Le déclin du rêve américain

Le déclin du rêve américain

Il fut un temps où l’on s’écrivait par-delà l’Atlantique. Aujourd’hui, on se déplace ou on s’appelle. On écoute comme naguère on lisait, mais on peut désormais interrompre et questionner, les joies de l’initiative compensant celles de la réception. Ceci pour dire que, stricto sensu, nos « Lettres d’Amérique» n’en sont pas  : il s’agit d’entretiens et de reportages. Mais un esprit typiquement épistolaire, « à l’ancienne », hante cette collection de témoignages de première main, cette promenade sans précaution dans le pays d’Hillary Clinton et de Donald Trump.

Si les dispositifs véhiculaires de l’univers symbolique évoluent, rendre compte de celui-ci demeure de la plus haute importance. Singulièrement quand il s’agit de l’Amérique, à la fois reine du monde et pin-up sur le retour, sous le parapluie de laquelle la vieille Europe, tout interloquée par ses manières, n’en continue pas moins de se blottir.

L’Amérique inquiète, mais l’Amérique fascine. Parallèlement aux prises de position intransigeantes contre la politique extérieure « yankee » et le régime économique honni de « Wall Street », qui prennent une ampleur variable selon la personnalité du président en place, l’Amérique n’a jamais vraiment cessé d’être aussi, pour des milliers d’entre nous, un objet de désir, un rêve, une fiction partagée, façonnée par cent cinéastes, de Frank Capra à Clint Eastwood, et autant de romanciers, de John Steinbeck à Richard Ford. Dans ce contexte, force est d’avouer que la campagne électorale qui jette ses derniers feux s’est révélée, sinon une « déception », plutôt cette espèce de désenchantement qui nous prend à la sortie d’un spectacle…

« Le rêve américain a du plomb dans l’aile », confirme un de nos correspondants à New York, au terme d’un reportage au long cours. «  Le rêve américain a toujours été une illusion, nous précise l’écrivain Russel Banks. Mais il comporte suffisamment de réalité pour que les gens y croient. Ils pensent offrir une vie honorable et un avenir meilleur à leurs enfants s’ils respectent les lois et travaillent durement. Depuis l’effondrement économique, en 2008, ils savent que ce n’est qu’un leurre. Faire des études universitaires implique d’être endetté à vie. Tout comme au Lotto, il existe de rares privilégiés qui entretiennent le mythe, même si la crise amoindrit les opportunités. La rage de la classe ouvrière se ressent dans ces élections-ci. »

Ces élections, son confrère Richard Ford n’en attend pas grand-chose. « Entre autres dysfonctionnements dans notre démocratie – les disparités économiques, le désaccord racial, le mécontentement des citoyens, le sentiment “anti-immigrés”, la crise de la gouvernance – le système politique a réussi à produire deux candidats présidents qui, ni l’un ni l’autre, n’aurait jamais dû devenir président », nous explique-t-il, en avouant qu’il est désormais plus important à ses yeux d’être lu en français que dans son propre pays.

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C’est cette Amérique-là que nous vous proposons de visiter à travers ses lettres. Une Amérique qui a perdu une partie de son sex-appeal avec son légendaire optimisme, mais dont on ne pourra jamais, politiquement comme symboliquement, faire totalement l’économie.

 
 
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