daesh, pourtant, ne recule pas et gagne même la « guerre de la communication ».

Chef du service Monde Temps de lecture: 4 min

La Belgique envisage de réduire son engagement militaire contre Daesh (le groupe « Etat islamique »). C’est ce qu’a laissé entendre, dimanche à Amman, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders. Concrètement, la Belgique retirerait ses six F16 engagés depuis début octobre – à partir d’une base en Jordanie – dans les bombardements de la coalition internationale contre l’organisation djihadiste sur le territoire irakien.

« Pour alléger la charge », la Belgique négocie actuellement un « système de rotation », selon les mots de Didier Reynders, avec les Pays-Bas. Il ne s’agirait toutefois pas véritablement d’une « rotation »  : les Néerlandais conserveraient leurs huit F16 actuellement engagés contre Daesh, jusqu’au retour des appareils belges, en 2016... Ceux-ci reviendraient par conséquent prêter main-forte à la coalition anti-Daesh, mais celle-ci serait - globalement - numériquement affaiblie.

« Il restera des équipes belges au sol », a néanmoins précisé le vice-Premier ministre MR sans autres précisions. Pour l’heure, quelque 120 militaires belges sont stationnés en Jordanie, pour les besoins des F16, et une trentaine font de la formation à Bagdad même.

Le gouvernement de Charles Michel devra trancher dans les prochains jours, l’actuelle mission des F16 se terminant le 30 juin. La balle est maintenant dans le camp du ministre de la Défense, Steven Vandeput (NVA), qui vient d’effectuer une visite à Bagdad, et qui devra présenter une proposition formelle au gouvernement.

Didier Reynders est arrivé dans la capitale jordanienne dans la nuit de samedi à dimanche. Hier, il a été reçu par le roi Abdallah et eu des entretiens avec son homologue jordanien, Nasser Joudeh. Ce lundi, il rendra visite aux équipages et au personnel en charge des F16 belges sur la base d’Azraq, à l’est d’Amman. Et, mardi, il se rendra à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, pour des discussions avec les autorités locales et des représentants de la minorité yézidie.

Daesh ! Au cours de tout ce voyage au Moyen-Orient, il ne sera question que de l’« Etat islamique », qui n’a cessé de s’étendre depuis un an, pour contrôler aujourd’hui un tiers de l’Irak et la moitié de la Syrie. Faut-il changer de stratégie face à ses succès militaires ? Engager des forces internationales au sol ? Par la voix de Didier Reynders, la Belgique dit se préparer à un désengagement partiel et, dans le même souffle, elle préconise que « d’autres y aillent »  : « Il faut que les pays de la région s’impliquent davantage », affirmait hier le chef de la diplomatie belge. « Pour nous, au sol, c’est non », rappelait-il.

Mais que veulent au juste les Américains, qui dirigent les opérations de la coalition internationale ? Il nous revient que la question a été posée par les responsables jordaniens eux-mêmes lors de leurs échanges de vues hier avec Didier Reynders. Car la Jordanie, qui est toujours très en colère après l’horrible mise à mort de son pilote, brûlé vif par Daesh, se dit prête à procéder à davantage de frappes aériennes. Or, les Américains l’empêchent de le faire…

« En tout cas, Daesh gagne la guerre de la communication, nous déclarait dimanche notre ministre des Affaires étrangères, même si nous progressons en certains endroits et même si nos militaires parlent uniquement de revers tactiques. La perte d’une ville comme Palmyre a un terrible impact en termes d’image… Nous devons par conséquent renforcer la coordination entre politiques et militaires, il faut les faire se rencontrer… »

Au final, cependant, dit Didier Reynders, « il n’y aura pas de solution militaire » : « Pour arriver à une transition politique en Syrie, il faudra notamment discuter avec la Russie, il faudra que l’Iran soit à bord et il faudra impliquer l’actuel régime de Damas, les alaouites – mais sans Bachar el-Assad lui-même, qui a été trop loin sur la voie de la barbarie. »

En attendant, fait-on valoir du côté belge, « si la coalition regagne du terrain, il faut absolument que la population constate tout de suite le changement, une amélioration de ses conditions de vie, en matière de santé, d’éducation, d’eau, d’électricité, etc. » Les responsables belges ont partagé cette conviction belge avec leurs homologues au sein de l’Union européenne. Tout le monde est d’accord. « Mais ça demande encore plus de moyens ! », soupirait hier Didier Reynders.

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