Bruxelles favorable à la prison de Haren sous conditions

La densité de la population carcérale de la future prison de Haren a toujours crispé les Harenois.
La densité de la population carcérale de la future prison de Haren a toujours crispé les Harenois. - D.R.

Le verdict ne sera rendu que ce mardi très tard dans la soirée, mais il ne sera a priori pas très différent de celui de la Ville de Bruxelles. Légalement, le collège bruxellois devait remettre son avis sur la construction de la méga-prison de Haren au plus tard 30 jours après la fin de l’enquête publique, soit vendredi dernier. L’avis est favorable mais assorti de conditions très restrictives qui obligeront le fédéral à revoir sa copie.

Evidemment, la Ville de Bruxelles n’est qu’un des membres de la commission de concertation. Cette dernière se compose également de Bruxelles Environnement, Bruxelles Développement urbain (BDU), la Direction des Monuments et sites, Citydev.brussels et Bruxelles Mobilité. Il faut donc voir quelle majorité se dégagera mais l’avis du collège échevinal bruxellois risque de donner le ton.

Pour rappel, le projet mené par la Régie des bâtiments fédérale sera la plus importante prison de la capitale avec une capacité de 1.190 détenus, répartis sur huit entités. En tout, un terrain de 18 hectares a été réservé au projet.

La prison représentera une superficie réelle de 51.000m² de bâtiments auxquels il faut ajouter 15.000m² de surfaces extérieures. Trois entités pour les hommes, deux zones pour les femmes, une pour les jeunes dessaisis, un centre de psychiatrie légale et une entité de gestion générale sont prévues. Cet établissement devrait également marquer un tournant dans la façon dont la vie du pénitencier est conçue. Si la sécurité vers l’extérieur sera maximale, les détenus seront plus libres de leurs mouvements à l’intérieur du complexe. Le but est de rendre la prison plus humaine afin de favoriser la réinsertion.

Pour compenser la grande distance entre Haren et le palais de justice de la place Poelaert, le fédéral a également prévu de créer un mini-tribunal dans l’enceinte même de la prison. Cela réduit le personnel pour le transfèrement des prisonniers ainsi que le temps passé sur la route.

Cet argument ne tient pas pour le collège bruxellois et fait partie des dispositions à changer dans le dossier. Aujourd’hui, il faut 15 minutes pour transférer les prisonniers de Saint-Gilles et Forest vers la place Poelaert. Depuis Haren, le trajet prendra 45 minutes voire une heure. Cela implique donc un triplement de la charge de travail pour les policiers. Or, la semaine dernière, certaines séances au palais de justice n’ont pu se faire en public car le personnel se plaignait déjà de la surcharge de travail.

Dans l’avis de la Ville, il est donc stipulé que la zone de police ne peut se voir infliger des coûts supplémentaires liés au transfèrement des détenus, à une grève du personnel pénitentiaire ou encore à des troubles à l’ordre public devant la prison.

Le transfèrement des détenus est sans conteste un des points qui crispent le plus le collège, les riverains et les magistrats. Ces derniers s’opposent d’ailleurs fermement à la création d’un mini-palais de justice dans l’enceinte de la prison. Pour certains, cela ne serait d’ailleurs pas légal de mélanger les deux fonctions dans un même lieu. Des recours pourraient être engagés et le syndicat de la magistrature engagera certainement de bons avocats.

La Ville émet également des objections quant au plan de mobilité proposé par le fédéral. Elle demande que tout le trafic passe par le boulevard de la Woluwe afin de ne pas engorger les petites rues résidentielles de Haren. La desserte en transports en commun doit aussi être revue à la hausse.

Enfin, le collège demande qu’aucun détenu ne puisse s’inscrire au CPAS de la Ville de Bruxelles. Là aussi, les cordons de la bourse sont liés avec un colson bien serré.

En remettant un avis favorable soumis à de telles conditions, la Ville de Bruxelles a préféré le compromis à l’affrontement direct. Les membres socialistes du collège ne peuvent clairement s’opposer à ce dossier qui permettrait à la Région de réaménager les sites de Saint-Gilles et de Forest, réalisant au passage une belle promotion immobilière. Les libéraux, eux, n’ont jamais été enthousiastes mais s’étaient montrés favorables au premier projet de prison qui prévoyait l’accueil de 300 détenus.

 
 
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