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À Los Angeles, la révolution citoyenne du «jardinier gangster»

Douze journalistes de six pays européens différents sillonnent l’Amérique avant les élections. A South Central, un ancien quartier chaud de Los Angeles, Ron Finley tente de convertir les mentalités pour que la population se réapproprie l’espace public et cultive sa propre nourriture.

- Temps de lecture: 3 min

Á l’ombre de quelques palmiers assoiffés, se cache une drôle d’oasis verdoyante, au cœur de South Central, à Los Angeles. Le long du trottoir pour y accéder, un bananier côtoie des grenadiers et toutes sortes de cactées, contrastant avec les fast-foods, magasins d’alcool, entrepôts et autres marchands de pneus qui occupent le quartier.

Au pied de sa maison, reconvertie en épicentre du projet « Gangsta gardener » (jardinier gangster), Ron Finley offre une grenade écarlate, quand d’autres proposeraient un soda. Depuis 2010, cet ancien designer lutte contre ce qu’il appelle les « déserts alimentaires » comme la « cité des anges » en compte à presque tous les carrefours : une prédominance d’enseignes de restauration rapide et de magasins de proximité, achalandés avec des produits « qui tuent ».

Pour changer de paradigme, le jardinier défend une réappropriation de l’espace urbain – trottoirs, allées, terrains vagues – afin que les habitants puissent cultiver leurs propres fruits et légumes. « Il faut qu’ils comprennent d’où vient leur nourriture, ce qui est loin d’être le cas ici », explique-t-il, en surplombant sa piscine taguée, reconvertie en jardinière géante. Pour Finley, cette philosophie est aussi un antidote à tous les maux (pauvreté, problèmes de santé publique, violence, gangs) – que le quartier, théâtre des émeutes de 1992, a pu connaître et affronte encore parfois.

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Mais d’une initiative locale, son projet a dépassé les frontières de L.A. et de la Californie, grâce au cycle de conférences Ted auquel il a participé en 2013 (la vidéo de son discours a été visionnée près de trois millions de fois à ce jour). Depuis sa vie a changé. Invité à la Maison-Blanche la semaine dernière, en Toscane auparavant, il vit désormais de ses interventions, contraint d’arrêter sa ligne de vêtements, faute de temps. « J’aimerais m’y remettre, mais je suis fier quand j’entends de jeunes Indiens s’appeler gangsta gardeners, dit-il. J’essaie de faire comprendre aux jeunes que c’est ça le nouveau cool. Être un gangster : ce n’est ni la drogue, ni l’alcool, ni les armes : c’est cultiver et manger sa propre nourriture et prendre soin de sa communauté. »

Tensions raciales et gentrification

Pour ce père de deux grands enfants – il refuse de dire son âge – ce militantisme vert vaut plus que n’importe quel engagement politique. Sa moue en dit d’ailleurs long à l’évocation de l’échéance présidentielle. « Je voterai pour le moins pire des deux démons. L’utérus, plutôt que le pénis », explique-t-il étrangement, sans prononcer les noms de deux prétendants à la succession d’Obama. Selon lui, le premier président noir des États-Unis a beaucoup fait évoluer les mentalités, mais les tensions raciales se sont accrues au cours de ses deux mandats. « Il y a un racisme inhérent à cette société. Regardez tous les Noirs tués par la police ces derniers temps ! »

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Comme dans de nombreuses villes des États-Unis, South Central est en voie de gentrification et la hausse des prix de l’immobilier repousse les moins fortunés aux périphéries. « La couleur de peau des habitants est en train de changer et leurs habitudes aussi : cafés, magasins bio, cours de yoga. C’est très bien, mais la population de ce quartier doit changer son mode de vie par elle-même, par choix, et pas parce que des nouveaux venus emménagent. »

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