De quoi le refus wallon du Ceta est-il le nom?

De quoi le refus wallon du Ceta est-il le nom?

On aurait eu envie de la consoler, la jeune Ministre canadienne du Commerce qui ce vendredi à la sortie de l’Elysette pleurait l’échec des négociations avec la Wallonie et l’Europe « alors que le Canada est pourtant si gentil » (sic). Sans lui faire un procès d’intention, il ne faut peut-être pas que ses larmes nous fassent perdre tout sens des réalités.

Le gentil Canada, c’est le même pays qui, il y a 3 ans, choisissait de sortir du Protocole de Kyoto car il voulait développer son activité hyperpolluante de sables bitumeux à l’aise, sans contrainte sur le climat. Certes, c’était du temps de l’archi-conservateur et hyperfroid Stephen Harper qui a été remplacé par le trop sympa Justin Trudeau. Mais notre Ministre sait aussi bien que nous que Stephen Harper peut revenir ou que Trudeau n’est peut-être pas aussi progressiste que ce qu’il en a l’air. Et si en parlant du « gentil Canada  », elle voulait le distinguer du méchant US, elle ne pouvait ignorer que par les accords unissant les deux pays, le Ceta était une porte ouverte pour les USA, un cheval de Troie du TTIP…

Mais plus fondamentalement, si on prend un peu de recul, le message envoyé par l’Olivier wallon (Partis de la majorité plus Écolo qui a déclenché ce processus, avec une société civile élargie à toutes ses mouvances, des syndicats aux environnementalistes, des Mutuelles aux Classes Moyennes) a une portée bien plus vaste que le désarroi canadien et on peut même s’étonner que le reste de la classe politique européenne ne la saisisse pas…

Le logiciel bloqué des élites européennes

Alors que, partout, on voit un fossé qui se creuse toujours plus entre les élites et le « peuple » (Trump, Brexit, le FN, Grillo, voire un parti au discours simpliste comme le PTB chez nous…), alors que certains observateurs avertis comme le Nobel Joseph Stiglitz ou Thomas Piketty ne manquent pas d’imputer ce schisme à une mondialisation mal pensée, mal maîtrisée ou mal communiquée (biffer la mention inutile), alors que le cycle de négociations de l’OMC est à l’arrêt, depuis plus de 10 ans, ce qui n’est quand même pas anodin, les élites européennes semblent choquées du refus de la Wallonie, comme si leur logiciel restait bloqué sur une approche néolibérale de dérégulation que même le FMI commence à remettre en question…

Le projet européen devenu pitoyable farce

Alors que l’UE crève de son manque de démocratie, du lobbying qui contourne ou tue ses projets de régulation, de son impuissance à bloquer Caterpillar ou ING dans leurs projets funestes, le tout réduisant dans l’esprit de beaucoup de nos compatriotes du Continent le si noble rêve européen à une farce pitoyable, les élites européennes continuent leur « business as usual » et ne semblent pas saisir qu’un refus du Ceta (et du TTIP) couplé à une suspension des critères de Maastricht, serait la meilleure manière de recréer du lien avec le peuple européen qui s’enlise dans une profonde indifférence, quand ce n’est pas un très grave repli nationaliste (justifié aussi par la crise des réfugiés, il est vrai).

Alors qu’on nous dit qu’on a atteint un point de non-retour quant au réchauffement climatique, que l’accord de Paris était pourtant un grand succès mais qu’il peine – c’est le moins qu’on puisse dire – à se concrétiser, alors que le commerce ne se fait pas par les voies décarbonées du Saint-Esprit, mais par les voies maritimes et aériennes qui sont hyperémettrices de CO2, on s’étonne que la confiance dans le personnel politique à prendre à bras-le-corps les vrais problèmes comme celui du climat et de faire preuve d’un minimum de cohérence, se soit tout à fait étiolée…

Les larmes de notre amie canadienne, c’est plutôt à l’attention de l’autisme des élites européennes face à ces constats qu’elles devraient être dirigées… Espérons que les Juncker, Tusk et autres Hollande finiront par percevoir l’opportunité que le refus wallon leur offre de construire une économie autrement, qui soit juste et durable au profit de tous… En attendant, permettons-le nous : nos estans fir d’esse wallons !

 
 
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