Wesphael acquitté: le bénéfice du temps plutôt que du doute

Wesphael acquitté: le bénéfice du temps plutôt que du doute

L’acquittement de Bernard Wesphael, jeudi, aux assises du Hainaut, a été permis par cette remise à plat, pendant trois semaines, des éléments de la cause, la confrontation patiente et surtout orale de témoignages et de rapports d’experts, jusque-là engoncés dans l’aridité de procès-verbaux et de rapports parfois entachés d’erreurs (même vénielles) et soumis depuis trois ans à cette infernale navette de traductions imposée par le transfert à Mons en raison des lois linguistiques (et utiles) d’une affaire construite à Bruges et Ostende et inlassablement revisitée par les avocats de l’accusé, Mes Mayence et Bauwens.

La « justice citoyenne » vantée par le président Morandini au terme de la lecture de l’arrêt de motivation d’acquittement s’en trouve grandie. Cette « justice citoyenne » mise en péril par la volonté gouvernementale d’en exclure le « juge populaire » a eu le temps de statuer. Elle a bénéficié de ce temps utile que n’aurait pu accorder une juridiction correctionnelle (quelle que soit sa décision), à son corps défendant, à ce dossier fissuré par ses imperfections. La justice, à tous ses étages, est de plus en plus esclave du raccourcissement du temps réservé à l’équité qu’imposent les mesures de restrictions budgétaires à l’Ordre judiciaire, pilier de notre démocratie. Le temps contraint est l’ennemi d’une bonne justice. Tous les justiciables devraient le faire valoir. Bernard Wesphael est acquitté. Sa dispense de responsabilité pénale dans la mort de Véronique Pirotton est indiscutable. Il est déclaré innocent. Parce que les jurés en ont décidé ainsi. Reste qu’une enquête cafouilleuse lui réserve le plus mauvais sort. Acquitté au «bénéfice du doute» qui doit « profiter à l’accusé » ? C’est la plus inconfortable décision pour l’accusé in fine déclaré acquitté. Celle qui dit que l’enquête malmenée n’a pas pu lever les nombreuses zones d’ombre de cette soirée tragique du 31 octobre 2013 à l’hôtel Mondo d’Ostende, qu’énumèrent les motivations de l’arrêt.

Un innocent ne peut se satisfaire d’une décision à l’apparence inachevée. Bernard Wesphael a raison d’incriminer la justice brugeoise dans ses légèretés reconnues fautives par le jury. Elles le privent de l’acquittement plein et entier qu’il revendiquait. Cette décision apparaît aussi insupportable pour la famille de Véronique Pirotton. La jeune femme de 42 ans est en quelque sorte « morte de rien ». Les causes de sa mort sont biffées. Son fils Victor, 14 ans au moment des faits, est la victime la plus fragile d’un gâchis causé par l’attentisme insupportable de la justice brugeoise et de son exécutant policier qui n’ont pu bétonner un dossier qui n’avait pour finalité que d’aboutir à une certitude.

Pas à ce « bénéfice du doute » malsain pour l’acquitté et la famille de la victime.

Et surtout pour Victor.

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