Accueil Le Procès Wesphael

L’affaire Wesphael est d’abord l’affaire Véronique Pirotton

La ligne de défense de l’ex-député incrimine la victime décrite comme suicidaire, alcoolique et violente. Eléments de portrait.

Exclu Soir+ - Journaliste au service Société Temps de lecture: 6 min

Lorsqu’il est interrogé pour la première fois par la police d’Ostende dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, Bernard Wesphael proclame sa certitude que son épouse, « qu’il aimait », s’est suicidée. Et il livre d’emblée l’origine certaine de ses tourments : les viols infligés dans son adolescence par un professeur de religion, animateur d’un atelier de théâtre du Collège Saint-Louis où elle fut scolarisée. Bernard Wesphael affirme aux policiers que quelques jours avant le drame de la chambre 602 de l’hôtel Mondo, dont il se dit totalement étranger, il a encore téléphoné à ce professeur. Ce dernier lui aurait répliqué que ces accusations n’étaient « qu’un tissu de mensonge ». Et l’ex-député l’affirme : « Je lui ai répondu qu’il aurait probablement une mort sur la conscience », traçant ainsi un lien prophétique entre ces faits de pédophilie et le suicide qu’il attribue à son épouse.

Bernard Wesphael soutient que ces viols se seraient produits durant quatre ans, alors qu’elle était âgée de 13 à 17 ans.« Elle voulait uniquement que les faits soient reconnus. Mais le professeur de religion a durant toute son audition fait valoir son droit au silence », explique Bernard Wesphael. «  Après, elle a commencé à boire plus que de raison. Elle prenait aussi des antidépresseurs ». Véronique Pirotton avait révélé ces faits à sa famille en 2010. « Ce n’est qu’en 2010 que j’ai appris ce que Véronique a dénoncé. Elle m’a donné en lecture le procès-verbal de sa plainte. Elle ne m’en avait jamais parlé précédemment », a expliqué sa tante Elise Goffin. Personne dans la famille ne considérait que sa relation avec son professeur S. était « anormale ». « Si Véronique a déposé plainte en 2010, c’est, je pense, parce qu’elle a craint que S. s’en soit pris à d’autres jeunes filles », ajoute-t-elle.

Ce professeur a refusé de témoigner. A la sortie de ses études, Véronique Pirotton avait confié à son compagnon de l’époque (elle passa huit ans avec lui), qu’elle n’était pas traumatisée par cette liaison. Elle avait fait part à son cousin d’une relation avec un « garçon plus âgé » : « Elle paraissait bien vivre cette histoire ». Sa mère, interrogée dans le cadre de l’enquête ouverte en 2010, avait exprimé des réserves à l’égard de ces affirmations de viol, ce qui avait eu le don d’irriter Véronique Pirotton, qui lui avait part de sa déception par écrit.

Mariage rapide

L’autre cause d’un potentiel suicide de Véronique Pirotton est imputée par Bernard Wesphael à l’amant de longue date de son épouse. Les contacts téléphoniques se sont multipliés le jour du drame. Bernard Wesphael, lui-même, a appelé O., ce psychologue liégeois, rencontré sur internet. Avec lui, Véronique Pirotton avait connu une relation enflammée durant quatre ans avant son mariage. « Regarde bien, pauvre homme », lui a lancé Bernard Wesphael par SMS peu avant la mort de la jeune femme.

Dans les deux mois précédant le drame, les deux amants se sont échangés 280 messages. Ils se voient en journée, chez lui. Il ne l’appelle qu’au travail. La décision de Véronique Pirotton de se marier avec Bernard Wesphael, prise en moins de deux mois, n’a pas résisté à la renaissance de cette autre relation. Trois mois après le mariage, les amants sont déjà réunis. Bernard Wesphael intercepte une lettre parfumée envoyée à Véronique Pirotton. Il l’oblige à déposer plainte pour harcèlement. Il se rend avec elle au commissariat où elle retourne seule pour la retirer.

Lorsqu’elle rencontre Bernard Wesphael à une terrasse de bistrot en mai 2012, Véronique Pirotton sort d’une période difficile. Elle connaît le personnage public qu’elle avait déjà eu l’occasion de croiser alors qu’elle était journaliste à la télévision communautaire RTC entre 1995 et 2000. C’est un coup de foudre dans un ciel obscurci. Elle vient d’endurer, en février, une série de décès qui l’ont profondément marqué : celui de sa mère, victime du cancer qu’elle accompagne jusqu’au bout. Celui aussi de son oncle qu’elle considérait comme son père de substitution. Son avenir professionnel s’est assombri. Ses nombreuses absences pour maladie l’ont mise en cause au Centre psychiatrique hospitalier où elle travaille depuis 2000.

Bernard Wesphael, lui aussi, est en reconversion personnelle et professionnelle. Son projet de former le Mouvement de Gauche, de devenir le « Mélenchon belge », prend corps après ses échecs chez Ecolo. Rapidement, la relation du couple se révèle toxique. L’un et l’autre aiment parfois boire plus que de raison. Elle se laisse aller aux effluves non maîtrisés de l’alcool, même si elle réserve ces excès à sa vie privée. Elle commet deux ou trois tentatives de suicide, considérées par ses proches comme des appels à l’aide sans détermination à trouver la mort. Elle « ne se serait jamais séparée de son fils », V., né en 1999 de son premier mariage avec un écrivain et journaliste grec avec lequel elle partage sa passion des livres et de la philosophie.

Un « m’as-tu vu »

En juin 2012, une première dispute survient lors d’une soirée familiale. La sœur de Véronique retient de Bernard Wesphael le caractère « m’as-tu-vu » du député qui aime «  en jeter et s’entendre parler ». En septembre, la sœur de Véronique convie encore une fois les jeunes époux qui se sont mariés en août en Italie. La soirée dégénère : « Véronique et Bernard sont allés finir la soirée chacun de leur côté, dans leur maison respective ». Elle reproche à Bernard Wesphael de ne pas participer aux frais du ménage. Sa sœur souligne qu’en l’absence de Bernard Wesphael, sa sœur est gaie, amusante et n’abuse pas de l’alcool. Lorsque son mari apparaît, « elle ne sait pas arrêter de la titiller ». Dès le mois d’août 2013, Bernard Wesphael se met en recherche d’un appartement. La rupture se profile, inéluctable. Le 31 octobre, lorsqu’elle arrive à Ostende, seule, sa décision de le quitter est irrévocable. Il insiste pour la rejoindre. « Non, pourquoi faire ? », lui répond-elle par SMS.

La nuit suivante, le drame est consommé. Un meurtre comme le croit l’accusation ? Un suicide, comme le soutient l’ex-député ? La famille de Véronique Pirotton n’y croit pas un seul instant. Elle avait décidé de recommencer une autre vie. Futilité : elle avait pris rendez-vous chez le coiffeur pour le 4 novembre.

Cet article exclusif du Soir+ vous est proposé gratuitement à la lecture.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Le Procès Wesphael

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une