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L’avocat de la défense dans le procès Wesphael: Jean-Philippe Mayence, allégorie de la réussite

Temps de lecture: 4 min

Jean-Philippe Mayence est de ces avocats qui « font » un procès. Comme un Vic Van Aelst ou un Jef Vermassen en Flandre. Ou comme, avant lui, cet autre Mayence : Philippe, le père, pénaliste de renom et redoutable plaideur dont il fut tour à tour le disciple, l’associé puis le successeur. Autant dire qu’on l’attendait au tournant, l’héritier. Et, d’emblée, il a brillé. Il aura été de toutes les grandes affaires : Cools, Pirson, Habran, Dutroux – il défendait Georges Zicot –, Storme, Riga, l’affaire du Dr Letiexhe, celle des « amants diaboliques » où il fut le conseil de Peter Uwe Schmitt. Et maintenant, Wesphael.

A Charleroi, son fief, la ville très chère à son cœur, certains l’appellent « Messire » : un surnom qui sied aussi bien à sa mise toujours impeccable qu’à son ego chatouilleux – « J’aime rire de tout, sauf de moi : je manque sans doute d’humilité », confia-t-il un jour à un journaliste.

Côté pile – le plus voyant –, Jean-Philippe Mayence, 55 ans, est une allégorie de la réussite : costumes de marque, belles voitures, bonnes tables, grands vins, villégiature à Marrakech, club de bridge, parties de golf et de tennis. Une image qu’il assume sans plus de tapage. Au contraire : il n’est pas homme à se répandre dans les médias. Il s’en méfie, même. « Les avocats sont dans un star-system et c’est désagréable », expliquait-il au Soir, en janvier 2014.

Côté face, c’est un avocat qui fait son travail avec passion et conviction : « Je suis, nous disait-il, intransigeant dans les défenses que je mène. Quand je plaide, je suis l’empêcheur de condamner en rond. Quand on fait ce métier, il faut ruer dans les brancards. » C’est un battant, un compétiteur. « On ne fait pas uniquement les dossiers qu’on pense gagner. On essaie de les gagner ». Et les gagner, déclara-t-il un jour, « c’est un orgasme ».

Perdre, c’est l’horreur. Si le fil d’un procès lui échappe, il devient teigneux – toujours correct, mais teigneux –, sa voix s’envole dans les aigus, ses mains s’affolent. Mais il a toujours recouvré son calme quand vient le moment de plaider. Et quand il plaide, il tape juste. Il sait, comme personne, capter l’attention de ceux qui l’écoutent pour les conduire jusqu’au bout de son raisonnement. Il y va crescendo. Il sait, quand il faut, laisser parler le silence.

Une force de persuasion impressionnante

Du talent ? Forcément. Mais pas seulement. C’est un bosseur acharné, solitaire – il est rarement flanqué d’un coplaideur –, doué d’une force de persuasion impressionnante. Il connaît parfaitement ses dossiers. Il maîtrise la procédure sur le bout des doigts (les magistrats le savent). C’est un passionné. Et cette passion lui coûte bonbon : les causes qu’il défend le bouffent. « Quand on fait ce métier, c’est très difficile de vivre sa propre vie, disait-il au Soir. Je vis toujours à travers les affaires des autres. » Son émotivité n’arrange rien : « J’ai du mal à dormir. Je suis rongé, c’est presque une épitaphe. »

Il vit, n’empêche. « Je veille à me ménager du temps libre pour m’occuper de ma compagne et de mes enfants. » Et faire du sport. Il en a toujours fait. Gamin, il voulait devenir footballeur professionnel. Il était doué. La vie en a décidé autrement : il est devenu avocat.

Il aurait pu faire carrière dans la politique, aussi. Et pas seulement par atavisme – son père était au PSC, sa mère, Jacqueline Mayence-Goossens, fut secrétaire d’Etat et ministre régionale PRL : la chose publique l’intéresse.

Il raconte volontiers qu’on lui a proposé trois fois d’être ministre : une fois pour le MR et deux fois pour le CDH. « Je n’ai jamais eu la carte d’un parti. J’adore la politique mais j’ai beaucoup de mal avec la hiérarchie et les règles de la particratie. » Il est resté avocat. Il a été le conseil de proches de Jean-Claude Van Cauwenberghe quand la justice a mis son nez dans « les affaires » carolorégiennes. Génétiquement, ce n’était pas vraiment son bord, bien sûr. « Mais j’ai eu l’impression, expliqua-t-il, que la Justice était le bras armé de la politique et cela m’a foncièrement dérangé. »

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