Dix quartiers du futur en Wallonie, un concept novateur à Charleroi

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Dix quartiers du futur en Wallonie, un concept novateur à Charleroi

Pouvait-il en être autrement dans l’ex-Pays noir ? L’écoquartier flambant neuf qui poussera à Charleroi sera implanté au pied du terril des Hiercheuses, à Marcinelle. Preuve s’il en est que le futur se bâtit au départ du passé. C’est l’un des dix projets retenus ( mis en ligne sur Le Soir + le 24 juin dernier) au terme de l’appel lancé par le gouvernement wallon. Ce mardi, ils ont fait l’objet d’une courte présentation, en marge de la création du cluster wallon « Nouveaux Quartiers », qui associera partenaires publics et privés impliqués dans les différents dossiers.

Au sein de ce cluster, chacun pourra profiter des expériences voisines. Mais l’intérêt principal de ce club fermé réside dans l’appui logistique, administratif, que pourra apporter la Région wallonne qui, pour rappel, n’investira pas un euro dans l’opération. Ou presque ! En effet, le ministre wallon de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, Carlo Di Antonio (CDH), l’a annoncé ce mardi : les marchés publics viennent d’être lancés pour désigner trois bureaux chargés d’appuyer les communes et leurs partenaires dans la constitution des dossiers et demandes de permis. En sus, l’administration wallonne et les fonctionnaires délégués apporteront également leur expertise, afin de gagner un maximum de temps. Car ces projets qui ne sont qu’esquisses, prendront jusqu’à trente ans pour connaître leur aboutissement définitif, alors que la Wallonie aura besoin de 12.000 nouveaux logements au cours du prochain quart de siècle.

Ce délai assez long est assorti de l’obligation d’avancer. « On nous demande d’avoir urbanisé deux hectares d’ici trois ans », explique Sylvie Vandezande, dont la société sera chargée de construire le nouveau quartier des Hiercheuses. Une exigence qui explique pourquoi le jury wallon a retenu les projets pour lesquels la commune possédait déjà les terrains. A Charleroi, un espace sera réservé à un supermarché (Aldi tient la corde) avec parking souterrain. Cet espace de vente sera surplombé par des appartements qui offriront une partie des 400 logements prévus pour héberger les 1.100 nouveaux habitants. A l’autre extrémité de ce site de 20 hectares (dont 6 hectares en zone urbanisable), une maison de repos d’une centaine de lits et une résidence-services de 30 à 40 lits se concrétiseront au cours des prochaines années.

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« Le terril comme ressource »

Mais toute l’originalité du projet carolo réside dans l’utilisation du terril. « Le terril sera utilisé comme une ressource, se félicite Marie-Yvonne de Saint-Georges, dont le bureau d’études, Epure, est associé à l’expérience carolo. Les scories seront stockées dans des caissons pour bloquer les glissements de terre et nous utiliserons la chaleur dégagée par cette masse en combustion pour alimenter un chauffage urbain ». L’idée est notamment de profiter de l’air chaud (12ºC) stocké en sous-sol. « Ce qui nécessite de soulever certains aspects juridiques car il s’agit d’un terril appartenant à un propriétaire privé », souligne Sylvie Vandezande. « Avant de construire, il faut penser à beaucoup de choses, confirme la représentante d’Epure. C’est pourquoi l’aide administrative et juridique apportée par la Région n’est pas superflue. De plus, on est sûr que le dossier ne traînera pas au fond d’un tiroir et qu’il sera connu de l’administration et du fonctionnaire délégué ».

Les bâtiments et le mobilier urbain s’intégreront dans le décor, en recourant à une palette chromatique similaire à celle de l’environnement direct. Ainsi les appartements devraient s’inspirer de la tour verte de Milan. « Il y aura également des activités touristiques et ludiques sur le terril, en lien avec la biodiversité, poursuit-elle. Et une crémaillère permettra d’amener les personnes à mobilité réduite au sommet du terril où se trouvera notamment une table d’orientation. Et un restaurant panoramique offrira une vue sur toute la région ». Utopique ? Sylvie Vandezande dit avoir déjà deux investisseurs intéressés par le projet horeca.

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En contrebas, le quartier sera entièrement piétonnier. Les promoteurs promettent une maison médicale, des bureaux, une crèche, une maison de quartier, des îlots et des placettes verdurisées, un cheminement piéton ainsi que des vélos et voitures électriques partagés. Orientés vers le sud, les bâtiments seront équipés de panneaux photovoltaïques. Le ruissellement des eaux lors des averses s’effectuera via des conduits qui pourraient, en d’autres occasions, servir de « lugesleigh », assurent les promoteurs. Et les Editions Dupuis se sont déjà engagées à fournir des panneaux de signalisation illustrés par des personnages de bande dessinée.

« Nous allons aménager le site de telle sorte que les gens puissent déjà circuler sur le terril, ponctue la directrice de la SA Vandezande.Il est important que les gens se l’approprient avant même la construction du quartier et non une fois celui-ci sorti de terre. »

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Les dix projets: plus de 11.000 logements

Par Pascal Lorent

Andenne. Sur le site d’Anton (49 ha), un terrain en pente douce descendant vers la Meuse, 1.600 logements seront construits pour accueillir 4.000 habitants.

Arlon. Le site de Seymerich (30,31 ha) est distant de moins d’un kilomètre du centre d’Arlon. En bordure de la N4, il offrira 700 logements neufs pour 2.000 occupants.

Bastogne. Sur la zone de Chenêt-Vévy (28,3 ha), 658 habitations diverses s’ouvriront à quelque 2.000 occupants, en accroche directe avec le centre-ville.

Binche. Les quartiers de la Samme (22,96 ha) rassemblent trois projets différents (l’îlot des Pastures, la ZACC Sainte-Anne et le terrain de la rue de Namur). Au total, ce sont 700 logements et 1.400 Binchois supplémentaires qui combleront la « dent creuse » de la ville.

Charleroi. Les Hiercheuses (20 ha), quartier installé au pied du terril éponyme, abriteront 1.100 personnes dans 400 foyers.

Leuze-en-Hainaut. Le Quartier du Bon Air (40 ha) se composera de 700 à 800 logements pouvant héberger jusqu’à 1.800 Leuzois. Le projet se complète de zones réservées à l’agriculture urbaine, périurbaine et expérimentale.

Liège. Le site des Halles de Coronmeuse (25,62 ha) qui déménageront de l’autre côté de la Meuse, se trouve à l’embouchure du canal Albert. Les 1.500 habitations prévues en bordure du fleuve, charrieront 3.000 nouveaux habitants.

Marche-en-Famenne. Le dossier (90 ha) est l’intégration de quatre projets existants riches d’un millier de logements. De quoi absorber la croissance escomptée de la population de 3.119 unités, d’ici à 2040.

Ottignies/Louvain-la-Neuve. Le Quartier de l’Ornoi (30 ha), à l’intersection du boulevard de Lauzelle et de la N4, est propriété de l’UCL. Les 1.500 logements envisagés profiteront à 3.450 habitants.

Tubize. Assaini, le site des anciennes Forges de Clabecq (80 ha) comptera 2.500 logements et 6.000 nouvelles âmes.

Enjeux: des réponses aux défis de demain

Par Pascal Lorent

Il s’agit d’abord de faire face aux enjeux environnementaux. Les bâtiments érigés devront ainsi être, si pas passifs, les moins énergivores possible. Le caractère durable des nouveaux quartiers se confirme avec la part belle faite à la mobilité douce, la voiture étant refoulée aux extrémités de ces nouveaux lieux de vie, quand elle n’en est tout simplement pas exclue. L’intégration paysagère de ces sites et le recyclage des eaux usées confortent, dans certains cas, cette volonté de tenir compte de la nature dans l’élaboration du projet.

Mais la Wallonie est également confrontée au vieillissement annoncé de sa population. Raison pour laquelle plusieurs auteurs de projet ont prévu des logements à une ou deux chambres ou des habitations évolutives, qui s’adapteront selon les étapes de l’existence et les besoins que celles-ci font naître. Certains dossiers comportent également des logements kangourous, afin de permettre aux personnes âgées de cohabiter avec les plus jeunes, couples ou étudiants.

Afin d’éviter les erreurs du passé, la Région avait également demandé aux communes de prévoir une mixité des fonctions (commerces, services, logement, bureaux, etc.). Mixité sociale également, pour contourner le double écueil du ghetto ou de la gentrification. Et pour mieux faire naître le vivre ensemble, des espaces partagés et des lieux réservés à la vie collective structurent plusieurs projets, lesquels reprennent aussi l’idée de potagers partagés.

Coronmeuse reconnu comme quartier nouveau

Par Philippe Bodeux

Coronmeuse reconnu comme quartier nouveau

Depuis trois ans, la société Immo Coronmeuse, mandatée par la Ville, négocie avec deux consortiums privés la construction d’un nouveau quartier sur le site de Coronmeuse. Le consortium « Green Gate » associe CFE, Moury, Besix, Kairos et Thomas et Piron tandis que l’autre, dénommé « Neo Legia », rassemble les sociétés Matexi, Jan de Nul, Willemen, Nacarat et Cit Blaton.

Le projet est colossal puisqu’il vise à urbaniser une zone de 25 hectares en créant 1.200 logements pour 3.000 familles et à répondre ainsi en partie à la croissance démographique qui est évaluée par le Bureau du plan à 63.000 habitants supplémentaires pour l’arrondissement de Liège endéans les vingt prochaines années. L’investissement total varie entre 250 et 300 millions d’euros. Le chiffre exact dépend du choix final du consortium qui sera pris en mars 2017 à l’issue du « dialogue compétitif » entamé en 2013.

C’est la société Immo Coronmeuse qui choisira le consortium, réservant au conseil communal l’approbation des demandes de permis et autres procédures administratives. A noter que, avec le soutien des fonds Feder, les pouvoirs publics vont consacrer 25 millions d’euros au projet, en particulier à la démolition des actuelles halles des foires et à l’aménagement d’espaces publics.

A ce stade-ci du projet, la Région, via le ministre de l’Aménagement du territoire Carlo Di Antonio (CDH), vient de reconnaître Coronmeuse comme un des dix quartiers nouveaux de Wallonie qui lutte contre l’étalement urbain.

Par sa connexion avec le Ravel et le futur tram, la préservation du patrimoine (ancien Palais des sports et écoles), du parc public Reine Astrid, et la création de lieux conviviaux (au bord de la darse notamment), la Wallonie y voit un « quartier innovant et exemplaire en matière de développement territorial durable, orienté vers la nature et visant l’exemplarité en matière de qualité urbanistique et architecturale ainsi que d’efficience énergétique ».

La labellisation « quartier nouveau » n’est pas porteuse de subsides mais d’une aide spécifique de l’administration régionale pour faciliter l’évolution du dossier. La Région recommande aux autorités publiques locales d’« associer les citoyens (riverains et futurs habitants) et les acteurs privés, publics et associatifs, à l’élaboration du quartier dans une dynamique partenariale ».

Pour l’instant, la stricte confidentialité du dialogue compétitif semble empêcher cette concertation.

Trop de nouveaux projets ?

Bavière, Droixhe, Herstal, Coronmeuse… A l’est de Liège, les projets immobiliers d’envergure s’accumulent. Au risque de provoquer un « trop-plein », comme le soulignait en 2013 la société Matexi. A Herstal, la procédure de dialogue compétitif a été abandonnée par la commune en raison d’un projet privé « valorisant insuffisamment l’espace public », selon la commune.

 
 
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