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Magnette, ce héros

Le combat contre le Ceta ne relève pas d’un simple caprice wallon.

- Editorialiste en chef Temps de lecture: 5 min

Un caprice de Wallons, juste pour emm(erder) le monde ? Une turpitude du PS, juste pour emm(erder) le MR, Charles Michel, son gouvernement et la Flandre ?

Si ce n’était que cela, si c’était aussi calculateur, aussi bassement politicien, aussi petit en fin de compte, aurions-nous une telle proportion de la planète et de l’opinion publique qui a fait de Paul Magnette une sorte de héros et de symbole de leur combat ? On exagère ? Alors dites-nous pourquoi trois femmes qui ne se sont ni rencontrées ni concertées, qui n’ont aucune vie commune, sinon une certaine idée de la politique, déclarent leur flamme à ce combat wallon et à son porte-voix ? Pour emm(erder) le MR et la Flandre et aider le PS à gagner les élections ! Allons !

Jugez plutôt.

Natacha Polony, éditorialiste française cataloguée à droite, écrivait hier dans « Le Figaro » sous le titre « Paul Magnette, Président » : « Malheureux citoyens français, connaissez-vous Paul Magnette ? Il intéresse nettement moins la presse morale et progressiste que le fringant Justin Trudeau, premier ministre canadien censément de gauche, assez peu préoccupé de conquêtes sociales (.) Le premier est peut-être moins « cool » que le second, mais il vient de lui donner une leçon de souveraineté. Comme à nous tous. (.) De partout, on entend les uns et les autres s’agacer que trois millions et demi de Wallons bloquent un traité qui concerne 500 millions d’Européens et qui est accepté par leurs représentants. Voilà qui nous prouve seulement que ces heureux Wallons sont les seuls à disposer encore de représentants qui les représentent vraiment, défendant leurs intérêts plutôt que les dogmes d’une oligarchie déterritorialisée et protégeant jalousement leur souveraineté, c’est-à-dire leur droit de décider de leur destin. Aussi, chers amis wallons, montrez-vous magnanimes envers des voisins nécessiteux. Prêtez-nous Paul Magnette pour cette élection de 2017 dont les enjeux essentiels sont d’ores et déjà évacués par nos candidats. ».

Naomi Klein : « @paul magnette. De nombreux Canadiens vous remercient de résister à une telle pression énorme. Ceci est la lutte pour la démocratie. No #Ceta », un tweet en réponse à celui de Paul Magnette disant « Dommage que les pressions de l’UE su ceux qui bloquent la lutte contre la fraude fiscale ne soient pas aussi intenses. »

Vandana Shiva, icône altermondialiste au Soir  : « Je suis très fière de la petite Wallonie ! Je viens d’Inde et les traités commerciaux, nous connaissons. (.) Nous avons vu ce que l’OMC et ses accords de libre-échange ont eu pour résultat : tout s à vendre, tout est profit et les protections élaborées dans nos constitutions sont démantelées au nom du capitalisme. (.) »

Une affaire de femmes ?

Vous direz une affaire de femmes ? Un coup de foudre pour ce Magnette qui finalement en jette tout autant que Trudeau dans le genre beau gosse qui fait de la politique, sait parler aux foules et en a dans le cerveau ? Alors ajoutez un homme, Nicolas Hulot, l’homme de la Cop 21, le gourou français mais aussi mondial de l’environnement, celui une partie des Français espèrent qu’il se présente à la présidence de la république et qui, aujourd’hui dans Le Soir, soutient le combat wallon.

Réduire le soutien aux Wallons à ces éléments périphériques, ce serait être aveugle et sourd aux inquiétudes exprimées aujourd’hui par des pans croissants de la population, au rejet grandissant de la politique classique, au désamour de cette Europe fatalement toujours impuissante, répondant face aux dérapages financiers, aux triches fiscales, aux difficultés de lancer un grand plan d’investissement ou un grand plan énergie : « On voudrait bien mais on ne peut pas, on ne sait pas, on n’y arrive pas. »

L’adhésion à ce combat contre non pas le Ceta, mais le Ceta à la hussarde, opaque, pas tout à fait intransigeant, révèle ce besoin d’une reconnexion avec des populations qui ne voient plus le sens de l’action politique, qui ont l’impression d’en être éjecté, de ne plus en être l’objet et le but principal. Il y a dans ce soutien mondial à Paul Magnette l’envie de croire qu’on ne doit pas toujours se soumettre et finalement l’idée de donner à l’Europe une vraie force, une véritable puissance, celle qu’elle a perdue dans nombre de combats depuis si longtemps.

On ne peut pas soutenir le combat de Mme Vestager, la commissaire à la concurrence, son intransigeance, son audace dans le cas Apple et ne pas encourager une négociation commerciale à être la plus exigeante possible. C’est à cela qu’il faut réfléchir aujourd’hui quand on aborde le Ceta. Réduire tout cela à la haine du Wallon empêcheur de tourner en rond, ce petit « communiste » qui dérange l’Europe, ce petit pois sous le matelas européen qui empêche tout le monde de dormir ou de s’illusionner, serait une grave erreur. Pire : un aveuglement, en confondant l’essentiel (l’avenir de la démocratie, la foi des populations dans la politique non extrémiste) avec l’accessoire (un combat politicien). Paul Magnette n’a peut etre pas raison sur tout mais l’espoir qu’il rend aujourd’hui, doit être vu et retenu. C’est de cette flamme là que peut renaitre notre démocratie.

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6 Commentaires

  • Posté par Monsieur Alain, mercredi 26 octobre 2016, 13:39

    "Nous ne sommes pas seuls". Merci Mme Delvaux, merci Mr Magnette, Mme Polony et tous les autres. Puissions-nous être plus nombreux demain mais bien moins nombreux qu'après-demain.

  • Posté par Francine SERGANT , mercredi 26 octobre 2016, 11:53

    Fière d'être wallonne en ce moment!

  • Posté par Charles Christophe, mercredi 26 octobre 2016, 10:36

    Dommage que cette opinion vient seulement aujourd'hui, quand un sondage a montré qu'une large majorité des wallons sont opposés au traité. Le 15/10 Béatrice Delvaux pensait encore: "Que se serait-il produit si le PS avait été aux affaires au fédéral ?" ... "on ne peut s’empêcher de se dire qu’il n’y aurait pas eu, in fine, de niet wallon".

  • Posté par Monsieur Alain, mercredi 26 octobre 2016, 13:43

    Malgré son esprit particulièrement aiguisé, je ne pense pas que Mme Delvaux puisse prévoir à ce point l'avenir. L'énormité de ce qui se passe s'est révélé au jour le jour. Le grand public européen (les wallons itou) ignoraient, jusque il y a peu, tout du CETA et de ce qu'il contient (contenait ?) comme renoncements à nos prérogatives démocratiques.

  • Posté par Didier Marc, mercredi 26 octobre 2016, 10:11

    Ils sont en train de lâcher : si il y a signature demain : tous dans la rue dans le quartier européen ! Pour information, le parlement européen ne donnera son avis sur le sujet qu'en . . . 2017. elle est belle la démocratie à la sauce UE (je ne parle plus d'Europe, l'UE n'étant plus qu'un projet pour le commerce et contre les citoyens très très loin des principes fondateurs de 58)

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