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Un examen d’entrée en médecine? Hécatombe en vue!

Si le test indicatif, qui doit aider à identifier les difficultés des étudiants en médecine devenait contraignant (et c’est dans l’air…), ce serait la Bérézina.

- Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

En langage militaire, on appelle ça une Bérézina. Et celle-là, elle est tristement répétitive. Chaque année, depuis 2013, les étudiants qui se destinent à la médecine doivent passer un examen d’entrée (depuis cette année, ce test est également organisé en dentisterie ; il s’étendra aux vétérinaires à partir de 2017). Appelée Toss (pour « test d’orientation du secteur de la santé »), l’épreuve est obligatoire (il faut la passer) mais « non contraignante » (l’échec n’arrête pas l’étudiant). Cet examen a pour seul but d’éclairer le candidat à l’art de guérir sur ses éventuelles difficultés afin qu’il puisse, s’il le souhaite, s’engager dans un programme de remédiation ad hoc. Il est organisé en deux séquences – juillet et septembre.

Les difficultés, en fait, elles sont réelles. Enormes. En cette année 2016, 2.642 jeunes ont passé le Toss. Le taux de réussite (ceux qui ont obtenu plus de 10/20) oscille de 11,5 % (session de juillet) à 11 % (session de septembre). Il y a eu mieux (26 % à la session de juillet 2013). Il y a eu pire (7 % à la session de septembre 2014). En gros, c’est tout de même une belle catastrophe.

Si les jeunes se débrouillent plus ou moins aux tests de français et d’anglais, ils s’écroulent dans les matières scientifiques. A la session de septembre 2016, par exemple, les étudiants qui ont obtenu 10/20 ou davantage n’étaient que 14 % en biologie, 14 % en chimie, 11 % en maths et 7 % en physique – la discipline classiquement la plus meurtrière.

Qui conçoit l’épreuve ? C’est l’Ares (Académie de recherche et d’enseignement supérieur), organe qui chapeaute nos universités et hautes écoles. La conception du Toss est pilotée par Gustave Moonen, ancien doyen de la Fac de médecine de l’ULg. Il insiste sur le fait que le Toss est conçu par des profs d’université (de Bac 1), épaulés par des enseignants et des inspecteurs du secondaire. L’équipe travaille avec le Pr Daniel van Steenberghe, concepteur de l’examen d’entrée qui filtre les facultés de médecine en Flandre – « Nous bénéficions de son expérience, précieuse. »

Trop dure l’épreuve ? Gustave Moonen signale qu’elle correspond au niveau atteint en fin de secondaire dans l’option sciences fortes. « C’est un test sérieux. Mais c’est la base à maîtriser pour s’engager dans des études de médecine. »

Les résultats du Toss sont interpellant en soi. Ils glacent pour de bon quand on sait qu’un examen d’entrée, contraignant cette fois, est dans l’air (contraignant = si on échoue, les portes de la faculté restent fermées, prière d’aller voir ailleurs). Jean-Claude Marcourt (PS), le ministre de l’Enseignement supérieur, a longtemps opposé à toute forme de sélection à l’entrée, n’y est plus défavorable à la condition que le fédéral augmente les numéros Inami pour les étudiants francophones actuellement de médecine.

Pour Gustave Moonen, si cet examen contraignant se confirme, il ne devrait pas être très différent du test non contraignant organisé depuis 2013. « Il y aurait sans doute des items pour mesurer la capacité d’empathie du futur médecin. Pour le reste, ce serait sans doute le même type d’épreuve. »

L’idée d’un examen contraignant désole les étudiants. « C’est totalement absurde ! », envoie Quentin Lamelyn, le président du CIUM (Comité interuniversitaire des étudiants en médecine).

« Un bon scientifique ne fait pas un bon médecin »

Il est opposé au principe même d’un examen contraignant. Il critique aussi la nature même du Toss. « Il ne teste que des compétences scientifiques. Or, il n’y a pas de lien entre un bon scientifique et un bon médecin. Etre fort en chimie, en maths, ne fait pas de vous un bon praticien. Des études ont même démontré le contraire ! Elles ont établi qu’un excellent scientifique fait un mauvais praticien. Si cet examen contraignant se confirme, et s’il ressemble au Toss actuel, on va donc, tout simplement, admettre en médecine de bons scientifiques et se priver de bons médecins ! »

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7 Commentaires

  • Posté par Jaspers Marie, mercredi 14 septembre 2016, 15:25

    Il est interpellant qu'après les résultats catastrophiques en maths et en sciences aux CE1D, les résultats dramatiques aux TOSS, dans les cours scientifiques, n'amènent pas les politiques à s'interroger sur la qualité de formation dispensée par le secondaire.

  • Posté par Jaspers Marie, mercredi 14 septembre 2016, 14:42

    Je serais très intéressée par connaître les études qui ont établi qu'un excellent scientifique fait un mauvais praticien . Si ce n'est sur des bases scientifiques, alors sur quoi s'élaborent les bons diagnostiques ? Ne sont-ce pas les scientifiques de haut niveau qui font progresser la recherche médicale? Sont-ils pour autant de mauvais praticiens?

  • Posté par Jaspers Marie, mercredi 14 septembre 2016, 14:21

    J'ai résolu les 158 questions de maths des TOSS de 2013 à 2016 . 22 % sont de niveau 1° cycle, 46 % de 2°cycle et 32 % de 3° cycle . Toutes ces dernières figurent dans le programme maths 4 .Toutes, quelque soit le cycle, sont de simples applications de définitions ou de propriétés.Alors DIFFICILES?

  • Posté par Berquin Anne, mercredi 14 septembre 2016, 14:03

    Une nuance : l'examen actuel étant non contraignant, il est peu probable que les élèves s'y préparent assidûment. Le taux de réussite actuel n'est donc pas nécessairement indicatif de ce que donnerait un examen d'entrée.

  • Posté par Lefebvre Jean-Louis, mercredi 14 septembre 2016, 13:53

    Vu que l'enseignement secondaire applique le nivellement par le BAS !!!! Un examen d'entrée à l'université pour TOUTES les disciplines serait une manière de garder un niveau correct et de dégager les finances nécessaires pour l'encadrement dans les différentes disciplines, les stages en BAC et MASTER, et ....

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