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«Il ne dansera qu’avec elle»: la difficulté de saisir le sexe sur scène

Temps de lecture: 2 min

A comme Amour, B comme baiser, C comme contraintes… C’est un abécédaire du désir qu’ont dessiné Antoine Laubin et Thomas Depryck dans Il ne dansera qu’avec elle , suite d’instantanés pour évoquer les mille et une facettes du sexe. Kamasutra, Nu, Obscénité, Pornographie, Quotidien, Rompre, Tromper, Vaseline, Web, Xénophilie, Zob : tous ces mots et bien d’autres rythment deux heures trente d’un spectacle choral. A l’image de son sujet, la pièce s’éclate dans un kaléidoscope de formes, entre monologues, saynètes parfois extraites de livres (dont Vernon Subutex de Virginie Despentes) ou de films (Irréversible de Gaspar Noé et 5x2 de François Ozon) ou résultats d’improvisation.

Un grand matelas posé au milieu de la scène annonce la couleur. A proximité, le grand vestiaire vient confirmer que les douze comédiens – six hommes, six femmes – vont vite laisser tomber la chemise, tandis qu’une caméra laisse présager un double voyeurisme. Les comédiens ont entre 30 et 40 ans, un corps moyen. En couple depuis longtemps ou pas, tous tentent de vivre l’amour et le désir au XXIe siècle. L’échec potentiel, les ruptures, les trahisons, les doutes planent sur ces bouts de relations amoureuses. Une scène au lit, qui finit mal, encadre d’ailleurs cette pièce versatile. Au fil des confessions, vraies ou écrites, se dégage le sentiment paradoxal d’une génération réaliste sur la permanence du couple, mais qui, tel Sisyphe face à son rocher, essaye encore et toujours d’y croire. Si, de prime abord, il semble y avoir une égalité entre les hommes et les femmes, de même qu’entre couples gays et hétéros, le spectacle touche aux rapports foncièrement différents qu’entretiennent les hommes et les femmes vis-à-vis de la sexualité et du désir de l’autre.

Les tableaux s’enchaînent : souvenir d’un concours de masturbation chez les scouts, découverte du sexe en colo, soirée entre potes et partouze, digressions sur les bonobos ou l’histoire de la pornographie au cinéma, débat sur le mariage comme fondement de la société autoritaire patriarcale ou récit de troubles désirs. Même si ce dernier monologue, porté par Yasmine Laassal, est bouleversant, l’ensemble de la pièce manque de tension, de vigueur. La chair est triste… et trop molle. Où est l’afflux sanguin ? Sur un tel sujet, on aurait aimé une approche plus « rentre-dedans » ou plus étonnante, en tout cas éviter les « déjà-vu » qui traversent la pièce. Peut-être que, plus resserrée, plus transgressive, Il ne dansera qu’avec elle aurait véritablement bousculé notre perception de la sexualité.

Jusqu’au 22 octobre au Théâtre Varia, Bruxelles.

 

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