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Le lac qui divise: l'endroit le plus inégal des États-Unis

Le Soir et six journaux européens ont envoyé douze journalistes sillonner l’Amérique avant les élections. À Lake Providence (Louisiane), les Blancs riches et les Noirs pauvres vivent séparés, chacun sur une rive du lac.

- Temps de lecture: 3 min

Les riches, qui sont également blancs, vivent sur la rive nord du lac. Les pauvres, qui sont noirs, vivent sur la rive sud. D'un côté, il y a d'énormes maisons avec jardin et plusieurs voitures. De l'autre, des maisons délabrées et des enfants qui marchent pieds nus dans la rue.

La particularité géographique de Lake Providence (Louisiane) symbolise un phénomène national : le fossé grandissant entre les riches et les pauvres aux États-Unis, pays qui atteint des sommets en matière d'inégalités dans le monde développé. Ces inégalités se conjuguent à une disparité raciale, un demi-siècle après la fin officielle de la ségrégation à l'égard des Noirs dans le sud du pays.

En 2013, la chaîne CNN révélait que le comté qui abrite cette municipalité de 3 800 habitants située dans le sud des États-Unis enregistrait la plus grande différence de revenus du pays. L'écart entre ceux qui gagnent le plus (quelque 611 000 dollars par an) et ceux qui gagnent le moins (6800 dollars) y est le plus important. Cette disparité s'est accentuée ces dernières décennies à la suite de la perte d'emplois et de population, principalement en raison de la mécanisation de l'agriculture.

À Lake Providence, les chiffres et les théories concernant les inégalités se traduisent en des histoires réelles et permettent d'évaluer la situation actuelle aux États-Unis, alors que les disparités économiques et le débat racial constituent des questions centrales dans le cadre des élections présidentielles du mois de novembre. Ici, peu pensent que l'écart économique et racial va diminuer. Il y règne une certaine nostalgie à l'égard d'un passé meilleur, lorsqu'il y avait plus de travail et moins de divisions.

Deux mondes

Les deux rives sont le reflet de deux mondes que seules cinq minutes en voiture séparent.

Dans la zone sud du lac, les commerces les plus importants de la rue principale sont fermés. Les rues voisines sont mal goudronnées. Les maisons abandonnées s'accumulent. Il y a plusieurs caravanes et des maisons partiellement détruites. Lakisha Wilson, une femme noire de 25 ans, vit dans une de ces maisons avec ses deux filles en bas âge qui marchent pieds nus dans la rue et présentent plusieurs blessures. Lakisha travaille dans une maison de repos. « Il nous faut plus de travail », explique-t-elle.

©Joan Faus
©Joan Faus -

À côté se trouve une école secondaire publique dans laquelle tous les étudiants sont noirs, à l'exception de deux immigrants, et dont la majorité vit dans une famille monoparentale ou avec leur grand-mère. L'entrée de Lake Providence se trouve à quelques rues de là. Le maire, Bobby Amacker, un Blanc de 71 ans, explique que l'écart entre les riches et les pauvres existe « partout » et se souvient que dans les années cinquante, la rue principale était pleine de vie, contrairement à aujourd'hui.

L'exode blanc vers la zone nord du lac, remplie de maisons élégantes, a commencé dix ans plus tard, au moment où la ségrégation raciale a pris fin. Madeline, une Blanche de 77 ans, a étudié à l'école publique qui, à l'époque, était majoritairement blanche. Aujourd'hui, ses voisins fréquentent un établissement privé principalement blanc. Madeline explique qu'elle a de plus en plus de préjugés raciaux. « Je les paie pour qu'ils restent assis sur leur porche », dit-elle en évoquant les allocations accordées aux familles pauvres. « Je ne pense pas que l'intégration ait été une réussite. »

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