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Charlotte Charles-Heep: «Chassepierre est unique en Europe»

Une gazelle prend le mammouth par les cornes. A 26 ans, elle prend la direction de Chassepierre, festival géant des arts de la rue (25.000 spectateurs). C’est le dernier fleuron belge après la faillite de « Namur en Mai ». Entretien

Temps de lecture: 4 min

Certains lui reprocheront d’être française, mais Charlotte Charles-Heep leur rétorquera que, oui, elle a grandi de l’autre côté de la frontière – à Sedan, à quelques kilomètres de Bouillon –, mais ça ne l’a pas empêchée de tomber toute petite dans la marmite de Chassepierre. Elle avait trois ans quand ses parents l’ont emmenée dans la Gaume découvrir cette insolite fête des arts de la rue bourgeonnant chaque été dans un petit village de pierre de 200 habitants. Elle en tombe amoureuse et y reviendra en 2010 pour faire son stage, en parallèle à ses études en arts du spectacle, et y peaufiner son mémoire sur les arts de la rue en milieu rural. Séduit par son dynamisme, Alain Schmitz, le directeur artistique, la prend sous son aile pour finalement la désigner comme sa successeure, en septembre 2014. Aujourd’hui, la jeune femme de 26 ans se retrouve avec les clés de la maison, une sacrée vaste demeure, équivalent belge des Chalon et Aurillac français. Elle en a signé la toute prochaine programmation, qui se déroulera les 22 et 23 août, et nous dévoile sa vision.

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Comptez-vous insuffler un nouveau cap à Chassepierre ?

Je préfère travailler dans la continuité. Le plus important est de préserver l’esprit de Chassepierre, c’est-à-dire un festival qui se fait avec les habitants du village, avec une programmation qui touche tous les publics, aussi bien les spectateurs avertis qui viennent avec des attentes plus pointues que des gens qui viennent à Chassepierre pour la première fois. Bien sûr, au niveau artistique, je n’ai pas à 100 % les mêmes goûts qu’Alain Schmitz et donc, forcément, j’y amènerai ma propre touche. J’ai envie, par exemple, de travailler sur la place du jeune public. Mais, comme Alain Schmitz, je serai attentive à toutes les nouvelles formes qui se développent en arts de la rue : les arts plastiques, la danse, le numérique.

Chassepierre est devenu une énorme machine, avec ses 25.000 spectateurs sur un week-end. En prendre les rênes est une fameuse responsabilité.

On est arrivés à occuper 17 espaces de jeu sur le site et on a sans doute atteint là notre capacité maximale. C’est vrai qu’on a 25.000 spectateurs, parmi lesquels des gens qui viennent de France, du Luxembourg, d’Allemagne. Il y a aussi beaucoup de Flamands, et même un peu d’Anglais. On ne veut pas faire plus sinon ça étoufferait le lieu et les gens ne viendraient plus. Aujourd’hui, on veut surtout fidéliser notre public. Ça marche par génération : les parents emmènent leurs enfants puis ces derniers emmèneront ensuite leurs propres enfants.

Mais, tout ce monde ! Voir un spectacle derrière 600 personnes, n’est-ce pas contradictoire avec l’esprit des arts de la rue, censés jouer de la proximité avec le public ?

Ça fait partie du jeu : c’est le défi de la rue, on voit certains spectacles debout, entre deux têtes et si on est trop loin, on va voir un autre spectacle. C’est la même chose dans toutes les autres manifestations. A Chassepierre, le public a pris l’habitude et s’installe une demi-heure avant le début du spectacle. On a aussi des professionnels qui viennent du monde entier, ce qui permet aux artistes belges – on en a une vingtaine par édition – d’être vus par tous ces programmateurs et de tourner dans d’autres pays ensuite.

Peut-on comparer Chassepierre à Chalon, en France ?

Chassepierre est incomparable parce que c’est un événement très rural. En cela, il est unique. Chalon, par exemple, n’a rien à voir. Oui, il y a du monde, et oui, c’est une référence, mais à la base, ça a été créé pour les professionnels, pas pour le public. Chassepierre, c’est le contraire.

De plus en plus de petits festivals d’arts de la rue éclosent en Belgique. Signe d’un engouement qui va croissant ?

Beaucoup de petits festivals se créent, mais beaucoup disparaissent aussi. Ça se développe parce qu’on peut amener la culture au public sans avoir de grosses structures en dur. Mais attention, ce n’est pas si facile qu’il y paraît. A Chassepierre, la technique ne se voit pas mais ce n’est pas simple pour autant. On a 10 semi-remorques de matériel. Les artistes ont besoin de musique, de lumière. Rien n’est droit et rien n’est plat à Chassepierre, tout est en pente, alors il faut mettre des planchers pour stabiliser les espaces de jeu. Ce n’est pas forcément plus simple que si vous avez un centre culturel avec des techniciens et tout sur place.

www.chassepierre.be

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