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Claude Rolin: «Sur les votes clivants, je suis en divergence»

Ex-syndicaliste aujourd’hui eurodéputé, Claude Rolin est le rebelle social au sein du PPE de droite. Entretien

Chef du service Monde Temps de lecture: 4 min

Passé du syndicalisme à la politique, Claude Rolin (CDH) est depuis un an eurodéputé du Parti populaire européen (conservateurs modérés). L’ex-secrétaire national de la CSC a paru longtemps discret, sinon noyé dans ce groupe. Mais au fil de votes chargés idéologiquement, il apparaît de plus en plus comme le rebelle de gauche dans ce groupe de droite. Cela risque d’être encore le cas cette semaine à Strasbourg, lorsque le Parlement débattra et votera une résolution sur le TTIP, l’accord commercial en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis.

Comment avez-vous voté le mois passé sur le règlement sur les minerais de conflit ?

En faveur de l’amendement de Louis Michel (MR/ADLE), dont l’adoption a établi une contrainte de traçabilité pour les entreprises. C’était un vote qui ne correspondait pas à la ligne du PPE, et je l’avais annoncé à mon groupe.

Sur le TTIP : quelle est votre position sur la résolution qui va être soumise au vote en session plénière cette semaine ?

Nous avons une position claire, au CDH. Nous ne sommes pas contre le principe d’accords commerciaux. Mais nous trouvons que cet accord-ci est mal parti, dans un déficit de transparence. Nous pensons que le minimum serait de suspendre cette négociation. Le mandat n’a pas été clair, il n’y a pas de confiance des citoyens dans ce qui est négocié. Voyons où on est, et redéfinissons un mandat, avec des balises très claires reposant sur la culture européenne, c’est-à-dire nos normes à nous. Il y a autre chose. L’Europe est partie pour continuer à s’élargir en se diluant, en n’ayant plus qu’un seul principe de base : le marché. Or, l’Europe n’est pas qu’un marché. Mon engagement est en faveur d’une Europe sociale et humaine. Allons-nous vers un monde bipolaire, ou un monde multipolaire, où l’Europe discute avec les États-Unis, mais aussi la Chine, l’Amérique latine, ou encore l’Afrique, qui est le continent de l’avenir, à mon sens ? Mais la vision multipolaire est contradictoire avec le TTIP.

Comment voterez-vous sur ce compromis négocié entre PPE et sociaux-démocrates, qui laisse ouverte la possibilité de cours d’arbitrage privées pour régler les litiges entre États et entreprises ?

Il n’est pas question pour moi d’avoir un mécanisme d’arbitrage privé ! Si la résolution n’exclut pas clairement ces mécanismes, je ne voterai pas ce texte. C’est pour cela que nous introduisons un amendement en ce sens, avec quelques eurodéputés d’autres partis. Je ne suis pas dans la ligne du PPE, mais nous sommes plusieurs dans ce cas au sein de mon groupe.

Troisième sujet : le premier ministre hongrois Orban (dont le parti appartient au PPE) et ses propos en faveur de la réouverture d’un débat sur la peine de mort. Votre chef de groupe, Manfred Weber, lors de la précédente plénière, a défendu le bilan électoral et économique de Viktor Orban, comme si cela atténuait les critiques à son encontre…

Je suis en total désaccord. La politique d’Orban est inacceptable, et on ne peut mettre en balance les droits fondamentaux et des performances économiques : cela n’a aucun sens. Heureusement, il y a un malaise au sein du PPE par rapport aux déclarations d’Orban.

Trouvez-vous gênant que son parti soit membre du PPE ?

Oui.

Vous devenez un rebelle du PPE, en fait ?

Votewatch, l’un des deux sites qui scrutent les votes des eurodéputés, observe qu’au mois de mai, j’étais à 82 % de loyauté à l’égard de mon groupe : c’est le taux de loyauté le plus faible, et nous ne sommes que deux dans ce cas. Cela signifie que sur les votes très clivants, je suis en divergence avec mon groupe.

Vous devriez plutôt être chez les sociaux-démocrates alors, ou à la gauche ?

Mon job c’est de porter au PPE une voix sociale. Ce n’est pas facile. Mais on ne m’y fait pas obstruction aujourd’hui. Et à la commission Emploi et Affaires sociales, cela me permet d’obtenir des avancées, notamment parce que j’ai une légitimité et une pertinence. Un des fondements du PPE, c’est « l’Europe marchande socialement régulée ». Eh bien mon job, c’est de travailler au « socialement régulé ».

Vous voyez la commission Juncker comme celle du triple A social ?

Non. J’ai entendu cette volonté, de la bouche de Jean-Claude Juncker et de Marianne Thyssen (tous deux membres de sa famille PPE). Mais je n’en vois pas encore la mise en œuvre. Pourtant j’adhère aux orientations que le président de la commission a annoncées en juillet 2014. Et je considère que le plan d’investissement représente un changement considérable par rapport à ce qui a précédé, du fait d’avoir reconnu que nous avons un problème majeur d’emploi. Je crois à la sincérité sur l’orientation sociale, mais je veux que cela aille plus loin, plus vite. La commission n’a pas le choix : elle doit réussir, car elle est la commission « de la dernière chance ». Et c’est sur le social qu’elle doit réussir.

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