Accueil Opinions

Demain, les Américains voteront en notre nom

L’élection américaine est un test grandeur nature pour la démocratie.

- Temps de lecture: 3 min

Partout dans le monde, les médias, la classe politique et les milieux d’affaires ont les yeux rivés sur les Etats-Unis. L’élection du 8 novembre aura inévitablement un impact sur tous les pays, parfois même davantage que des scrutins nationaux. Elle déterminera en partie le cadre économique, monétaire ou militaire au sein desquels les responsables de nations moins puissantes devront opérer et effectuer leurs arbitrages. Un haussement de sourcil de la Réserve fédérale, un coup de sang de la Maison Blanche, et c’est l’ensemble du monde qui devra s’adapter.

L’ascension de Trump a exacerbé ce sentiment. Il a même nommé les nations qui seraient dans son collimateur : la Chine, les pays musulmans et, surtout, le Mexique, qui, avec ce gringo à la Maison Blanche, se sentirait plus que jamais, comme le disait le président Porfirio Diaz, « si loin de Dieu, si près des Etats-Unis ».

Ce scrutin paraît encore plus proche, plus menaçant, parce que Donald Trump a révélé un autre point commun, en fait un sort commun, entre les Etats-Unis et l’Europe, que les élections précédentes n’avaient pas mis autant en avant. La campagne américaine s’est télescopée avec le Brexit, les «crises migratoires», les polémiques sur le libre-échange, démontrant le malaise profond, existentiel, qui taraude les démocraties occidentales. Une partie significative des électeurs des deux rives de l’Atlantique sont en rébellion contre « le système » et les « autres ». Contre les « castes » de Washington ou de Bruxelles. Ils rêvent d’un passé où ils étaient sûrs de leur identité et de leur prospérité. Ils ont peur de l’avenir, trop compliqué, trop bigarré.

Les Européens s’amusent souvent à décrire Donald Trump, « richard, braillard, ignare », comme une aberration typiquement américaine. Trop tentant, trop simple. Le milliardaire new-yorkais parle comme des politiciens européens qui ont eux aussi la houppe en poupe. Sa menace d’expulser 11 millions d’illégaux résonne aux Pays-bas où Geert Wilders est en procès pour avoir suggéré de renvoyer des Marocains chez eux. Ses diatribes contre l’islam sont scandées par Pegida en Allemagne. Ses lazzis contre les élites font écho aux attaques contre « l’Etablissement » qui rythment les meetings du Front national. Les fuites visant le Parti démocrate, cadeau de hackeurs russes et de Wikileaks, rappellent les copinages des droites national-populistes européennes avec Poutine.

Cette année, l’élection américaine est plus que jamais la nôtre. Elle ne déterminera pas seulement le cadre global de l’économie ou de la géostratégie, mais aussi la nature, « l’âme », de la démocratie.

Cet article exclusif du Soir+ est proposé en accès gratuit

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Opinions

Carte blanche Archivage: que racontent les «Uber Files» du fonctionnement de notre démocratie?

La sauvegarde de nos démocraties passe par la mise en place de règles claires de gestion de l’information et la préservation à long terme des processus et actions qui ont contribué à l’élaboration des décisions politiques. L’épisode des « Uber Files » nous montre que nous délaissons ce principe et permettons aux sociétés privées de nous dicter ce qu’il restera de notre histoire…

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une