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Réforme du travail: Kris Peeters veut une carrière sur mesure

L’idée : donner plus d’autonomie au salarié sur ses horaires, sa fin de carrière, etc. Ça commence mal : les dirigeants syndicaux boycottent.

Chef du service Politique Temps de lecture: 7 min

Le « travail faisable ». C’est le nouveau mot à la mode à la table du gouvernement fédéral. Ce néologisme issu du néerlandais (« werkbaar werk ») évoque en réalité une réforme importante du marché du travail, dont la première pierre sera posée ce mardi. Le vice-Premier ministre et ministre de l’Emploi, Kris Peeters (CD&V) rencontrera les représentants des patrons et des syndicats pour lancer cet important chantier. Si on lit les idées de la N-VA (ci-dessous), il est question d’une réforme profonde.

Dans la carte blanche qu’il publie aujourd’hui dans Le Soir, le vice-Premier est plus prudent, n’émet pas de pistes précises, mais ouvre le champ largement. « Cela concerne presque tout le monde sur le marché du travail, écrit Kris Peeters. Cela concerne les plus âgés. Et cela concerne les salariés et les fonctionnaires dans différentes phases de leur carrière et de leur vie, qui demandent donc une autre approche. C’est, en résumé, le travail sur mesure. »

1. Pourquoi la réforme s’impose

Une réforme du marché du travail, qui sera mise en chantier ce mardi, s’impose en Belgique. Les problèmes s’accumulent. Le premier reste le vieillissement de la population. Le gouvernement fédéral a décidé de reporter l’âge de la pension à 67 ans. Mais tous les membres de la commission de réforme des pensions insistent sur le fait que cet objectif ne peut être atteint qu’en aménageant la durée du travail en fin de carrière. Ils craignent en fait que, si les conditions de travail ne sont pas assouplies après 50 ans, des milliers de travailleurs plus âgés partent en régime de maladie-invalidité. L’objectif de la réforme des pensions serait alors manqué. Dans la carte blanche qu’il nous envoie, le ministre de l’Emploi en fait l’objectif principal de la réforme qui commence. « Si nous voulons que les gens travaillent plus longtemps, que le poids du financement de la sécurité sociale ne repose pas sur un nombre trop réduit de personnes, il faut que les gens restent actifs plus longtemps. Mais il nous appartient de leur en donner la possibilité. »

Un autre problème concerne l’évolution de la carrière. Les plus âgés coûtent très cher en Belgique, et la tendance à se séparer du personnel le plus expérimenté est grande, pour diminuer la masse salariale. D’où l’idée de revoir l’évolution de la carrière. L’idée serait de ne plus faire dépendre la rémunération de l’âge. L’argument : un jeune couple de 30 ans avec de jeunes enfants aurait plus de besoins financiers qu’une personne en fin de carrière. Or c’est justement à cette période de la vie que les rémunérations sont parmi les plus faibles.

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D’autres modifications sont imposées par l’évolution de la vie professionnelle. Une bonne partie des réglementations du travail date des années 60. Mais les pratiques ont largement évolué : la structure des familles a changé, et le travail féminin s’est également généralisé. D’où un besoin plus grand des salariés de s’organiser autrement. Les employés, ouvriers et fonctionnaires pourraient trouver un intérêt à travailler beaucoup plus à certaines périodes de leur vie et beaucoup moins à d’autres. Ou à pouvoir posséder plus de liberté dans la détermination de leurs horaires. La réforme entend notamment permettre à une personne d’arriver plus tôt le matin et de partir plus tôt le soir.

Le ministre de l’Emploi, Kris Peeters, refuse à ce stade de préciser quelles mesures seront abordées lors de cette réforme. Mais quand on lit les propositions de la N-VA, on se trouve manifestement dans les grands thèmes liés à la qualité du travail en fin de carrière, à la conciliation de la vie privée et de la vie professionnelle et de la flexibilité souhaitée par les chefs d’entreprise.

2. Pourquoi les risques ne manquent pas

Permettre aux salariés d’assouplir leur fin de carrière ou de mieux concilier leur vie privée et professionnelle, voilà qui semble alléchant. Mais les syndicats sont sur leurs gardes. Sur la forme, d’abord. Ce mardi, le vice-Premier ministre et ministre de l’Emploi rencontre les employeurs et les syndicats. Mais Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, a refusé de s’y rendre. «  Je ne cautionne pas cela. » La FGTB n’enverra que des techniciens. Motif : pour la FGTB, l’organe de concertation entre patrons et syndicats, c’est le groupe des Dix. «  Et ici, Kris Peeters fait un grand barnum médiatique, sans utiliser les instances prévues à cet effet. C’est un jeu de dupe. Ce n’est pas une concertation. Le gouvernement va tout décider comme il l’a fait jusqu’ici. » Marc Goblet ajoute qu’il avait écrit au ministre pour lui demander qu’un nombre important de thèmes liés aux conditions de travail fasse l’objet d’une concertation au groupe des Dix. «  Mais à la place de cela, on fait ce grand barnum médiatique, et on ne négociera que sur trois thèmes : la convention qui encourage le maintient à l’emploi des plus de 45 ans, le burn out et la prévention. On ne va donc se concerter sur rien, ou presque, et le gouvernement décidera de tout. »

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Lundi soir, on apprenait aussi que le président de la CSC, Marc Leemans déclinait aussi.

Sur le fond, les syndicats ont aussi des réticences. «  Ce que je remarque, poursuit Marc Goblet, c’est qu’on veut organiser des concertations dans les secteurs, dominés par les organisations flamandes. Et qu’on veut aussi que, demain, le travailleur soit seul à négocier devant son employeur, où le rapport de force lui sera nécessairement défavorable. » De son côté, la CSC a préféré rester discrète, préférant émettre ses idées autour de la table, «  en espérant que ce soit l’amorce d’une réflexion et d’un travail qui puisse déboucher sur une amélioration de la qualité de l’emploi Belgique. » Le risque que veulent éviter les syndicats, c’est que ces négociations de plus en plus individuelles augmentent très fortement la flexibilité, sans que l’employé y trouve son compte. Les syndicats, rejoints en cela par des experts du marché du travail, craignent aussi que, si le système de conventions collectives est abandonné au profit de négociations individuelles, les inégalités salariales et de conditions de travail grandissent dans les entreprises, générant leur lot de frustrations et burn out. Reste au gouvernement à trouver l’équilibre entre les intérêts en présence.

3. La N-VA veut une réforme en profondeur

A l’entame de la discussion gouvernementale sur la réforme du marché du travail, la N-VA a émis ses propositions. Voici les plus marquantes.

Epargner ses congés

Le salarié peut décider lui-même quand il prend ses congés, mais aussi ses jours fériés. Il peut aussi décider de ne pas les prendre, de les épargner pour les utiliser plus tard.

Négocier le lieu, la durée, et les horaires de travail

Employeur et salarié mettent en place un cadre de travail sur mesure. Ils négocient entre eux le lieu de travail (à domicile, par exemple), les horaires, les heures de début et de fin de prestations. Actuellement, des éléments sont souvent intégrés dans une convention collective de travail entre la délégation syndicale et l’employeur.

Changer de boulot plus facilement

La N-VA est très ambitieuse sur ce point. Elle voudrait réformer le droit du travail (et notamment les délais de préavis) pour qu’un salarié puisse facilement changer d’entreprise. On unifierait le contrat de travail de secteur privé et le statut de la fonction publique, et on prévoirait aussi des possibilités de formation renforcées pour pouvoir plus facilement se réorienter.

Instaurer la rémunération sur mesure

L’idée ne serait pas de permettre au salarié de décréter le montant de son salaire, mais de lui permettre, plus qu’aujourd’hui, de définir les modalités de son salaire (voiture de société, deuxième pilier de pension, rémunération nette, avantage de toute nature).

Rémunérer sur base de compétences

Actuellement, dans beaucoup d’entreprises, le salaire évolue en fonction de l’ancienneté ou de l’expérience entendue comme la longévité dans une fonction. Demain, la N-VA voudrait que les salariés soient payés en fonction « de leurs compétences, de leurs responsabilités et de leurs prestations. »

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