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«Anima Ardens», les hordes animales (très mâles) de Thierry Smits

Sur le sol et les murs d’un blanc immaculé se détachent 11 paires de jambes masculines, des plus pâles aux plus foncées, dans un sublime nuancier de peaux nues.

Temps de lecture: 2 min

Voilées de la tête aux cuisses, les créatures spectrales d’ Anima Ardens ne laissent poindre, sous leur drap blanc, que quadriceps, genoux et mollets saillants, bruts, virils. Devant ces corps nus, à moitié voilés, on pense forcément à l’autre voile, celui qui vise à cacher la peau des femmes, au nom d’une prétendue pudeur, cache-sexe bien souvent d’une culture patriarcale. Commencer par camoufler la nudité de ces 11 hommes avec ce drapé d’une blancheur virginale renverse cyniquement la donne.

Mais ce semblant de chasteté renvoie bientôt à d’autres images. Peu à peu, des mantras s’échappent du groupe dans un cérémonial monacal. Comme un rite de mortification, les hommes usent de leur corps et de leur voix pour entrer dans un état second. Bientôt libérés de leur voile, les corps s’étranglent, s’abîment dans des contorsions proches de l’apoplexie, touchent au délire. Les mouvements sont désarticulés, voire possédés. Ils ont beau être nus comme des vers (à côté de ça, le pénis dessiné sur une façade de Saint-Gilles peut aller se rhabiller), on oublie vite ce détail pour ne voir que des hordes animales s’engouffrer dans une transe collective. Anima Ardens signifie « âme brûlante » et c’est ce souffle ardent que creuse le chorégraphe Thierry Smits dans un magma de danse, une bouffée de folie qui va crescendo sur les paysages sonores de Francisco Lopez, composés de sons naturels (pluie, vent, insectes) remixés pour porter les danseurs dans des boucles lancinantes, obsédantes.

La nudité a beau être totale dans ce spectacle, il n’y a absolument rien de sexuel. Il s’agit surtout de se laisser emmener par une énergie humaine, d’abord diffractée puis de plus en plus convergente. Les tremblements frénétiques et les pulsions de meute enragée s’apaisent peu à peu dans des respirations plus libres, des ondulations pacifiées, des courses émancipées.

Les convulsions obsessionnelles d’hommes en lutte, comme s’ils voulaient se débarrasser d’eux-mêmes, laissent la place à des ensembles soudés, fraternels. Si Anima Ardens n’a pas les vertus hallucinatoires de l’Ayahuasca, son rituel chamanique a de quoi vous enfiévrer une heure durant.

Jusqu’au 29/10 et du 30/11 au 10/12 au studio de la compagnie Thor, 49 rue Saint-Josse, Bruxelles.

 

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