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Farmville, un bled au coeur de la campagne présidentielle

Le Soir et six journaux européens ont envoyé douze journalistes sillonner l’Amérique avant les élections. L’agitation médiatique du débat vice-présidentiel a mis en lumière une drôle de petite ville.

- Temps de lecture: 3 min

Farmville a inauguré la semaine dernière un «parcours des droits civils». Au sol, des logos accompagnent les visiteurs à travers les lieux et les dates qui ont fait entrer cette minuscule ville dans l’histoire américaine. En 1951, Barbara Johns, 16 ans, initia une grève qui paralysa toute la Moton High School et aboutit à la fin de la ségrégation dans les écoles américaines, prononcée par la Cour suprême en 1954.

Ce parcours n’est pas la première célébration de ce passé à Farmville. Une statue de Barbara Johns a déjà été érigée. La venue du débat vice-présidentiel a néanmoins jeté une lumière crue sur la bourgade. «Pourquoi, dans une ville universitaire, existe-t-il encore des adultes illettrés et des disparités flagrantes dans l’éducation?», demande par exemple Cainan Townsend, un des responsables du Moton Museum.

Organiser un débat national à Farmville, c’est faire entrer deux éléphants dans une salle de bain. Farmville n’a qu’une seule rue: Main Street. Mardi, des manifestants, hurlant des slogans politiques, des bouchons, des journalistes agités l’ont encombrée quelques heures durant.

En vérité, le débat a eu lieu à la Longwood University, dont le campus est plus étendu que le centre-ville de Farmville. L’université était transformée en camp retranché. De hautes barrières délimitaient un périmètre infranchissable. Les vacances universitaires ont été prolongées afin de libérer tous les bâtiments. Près de 700 étudiants ont renoncé à ces congés pour participer à l’organisation. Comme Emily Neighbors, étudiante en communication, assignée à la salle de gym, transformée en centre des médias (590 places de travail, 3000 accréditations): «Pour moi, c’est une occasion inespérée de côtoyer des représentants de métiers auxquels j’aspire.» Pour l’université, dont 95% des étudiants viennent de Virginie, le débat est l’occasion de se faire connaître et d’élargir son cercle de recrutement. Aux Etats-Unis, l’éducation est un marché compétitif.

Les télévisions nationales avaient installé un studio provisoire dans les jardins de l’université, faisant de Farmville le centre de l’attention pour une journée. Cette agitation, mélange d’énergie brute et de débauche de moyens, avait son épicentre: la Spin Alley, dans le centre des médias. C’est là qu’avant le débat et immédiatement après, les cadors des deux partis sont venus livrer leur analyse devant une forêt de caméras, de micros et d’appareils photo.

«Si seulement nous avions bénéficié d’une telle attention en 1959», au moment où les autorités avaient décidé de fermer l’école Moton, pour protester contre la loi de déségrégation, regrettait Dorothy Holcomb, présidente du Moton Museum, dans le Richmond Times-Dispatch. L’école était restée fermée pendant cinq ans, privant les écoliers noirs d’années cruciales dans leur formation.

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