Une consultation sans argent? Oui, mais une gratuité intelligente…

Une consultation sans argent? Oui, mais une gratuité intelligente…

I l ne faut pas ériger sa propre impatience en argument théorique ! » (F. Engels)… et Dieu sait si nous sommes impatients depuis tant d’années…

Une consultation sans argent chez le généraliste, bien sûr, mais comment procéder pour éviter d’éventuelles conséquences qui seraient pires que le mal qu’elle désire abattre ?

Non seulement, l’accès aux soins de première ligne devrait être gratuit, mais l’accès aux soins de seconde ligne également pour autant qu’il s’agisse d’un renvoi circonstancié par le médecin généraliste titulaire du DMG.

Mais la médecine générale est une profession très malade, surtout au centre et au sud du pays. Ce qui explique les réactions assez différentes à l’obligation d’appliquer le tiers payant pour les bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM). Il faut faire bien attention de ne pas tuer le malade, même dans l’espoir de le soigner. La MG est une profession blessée dans son amour-propre qui cherche désespérément la lumière. La contrainte n’est pas la bonne manière de parler à quelqu’un qui cherche le respect, même en agitant le chiffon rouge de gains économiques éventuels à la clé. Car l’homme vit d’abord de dignité avant de pain.

Le ticket modérateur en question(s)

Le texte propose la généralisation de cette obligation à tous les malades et y ajoute de surcroît l’abolition du ticket modérateur. Pour de nombreux généralistes, ce ticket modérateur dérisoire (1 euro pour les BIM) est une forme d’injure. Même les généralistes les plus favorables au tiers payant, parlent d’une aumône. Comment faire comprendre à une profession méprisée par les facultés de médecine (de l’avis unanime de mes stagiaires de 2015) que la perte de leur valeur monétaire peut se muer en un avantage décisif dans la concurrence que leur impose la pléthore de spécialistes en Walbruxie.

Qui va payer ce Ticket modérateur ? L’Inami ? Je crois fréquenter depuis assez longtemps cette noble institution pour penser que l’on ne va pas dégager la somme nécessaire en 2 coups de cuillère. Car pour un comptable, les économies à venir sont une pure hypothèse. Quand les maisons médicales forfaitaires, ont demandé l’immunisation des mesures Anselme (1) en matière de ticket modérateur, tout le monde a dit que nous avions raison, hélas nous n’avons jamais vu un Kopek.

Certains médecins manient l’outil informatique avec dextérité et souplesse. Mais nombre d’entre eux peinent sur la télématique. Car ça ne fonctionne pas toujours… L’informatique est encore loin d’être un long fleuve tranquille. Et si l’Inami ne finance pas le ticket modérateur, les généralistes ne le sacrifieront pas.

Mais bien sûr, nous sommes d’accord : la gratuité réalise une forme d’échelonnement partiel. Nous l’avons démontré avec le forfait à la capitation. Mais ce n’est pas absolu, il existe encore des comportements qui court-circuitent le parcours intelligent à travers le système de santé.

L’absence de différence de consommation entre l’acte et le forfait me paraît légèrement optimiste comme on peut le voir dans les statistiques issues des travaux du service d’études de notre Fédération.

La différence de contact entre les maisons médicales et leur correspondant est de près de 1 contact/an, soit un surtravail de 20 à 25 %. Heureusement, en partie compensé par une forte diminution des visites de confort. On dira qu’il s’agit d’un rattrapage de soins abandonnés, peut-être, mais avec une profession en rétraction démographique, ça va poser problème.

Enfin, il ne faut pas esquiver le risque de dérive de la gratuité à l’acte. En effet, on se retrouve avec deux agents économiques qui peuvent réciproquement augmenter leur utilité au détriment d’un tiers (-payeur). C’est la raison pour laquelle les mutualités chrétiennes temporisent à l’Inami pour éviter la généralisation de l’autorisation (pas l’obligation) du tiers payant.

Une réforme du paiement,

mais pas de gratuité au rabais

Nous pensons qu’il faut une action multidimensionnelle si on veut réformer le système de santé et permettre l’accès aux soins pour tous. Ne pas toucher qu’un mécanisme, le payement. Dans les pays où la première ligne est gratuite, cela s’accompagne de l’inscription (titularisation), d’un paiement mixte et adapté et souvent, d’une prise en charge en pratique de groupe.

Pour réaliser l’accès aux soins pour tous, il faut investir dans la première ligne, favoriser la pluridisciplinarité, la qualité et son évaluation permanente. Il faut poursuivre la réforme du paiement des médecins généralistes en accroissant les forfaits et les incitants. Il faut généraliser l’échelonnement soft, et autoriser sa répétition justifiée.

En conclusion oui à la gratuité, mais une gratuité intelligente qui rentre dans un plan global de réforme de la première ligne de soins et pas une gratuité au rabais comme un cache-sexe sur un chancre qui poursuivra dévalorisation de la MG à ses yeux et sa lente agonie.

(1) Une augmentation sauvage des TM de 10 % dans les consultations et visites. Soit une perte de 10 % pour les forfaits des MM.

(2)  http://www.maisonmedicale.org/Stats-2014.html

 
 
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