Accueil La campagne

Les vies brisées des premiers réfugiés climatiques des États-Unis

Le Soir et six journaux européens ont envoyé douze journalistes sillonner l’Amérique avant les élections. La proposition du gouvernement d'aider les habitants d'une île de la Louisiane à se réinstaller face à l'augmentation du niveau de la mer suscite des opinions partagées.

- Temps de lecture: 3 min

Les yeux de Wenceslaus Billiot, 90 ans, s'illuminent lorsqu'il parle de son enfance passée sur l'île de Jean Charles, située dans le sud-est de la Louisiane, où il a vécu toute sa vie. Lorsqu'on l'interroge sur l'avenir, son regard s'assombrit et se tourne vers sa fille Betty, qui vit avec lui, et son épouse nonagénaire. Betty, âgée de 59 ans, fait la grimace. «Je ne préfère pas y penser », dit-elle, l'air inquiet. «Oui, je pense que je déménagerai un jour, quand je ne pourrai plus emprunter la route, quand je ne pourrai plus revenir.»

Les quelque cinquante habitants de cette île minuscule, aux origines franco-indigènes, sont les premiers réfugiés climatiques potentiels des États-Unis. Suite à l'érosion de la côte, l'eau a envahi 90 % du territoire de Jean Charles depuis 1955. Ce phénomène est dû à la fois à l'activité humaine, à l'impact des ouragans dans le golfe du Mexique et à l'augmentation du niveau de la mer provoquée par le réchauffement climatique.

Selon les autorités, l'île finira par disparaître complètement. Pour la première fois, le gouvernement fédéral propose une aide économique pour réinstaller tous les habitants de l'île sur la terre ferme en prévision d'une situation qui, face à la progression du changement climatique, pourrait être de plus en plus habituelle. L'aide s'élève à 48 millions de dollars à dépenser jusqu'en 2022. Betty explique que pour l'instant, personne n'a encore quitté l'île et que parmi les résidents, les avis sont partagés.

À l'entrée de Jean Charles, un pêcheur a placé une affiche disant : « Nous ne quitterons pas l'île. Ceux qui veulent partir peuvent le faire, mais qu'ils nous laissent tranquilles. »

L'île de Jean Charles peut donner une certaine impression de fin du monde. Le seul moyen d'accéder à cette île, située à une heure et demie en voiture de la Nouvelle-Orléans, est d'emprunter une route étroite entourée par les eaux. Lorsque le niveau de l'eau augmente, la route est inondée et l'île se retrouve isolée. Il arrive que l'accès par la terre reste bloqué pendant trois jours. Cette route devient la seule route de l'île. Quelques minutes en voiture suffisent pour atteindre l'extrémité. En face, végétation et marais s'étendent à perte de vue. Presque toutes les maisons sont surélevées de plusieurs mètres.

À première vue, il est difficile d'évaluer la progression de l'eau sur l'île de Jean Charles. Pour se faire une idée, il faut consulter de vieilles cartes et photos et les comparer à des documents actuels. Par exemple, l'eau est de plus en plus proche du jardin arrière de la maison de Wenceslaus Billiot, protégée par des digues. Selon son estimation, l'eau a avancé d'une centaine de mètres en une dizaine d'années.

«À l'époque, le niveau de l'eau était bas», se souvient le vieil homme, ancien militaire et capitaine de bateau, sur le porche de sa maison. Il se rappelle que jusque dans les années cinquante, l'île n'avait connu qu'un seul ouragan grave. Ils sont aujourd'hui beaucoup plus fréquents. Sa fille se dit préoccupée par la disparition progressive de l'héritage indien de l'île, qui a été fortement touché ces dernières décennies. Son père intervient : «Parfois, je m'inquiète. Mais je sais que celui qui veille sur nous là-haut prendra soin de nous.»

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en La campagne

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs