Saint-Nicolas déjà dans les supermarchés, un tort pour les enfants

Saint-Nicolas déjà dans les supermarchés, un tort pour les enfants

Le temps file vite, vraiment (trop) vite. Alors que la Saint-Nicolas ne se déroulera que dans un peu moins de deux mois, le patron des écoliers a déjà pointé le bout de sa barbe blanche, il y a quelques jours, dans certaines grandes chaînes de supermarchés. Ainsi Delhaize propose-t-il un assortiment de figurines en chocolat à l’effigie du saint, accompagné de spéculoos et des pièces en cacao. « Si nous proposons ces produits dans tout notre réseau depuis une semaine, c’est parce que d’autres détaillants ont ouvert la saison au début du mois, justifie Roel Deklever, porte-parole de l’enseigne au lion. Nos concurrents lancent la Saint-Nicolas de plus en plus tôt. Comme nous représentons 25 % de parts de marché, nous nous sentons obligés de suivre la tendance pour répondre à la demande de notre clientèle. »

C’est parfaitement légal

De son côté, Carrefour préfère miser sur les jouets, sans toutefois établir de lien clair avec la Saint-Nicolas. « Après les articles de rentrée des classes et les foires aux vins, nous mettons prioritairement en avant les produits d’Halloween. Mais ceux-ci n’occupent pas tous les rayons de nos actions spéciales ; il reste de la place pour les jeux d’enfants, détaille Baptiste van Outryve, porte-parole de l’enseigne. Ceci dit, nous n’avons pas encore officiellement lancé nos actions de Saint-Nicolas. »

Et quand bien même les supermarchés se mettraient demain à vendre des guirlandes de Noël ou des œufs de Pâques, elles en auraient parfaitement le droit. Contrairement aux soldes, les périodes de fête ne sont pas encadrées légalement. Tout au plus, en 2000, le Conseil de la consommation a-t-il recommandé aux commerçants de s’abstenir de toute publicité pour Saint-Nicolas avant le 1er novembre. Les articles dans les présentoirs des points de vente ne sont donc pas visés.

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« Un décalage regrettable »

Il n’empêche, vendre des Saint-Nicolas en chocolat en octobre pose question. « Pour les enfants, ça occasionne une perte de repères temporels, regrette ainsi le Pr Jean-Marie Gauthier, pédopsychatre (ULg et CHR Citadelle de Liège). Les fêtes sont liées aux conditions atmosphériques : la Toussaint, ce sont les feuilles qui tombent et la Saint-Nicolas, c’est le gel. Elles inscrivent les enfants dans les mouvements des saisons et de la nature. Ici, ces pratiques commerciales induisent un décalage complet par rapport au vécu de l’enfant. Cette perte de symbole et d’aspect poétique faisant appel à la sensibilité est vraiment dommage. Ca déshumanise et ça “commercialise” le rapport de l’enfant à son environnement. Et que les supermarchés cessent de prétendre qu’ils suivent la demande ! Ils la créent puis seulement la suivent. »

Déjà en plein Noël

Pour Test-Achats et son porte-parole Jean-Philippe Ducart, c’est une évidence : « Les parents ne doivent pas se laisser influencer par ces produits vraiment précoces et expliquer à leurs enfants que ce n’est pas encore le bon moment pour penser à la Saint-Nicolas. Il serait vraiment navrant que leurs efforts d’éducation soient anéantis par des pratiques commerciales aux motivations évidentes : les commerçants, qui redoutent le vide dans leur ligne du temps, constatent qu’Halloween est en perte de vitesse. Alors, ils reviennent à la valeur sûre que constitue Saint-Nicolas en surfant dessus de plus en plus tôt. Ce n’est que du bricolage commercial. Nous réclamons davantage de raison de la part des commerçants.  »

Et dire que, pendant ce temps-là, Ikea installe déjà ses articles de Noël…

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Recommandation: un saint malvenu avant le 1er novembre

Par Julien Bosseler

Il y a 16 ans, le Conseil de la consommation s’est ému, dans un avis, du calendrier des publicités pour les fêtes d’enfants que constituent Saint-Nicolas, Noël et Pâques. Ce sont des institutrices et des associations de parents qui ont initié la réflexion de l’organe consultatif. « Le souci majeur des enseignants est l’apprentissage et le respect d’une ligne du temps dans l’éducation des enfants. Les campagnes publicitaires prématurées sont susceptibles de compromettre ce principe fondamental », écrit le Conseil en introduction de son avis. Celui-ci recommande aux commerçants de renoncer à des promotions avec la présence physique de Saint-Nicolas, avant le 1er novembre. Idem pour la pub en dehors des points de vente, « manifestement destinée aux enfants en âge d’école maternelle et primaire, faisant directement référence aux fêtes de Saint-Nicolas et non sollicitée par les enfants. » Ne sont donc pas concernés les produits eux-mêmes et le matériel promotionnel en magasins et sur leur site internet. Comeos, la fédération de la grande distribution, encouragent ses membres à respecter ces bonnes pratiques.

 
 
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