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L’honneur du monde s’est perdu à Alep

Édito - Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

La mort rôde à Alep. Venue du ciel, elle frappe par surprise. N’épargne personne. Elle vise tout le monde, surtout les civils, dont maints enfants. C’est le but. Le but du président Bachar El-Assad à Damas et de son parrain russe à Moscou, Vladimir Poutine. Pour eux, la fin justifie les moyens. Il est question de gagner une guerre. En tuant, en torturant, en chassant les gens.

A Alep, dans le nord du pays, le couple Assad-Poutine cumulait deux méthodes : encerclement et bombardements. La tactique qui consiste à affamer les populations (en donnant le choix entre la reddition ou la mort par la faim) avait donné des résultats à Homs ou dans la banlieue de Damas. Mais l’appétit de victoires vient en les engrangeant : désormais, Assad et Poutine veulent Alep, tout Alep. Et vite.

Mais pour mettre à genoux les 250.000 à 300.000 personnes qui résistent dans la partie rebelle de la ville, de longs et difficiles combats s’annoncent. Sauf si, comme à Grozny en Tchétchénie dans les années 90, la rébellion devait finir par plier sous le poids des bombes. Eradication par extermination.

Depuis une semaine, les pires bombardements en cinq ans

C’est décidé et mis en œuvre depuis une semaine : les pires bombardements depuis cinq ans étalent leur cortège de souffrances sur la partie est de la grande métropole septentrionale syrienne ; les civils meurent par dizaines, par centaines sans doute. Ceux qui survivent n’ont pas de mots assez amers pour fustiger la lâcheté de la communauté internationale qui laisse ce massacre se prolonger sans réagir autrement que par d’émouvantes indignations verbales à la Obama.

Alep, le 23 septembre 2016. © Reuters
Alep, le 23 septembre 2016. © Reuters

Obama, parlons-en. Il a confié à un journal que la Syrie le hantait constamment. Il n’a pourtant aucun regret ; il ne croit pas qu’il aurait dû aider les rebelles au début des événements. Trop risqué. La chute du régime eût pu faire le lit de l’Etat islamique ou d’Al-Qaïda. Lesquelles organisations djihadistes-terroristes n’étaient qu’embryonnaires au début du délitement de la Syrie des Assad.

Le cynisme russe a eu raison de la pusillanimité américaine

Le choix est fait, outre-Atlantique et ici : Daesh incarne le mal absolu, il frappe même sur notre sol et il doit être anéanti. Tant pis si le régime syrien est responsable d’une grande majorité des horreurs perpétrées en Syrie depuis cinq ans, nourrissant les rangs des extrémistes.

Fred Hiatt, un éditorialiste du Washington Post, ironisait dimanche en résumant la pensée du président US il y a quelques années : «“Je n’irai pas en Syrie car je crains que si nous envoyons des troupes, le terrorisme se répande, le pays s’effondre ; on aurait des millions de réfugiés et même la Russie se retrouverait impliquée”. Donc, on n’y est pas allé et pourtant, le terrorisme s’est répandu, le pays s’est effondré, on a eu des millions de réfugiés et la Russie s’est impliquée »

Le cynisme russe a eu raison de la pusillanimité américaine. Les bombes pleuvent, les gens meurent et la morale pleure. L’honneur du monde s’est perdu à Alep.

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2 Commentaires

  • Posté par Stenuit Fernand, vendredi 30 septembre 2016, 20:01

    D'après Dieu, l'honneur du monde s'est perdu avec Adam et Eve . Donc , le paradis perdu continue à se perdre. . . L'homme est-il donc encore à sa place dans ce monde? Ou le monde n'est-il plus à sa place . Il faut croire, puisqu'il rève de Mars et d'autres planètes..N'en faisons pas tout un monde . Qui vivra verra . En attendant , faisons la bombe.

  • Posté par Petitjean Charles, mardi 27 septembre 2016, 11:24

    Non, Mr Loos, l'honneur du monde, dans mon souvenir, s'est perdu à Hiroshima, à Auswitch, au Vietnam, au Cambodge, en Irak, en Lybie et vous le remarquerez du fait bien souvent des occidentaux qui n'ont eu de cesse d'utiliser des valeurs de civilisation au profit de leurs intérêts égoïstes. Regardez l'Histoire par l'autre bout de votre lorgnette.

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