Ceta: voici les pires critiques entendues sur le veto wallon

Un accord est tombé ! Après plus de 10 jours de crise, les autorités belges ont trouvé ce jeudi entre elles un accord sur le traité de libre-échange avec le Canada. La fin des critiques acerbes contre les Wallons ?

De nombreux syndicats, associations, ONG, personnalités politiques et médiatiques ont soutenu la fronde wallonno-bruxello-communautaire sur le dossier du Ceta. Sans oublier le soutien des Européens et d’une majorité de Belges (72,6 % des francophones ont déclaré soutenir Paul Magnette dans un récent sondage). De leur côté les chefs d’Etats et de gouvernements en Europe se sont bien gardés de critiquer ouvertement le blocage, soucieux sans doute de ne pas apparaître comme antidémocratiques.

Mais, d’un autre côté, le débat divise toujours. Et les critiques ont plu durant des jours sur la « petite » Wallonie. Ces critiques ou attaques ont porté sur plusieurs aspects : la méthode wallonne, le refus du protectionnisme et les attaques sur l’angle politique.

On tente de refaire le catalogue. En quatre points.

1.

Les critiques sur la méthode

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C’est la critique la plus répandue contre le veto wallon : la méthode employée ne serait pas la bonne selon les contempteurs. Le blocage d’une Région (on oublie souvent la Région bruxelloise et les Communautés française et germanophone dans l’histoire…) ne serait pas légitime.

Emmanuel Macron, invité des Journées de Bruxelles le 20 octobre illustre parfaitement cette synthèse : « Revigorer la démocratie, c’est une bonne chose. Mais ce qui se passe dans le dossier Ceta, c’est autre chose. Des avancées ont été faites. Si ce traité ne voit pas le jour, la relation avec le Canada sera moins bonne. L’avancée proposée par les Wallons est pertinente. Mais ce n’est pas pertinent par rapport à nos textes. Car nous avons décidé une politique commerciale communautaire. » Bref, on « décrédibilise l’Europe ».

Dans son éditorial du 22 octobre, Le Monde y allait fort, sur le mode « l’Europe est fermée pour travaux », victime de « vetocratie » (une expression empruntée à l’historien Francis Fukuyama). « En organisant le démantèlement de leur Etat central, les Belges ont confié la compétence commerciale aux Régions et à M. Magnette un pouvoir exorbitant », assène le quotidien français.

2.

Le danger du protectionnisme

Et si la Wallonie dans son refus du Ceta donnait du grain à moudre aux partisans du repli sur soi ? C’est l’opinion des antiprotectionnistes. Ainsi Herman Van Rompuy a-t-il déclaré, sans citer le veto francophone, qu’il ne faut pas « tomber dans le piège du protectionnisme. Je suis un grand défenseur des accords de libre-échange. On négocie avec les Etats-Unis. On a terminé avec le Canada, c’est une question de leadership. 99 % de l’UE est d’accord, il reste 1 % à faire. Il faut garder cette ouverture d’esprit. »

« Les Belges se prétendent fédéralistes mais agissent en nationalo-régionalistes », a twitté le 22 octobre l’éditorialiste du Monde Arnaud Leparmentier.

Alexander De Croo (Open VLD), en remet une couche : « [le refus wallon sur le Ceta] accélère l’émiettement du projet européen ». « C’est plus grave encore que le Brexit », estime le ministre.

3.

La « petite » Wallonie bloque la « grande » Europe

On se souvient évidemment de la sortie de la ministre canadienne du Commerce au moment de rompre les négociations avec les Wallons à Namur le 21 octobre dernier. «  Il semble évident pour moi, pour le Canada, que l’Union européenne n’est pas capable maintenant d’avoir un accord international, même avec un pays qui a des valeurs aussi européennes que le Canada », avait expliqué Chrystia Freeland, les larmes aux yeux. Bref, la « petite » Wallonie bloque des centaines de millions d’Européens et de Canadiens.

Au diapason, certains journaux ont emboîté le pas à cette critique. Nos confrères du Figaro ont parlé de « l’entêtement des Wallons » dans un article expliquant factuellement « comment 3 millions de Wallons peuvent à eux seuls bloquer le traité UE-Canada ».

« Il y a deux manières d’interpréter le vote des Wallons qui a abouti à faire capoter le projet de traité de libre-échange. La première est de se féliciter de ce bel exercice de démocratie qui a permis à l’un des plus petits parlements du continent de s’exprimer et d’être entendu. La seconde est au contraire de s’étonner que moins de 3 millions de Wallons aient pu imposer leur volonté à quelque 500 millions d’Européens : n’est-ce pas une étrange démocratie que celle dans laquelle une infime minorité contraint le plus grand nombre ? », s’interroge l’éditorialiste de l’Opinion, Nicolas Beytout.

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4.

Les attaques politiques

Les attaques les plus dures ne sont pas venues de l’extérieur. La Belgique est suffisamment critique envers elle-même. Les sentences viennent pour beaucoup du Nord du pays, N-VA en tête. « Paul Magnette déborde Syriza sur la gauche, dénonce Bart De Wever. Après la Flandre, le PS wallon saccage aussi l’Europe et le commerce international. Quelle vanité ! »

Le ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts a enfoncé le clou, sur un mode communautaire  : « Le bon côté des choses (de ce veto wallon) : maintenant le monde sait que le problème du pays Belgique est qu’il y a deux pays. »

Charles Michel lui-même avait dénoncé le 21 octobre la « radicalisation des positions » exprimées par le gouvernement wallon.

L’accord belgo-belge tombé ce jeudi signera-t-il la fin de ce flot de critiques ?

 
 
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