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Un agriculteur wallon sur dix est passé au bio

La Semaine du bio a débuté ce samedi. L’occasion d’un focus sur un secteur qui a le vent en poupe. Un succès qui se cultive surtout en Wallonie.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 8 min

Le malaise agricole, très peu pour le bio. Tous les indicateurs (ou presque) le concernant sont au vert en Wallonie. De bon augure à l’entame de la Semaine du Bio 2015. La Flandre, elle, semble préférer un modèle agricole industriel.

En cette époque de méfiance à l’égard de l’industrie alimentaire, les produits bios présentent une fiabilité certaine. Les contrôles menés par les différents organismes certificateurs sont très poussés et garantissent la qualité des aliments labellisés.

De plus en plus d’agriculteurs y viennent, séduits par différents aspects de la filière. Celle-ci renoue avec le rythme naturel des saisons, des plantes et du sol. Si les tâches sont parfois plus compliquées en raison de l’interdiction des engrais et des pesticides, elle permet au paysan de trouver dans l’exécution de son métier une estime de soi. Enfin, parce que le bio se vend plus cher, il permet à ses acteurs d’améliorer sensiblement leur niveau de vie.

C’est peut-être là son talon d’Achille. Alors que la part du budget des ménages consacrée à l’alimentaire stagne, convaincre le consommateur de payer un prix plus juste mais forcément plus élevé, n’est pas simple. Raison pour laquelle le bio n’est pas encore l’affaire de tous.

Les six constats sur l’état de la filière bio

Le métier attire

Au soir de 2014, la Belgique comptait 1.630 producteurs bios (+7,7 % en un an). Près de huit d’entre eux (79 %) sont implantés en Wallonie, région qui recense 1.287 agriculteurs biologiques. Au sud du pays, cultiver la terre ou élever des animaux sans apports chimiques ou hormonaux occupe un agriculteur sur dix (10,1 %). « Un cap est franchi », se félicite Sylvie Annet, de l’ASBL Biowallonie qui coordonne les activités de promotion du secteur. « Citation Nature & Progrès ». En Wallonie, c’est le Luxembourg qui semble être la terre du bio : 38 % des exploitations (493) y sont implantées. Suivent les provinces de Liège (26 %), de Namur (21 %), du Hainaut (11 %) et du Brabant wallon (4 %). « Nous sommes l’un des seuls pays de l’Union européenne à aider l’agriculteur bio au-delà de sa période de conversion. », précise encore René Collin, ministre wallon de l’Agriculture. Chaque année, la Wallonie consacre une enveloppe de quelque 100 millions d’euros pour soutenir le secteur.

Le procédé gagne du terrain

Avec l’arrivée de nouveaux agriculteurs dans le bio, c’est aussi la surface agricole utile (SAU) cultivée selon cette méthode qui s’étend : 61.651 hectares en 2014 pour la seule Wallonie. En un an, la part de surfaces bio au sein de la SAU régionale est passée de 8,1 à 8,6 %. Et en dix ans, elle a été multipliée par trois. Une exploitation bio wallonne couvre en moyenne 47,9 hectares, soit un tout petit peu moins qu’une ferme « intensive » (56,2 ha). Au niveau du sol, la prééminence du sud du pays dans les cultures biologiques est un peu plus soulignée encore. Ainsi la Flandre leur consacre-t-elle 5.042 hectares, soit un recul de 0,5 % en douze mois ; le bio ne représente que 0,8 % de la SAU totale. Au nord du pays, la préférence reste au modèle agricole industriel.

Tuer n’est pas aisé

En Wallonie, une large part de la surface agricole bio est affectée aux prairies : 50.761 hectares (+6 %). Et 9.455 hectares sont dédiés aux grandes cultures (y compris fourragères). Les fruits (137 hectares) et les légumes (620 hectares) progressent également. Mais l’évolution la plus importante s’observe dans une catégorie « Autres » (258 hectares) dopée par la culture du chanvre : +122 %. Si la prairie occupe une part aussi grande de la SAU biologique (82,7 %), c’est en raison de l’importance de l’élevage en Wallonie. Ainsi le nombre d’animaux en élevage y a quasiment doublé en sept ans, pour atteindre 92.362 unités (+6,9 % par rapport à 2013). Le gros du cheptel régional est bovin : 73.642 têtes en 2014, au prix d’une croissance constante. A l’inverse, la filière avicole, riche d’un peu plus de 1,7 million de gallinacés, connaît un boom : les poulets de chair, qui constituent l’essentiel de la volaille bio (1,6 million), ont fortement augmenté en sept ans (+93 %), tandis que celui des pondeuses a quintuplé. L’explication tient dans la forte demande pour ces produits. Les ovins (un peu plus de 14.000 bêtes) et les caprins (un millier de chèvres) progressent également. Par contre, la filière porcine est en recul depuis quatre ans (-43 %) : 13.618 porcs en 2010, 7.706 en 2014. La raison de ce recul ne vient pas de la demande, bien présente, mais d’un manque de rentabilité « sur lequel nous travaillons », confie Sylvie Annet. Marc Fichers, secrétaire général de Nature & Progrès, se montre plus alarmiste. « Bientôt, on ne pourra plus abattre de porc bio en Wallonie car il n’y aura plus d’abattoirs agréés », pronostique-t-il. La raison de ce pessimisme : l’obligation d’un vétérinaire attaché à temps plein à l’abattoir a entraîné un regroupement des petites structures en de plus grandes, au profit des élevages de type industriel. « Quand un éleveur bio vient avec cinquante bêtes par an à abattre, il peine à trouver de la place parce que hors-norme, regrette Marc Fichers. Il faudrait pouvoir fonctionner comme en France, avec des abattoirs provisoires dans les fermes ou des groupements d’agriculteurs, et en faisant appel à un vétérinaire indépendant le jour de l’abattage. »

Un petit coin du panier de la ménagère

La consommation des produits bio reste encore marginale en Belgique. Ainsi en 2014, 7 % des familles belges ont acheté des produits frais issus de l’agriculture durable de façon hebdomadaire. Néanmoins, la tendance se renforce : neuf Belges sur dix ont acheté au moins une fois sur l’année un des 8.400 produits sur le marché. Et au total, ils ont dépensé 435 millions d’euros dans les rayons « bio » l’an dernier, soit une hausse de 3,8 % en un an. Par rapport à l’année 2008, cet accroissement est de 66 %. Au cours des sept années écoulées, c’est à Bruxelles que la consommation de produits issus de cette filière a le plus progressé : + 79 % (+74 % en Flandre, +54 % en Wallonie). Le secteur « pèse » désormais 2,3 % de parts de marché (pour 2 % en 2013 et 1,3 % en 2008). Une croissance qui s’opère sur un marché pourtant en stagnation : en 2014, les dépenses pour les produits alimentaires courants ont reculé de 0,8 %. Quand il achète bio, le consommateur privilégie légumes, fruits et pommes de terre (37 % de ses dépenses, pour 19 % quand ces produits proviennent de l’agriculture conventionnelle). Un quart de son budget alimentaire est consacré à la viande, aux poissons et aux œufs bios. Les produits laitiers représentent 21 % de ses achats, tandis que les céréales occupent 13 % de ceux-ci. Enfin, vins et bières biologiques tardent à le séduire, sinon à l’enivrer : 4 % des dépenses. En moyenne, le Belge dépense 27,89 euros par an en produits bio. Cela représente 63 centimes de plus qu’en 2013. La marge de progression paraît donc énorme. Les produits laitiers « grèvent » le plus son budget : 5,40 euros. Les légumes représentent une dépense de 4,74 euros ; les fruits, 3,71 euros. Dans l’éco-panier de la ménagère, on trouve encore la viande (2,84 euros), le pain (2 euros), les œufs (1,37 euro), la volaille (1,27 euro), la charcuterie (0,92 euro) et les pommes de terre (0,84 euro).

C’est plus cher

Acheter bio, c’est forcément accepter de payer plus cher. Ou le juste prix, rétorqueront éleveurs et agriculteurs de la filière. « Les produits frais biologiques sont, en moyenne, un tiers plus cher que les produits conventionnels », estime Sylvie Annet. Cet écart varie selon les produits. Ainsi, depuis 2009, celui-ci s’est creusé pour le fromage, les tomates et les poulets ; à l’inverse, il s’est résorbé pour le lait demi-écrémé ou les côtelettes de porc. Pour le pain, l’estimation d’un prix plus élevé de 30 % s’est maintenue. Test-Achats, dans son récent dossier, a également exploré cette facette du bio en comparant le prix du bio et celui du même produit « conventionnel » vendu par certaines enseignes. Les résultats sont quelque peu différents, le produit bio étant chaque fois plus onéreux : le lait demi-écrémé (1,4 fois plus cher), le saumon fumé (1,5 fois), le riz (2,2 fois), les biscuits (2 fois), les tomates (2,6 fois) et le poulet rôti (3,2 fois). Une différence de prix légitime : respecter le rythme de la nature et le bien-être de l’animal nécessite du temps, tout comme le refus d’utiliser engrais et herbicides. Et en commerce, celui-ci équivaut à de l’argent.

Le client a du temps et/ou de l’argent

Près de 9 Belges sur 10 (88 %) ont consommé au moins un produit bio en 2014. Un chiffre stable depuis 2011. Ils ne sont toutefois que 7 % à poser ce geste de manière hebdomadaire. Une minorité qui, à elle seule, représente plus de la moitié des achats en produits frais biologiques de l’année. Là encore, en hausse jusqu’en 2012, le nombre de convaincus stagne depuis lors. Les acheteurs consomment de plus en plus d’œufs, de poissons et de fruits de mer, qui viennent rejoindre dans leurs cabas d’autres produits traditionnellement plus prisés : légumes, fruits et produits laitiers, pain, œufs. Mais qui sont ces clients du bio ? De manière générale, les familles aisées et les pensionnés constituent les catégories les plus importantes de la clientèle verte. Leurs achats représentent la moitié des dépenses dans le bio, alors que ces deux groupes ne représentent que 40 % de la population. C’est parmi les familles aisées que la progression a été la plus marquée entre 2008 et 2014. Notons également que les célibataires de plus de 40 ans sont ceux qui consacrent la plus large part de leur consommation de produits frais au bio : 4,1 %. A l’inverse, les ménages à faibles revenus avec enfants limitent les dépenses bios dans leur budget alimentaire : 0,9 %. Autrefois friand de ces produits, le célibataire de moins de 40 ans a changé de mode de consommation : en six ans, la part de marché qu’il représente est passée de 4,5 à 1,7 %. En général, le client se procure ses produits frais en supermarché (45,3 %) ou dans les magasins spécialisés (30,7 %). Et si 18 % de la population dit consommer un produit bio en journée, c’est à la maison qu’elle choisit de le savourer (15 %).

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