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Dans l’Arkansas, le souvenir disparu d’une tuerie raciste

Le Soir et six journaux européens ont envoyé douze journalistes sillonner l’Amérique avant les élections. Dans le village Elaine un village d’Arkansas, peu sont les traces qui subsistent du lynchage de 237 Noirs perpétué par des Blancs en 1919, le pire incident racial ayant probablement eu lieu aux États-Unis.

- Temps de lecture: 3 min

La rue principale d’Elaine, un minuscule village d’Arkansas, saisit les voyageurs d’effroi. Il semble qu’une catastrophe ait laissé place à l’exode et que la rue soit restée paralysée dans le temps. Des édifices sont en ruines. La quasi-totalité des boutiques est fermée, vitrines et tables sont bien là, gisant aujourd’hui sous une épaisse couche de poussière. Dans un magasin abandonné, une affiche indique le retour du vendeur à 16 h30. Une seule et unique voiture est stationnée dans toute la rue.

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Elaine, 550 habitants, meurt lentement, comme tant d’autres villages bordant les rives du fleuve Mississippi, qui perdent leurs bonnes âmes en raison de la mécanisation agricole et de la pauvreté qui gangrène cette région du sud des États-Unis. S’efface également peu à peu l’épisode qui rend le village d’Elaine si particulier : le lynchage faisant suite à des conflits agricoles de 237 personnes noires perpétué par des Blancs en 1919, le pire massacre raciste d’Arkansas et probablement des États-Unis.

On estime qu’entre 1877 et 1950, après la fin de la Guerre civile et la Seconde Guerre mondiale, ont perdu la vie quelques 4 000 Noirs lors de « lynchages raciaux » dans le sud des États-Unis, selon un rapport de 2015 publié par l’organisme Equal Justice Initiative. L’objectif consistait à renforcer le « contrôle racial » des Blancs « en victimisant l’ensemble de la communauté afro-américaine ».

Peu de traces subsistent de cette tuerie dans ce village fantôme. Aucune plaque commémorative. Pour les résidents, s’ils s’en souviennent, cet événement reste flou.

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Eddie et Linda Johnston, un couple de Blancs de 68 et 65 ans, sont réticents à l’idée d’évoquer ce massacre. Ils s’en souviennent vaguement, rien de plus. « Les personnes de notre génération n’en savent rien. Les préjugés étaient bien ancrés », commente Linda dans sa maison située au bas de la rue principale. «Tu viens créer des problèmes ? », me répond-elle lorsque je la questionne sur les relations actuelles entre Blancs et Noirs, qui représentent respectivement la moitié de la population.

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Roy, Afro-Américain de 48 ans, explique qu’il a toujours vécu à Elaine et que, pendant sa scolarité, rien ne lui a été enseigné sur le massacre. À côté de lui, Telma, femme noire de 70 ans, acquiesce d’un signe de tête et m’indique l’endroit où les victimes ont dû être enterrées : non loin des barrages qui séparent la zone noire du village des interminables champs des environs.

Le massacre s'est déroulé le 1er octobre 1919. La veille, des paysans noirs avaient consulté un syndicat après des mois de plaintes concernant les abus de leurs patrons agricoles blancs. Un groupe de Blancs, craignant une révolte noire, tenta de faire échouer la réunion. Des incidents se produisirent à l’extérieur et un agent de sécurité blanc fut tué par balles. Le jour suivant, entre 500 et 1 000 hommes blancs armés se rendirent à Elaine pour réprimer « l’insurrection ». Ils laissèrent nombre de morts dans leur sillage. Aucun ne fut condamné, 12 Noirs le seront. Certains Blancs prirent des photographies d’eux-mêmes à côté des corps sans vie en arborant un air suffisant.

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