Et si les femmes belges arrêtaient le travail à 15h49?

Et si les femmes belges arrêtaient le travail à 15h49?

D’aucuns se font grand cas de l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est en effet la valeur numéro un, qui revient dans tous les discours dont le thème aborde de près ou de loin la prétendue menace que feraient peser aujourd’hui sur ces dites valeurs les réfugiés souvent de confession musulmane. L’égalité des sexes serait en ce sens la spécialité de l’Occident, de l’Europe et de nos pays développés…

Reste qu’en réalité, selon le « Global Gender Gap Index 2016 », cette égalité a… diminué en Europe de l’Ouest cette année. Que la Belgique, si on en suit ce classement, serait moins égalitaire que des pays comme le Rwanda, la Slovénie ou l’Afrique du Sud.

C’est que, de l’écart salarial à la présence des femmes en politique, notre pays a encore du chemin à faire. Ainsi, si les femmes belges s’arrêtaient de travailler à l’heure à laquelle elles cessent d’être payées en comparaison avec leurs homologues masculins, elles devraient quitter le boulot non pas à 17 heures (repère pris pour le calcul), mais à 15h49. Lundi, des milliers d’Irlandaises ont de la sorte arrêté de travailler à 14h38 précises, marquant symboliquement l’écart salarial dont elles sont encore victimes, puisqu’elles gagnent 14 % de moins que leurs collègues du sexe opposé.

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1 L’écart salarial belge. Après la manifestation des travailleuses islandaises revendiquant de se faire payer autant que les hommes, le quotidien français Libération a calculé les heures auxquelles les femmes finissent d’être payées dans différents pays. Pour ce faire, le journal a utilisé une base de données de l’OCDE (ce qui explique une légère différence d’heure pour l’Islande dans la version de Libération). Selon cette base, l’écart salarial en Belgique est encore de 9,8 %, pour une moyenne européenne de 16 %. L’Institut pour l’égalité des Femmes et des Hommes, avance pour sa part le chiffre de 8 %, pour le salaire à l’heure, et de 22 % sur base annuelle. Les raisons principales sont connues : temps partiels, secteurs moins valorisés essentiellement féminins, plafond de verre (ainsi 75 % des postes de direction sont toujours occupés par des hommes), etc. Pour Magda De Meyer, membre du Lobby Europeen des femmes, il n’y a pas 36 solutions pour réduire cet écart salarial tenace : « Il faut garantir que les femmes travaillent davantage à temps plein et donc que les hommes œuvrent plus à la maison ! Les tâches ménagères sont encore loin d’être équitablement réparties. » Selon les chiffres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 80 % de ces tâches sont toujours accomplies par les femmes.

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2 Un recul de l’Europe. Soyons de bon compte : l’Europe de l’Ouest demeure la région du monde où l’égalité entre hommes et femmes est, globalement, la plus élevée, selon le Global Gender gap Index 2016, réalisé par le World Economic Forum. Cependant, c’est la région qui stagne le plus, quand elle ne régresse pas dans certains domaines. L’index du Forum économique mondial considère en effet quatre critères : la participation économique, le niveau d’instruction, la santé et, enfin, la représentation en politique. Sur les vingt pays européens couverts par l’index, seulement deux ont amélioré leur niveau d’égalité cette année. La Finlande et la France sont par ailleurs les deux seuls pays à avoir atteint l’égalité parfaite dans deux domaines à la fois : le niveau d’éducation (c’est le cas de nombreux autres pays, dont la Belgique), et la santé. Sans surprise, ce sont l’Islande, la Norvège, la Finlande et la Suède qui composent le quatuor de tête en Europe occidentale…

3 Un recul de la Belgique. Selon le Global gender gap index, la Belgique a donc reculé. Elle pointe désormais à la 24e place sur 144 pays. L’an dernier, elle était 19e… Si le niveau d’éducation est parfaitement égalitaire, notre pays peine davantage dans les autres secteurs. A première vue, un critère interpelle. La Belgique est en effet assez mal placée en ce qui concerne la santé, puisqu’elle échoue à la 64e marche. Cette dernière catégorie est subdivisée en deux points principaux. Tout d’abord, le ratio à la naissance, ce qui revient à calculer les « filles manquantes » dans des pays où avoir un fils est nettement préférable… Autant dire que ce n’est pas de ce que côté que la Belgique perd des points ; elle est évidemment parfaitement égalitaire. C’est donc plutôt du côté de la santé générale qu’il faut chercher. Pour Magda De Meyer, plusieurs facteurs pourraient expliquer ce score un peu plus faible : « Le congé de maternité est un des plus mauvais d’Europe, un des plus courts. Ensuite, on sait que les femmes sont plus à risque de précarité. Il y a beaucoup de mères isolées qui basculent dans la pauvreté et ne sont plus en mesure de se soigner correctement. »

Cependant, il faut constater que la Belgique s’approche très fortement de l’égalité. L’égalité parfaite étant chiffrée à 1, la Belgique atteint sur ce point 0,957, comme de très nombreux autres pays, ce qui explique un classement a priori mauvais mais où les différents Etats se suivent de très près. On est par contre loin d’un bulletin similaire en ce qui concerne la participation économique et les opportunités professionnelles des femmes. La Belgique, 37e au classement, affiche un faible 0,586. La distance pour atteindre la parité demeure importante, pour les raisons que l’on a déjà développées. Enfin, c’est clairement sur la participation des femmes à la politique que la Belgique dégringole. Son score est de seulement 0,2, ce qui l’amène en 35e position. C’est aussi ce qui explique que des pays comme le Rwanda ou le Burundi sont mieux classés que nous. Dans ces Etats, les parlements se révèlent nettement plus mixtes qu’ici. Le Rwanda est ainsi le parlement qui compte le plus de femmes au monde, puisqu’elles sont même majoritaires ! Autre exemple : un des sous-critères utilisés pour évaluer l’égalité au niveau politique, est le nombre de femmes ayant déjà occupé la fonction de chef de l’Etat. Sur la fiche belge, c’est un zéro pointé… Bref, en ce qui concerne le travail de l’égalité salariale, les hommes risquent en effet d’avoir une journée de boulot bien plus longue !

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