La leçon de Jesse Ventura, le candidat improbable

Jesse Ventura. © D.R.
Jesse Ventura. © D.R. -

En 1998, un catcheur professionnel, animateur d’un talk-show sportif radiophonique, crâne rasé et biceps saillants, remportait les élections à la surprise générale et devenait gouverneur du Minnesota. « Ce que nous sommes en train de vivre avec Donald Trump me rappelle ce qui s’est passé avec Jesse Ventura il y a vingt ans », estime le directeur de cette folle campagne, Bill Hillsman. « Personne ne croyait que Jesse pouvait gagner. Mais les gens d’ici n’en pouvaient plus du gouvernement. Quand j’y repense, c’est presque ridicule, vu la situation actuelle. »

Quand Ventura a présenté sa candidature en tant qu’indépendant contre un démocrate et un républicain, il n’avait pas les médias derrière lui et Internet n’existait quasiment pas. Le secret de son succès, ce sont les débats télévisés : il s’exprimait sans langue de bois ni filtre et se servait de son expérience d’animateur radio. C’était authentique et tellement différent du discours habituel, les électeurs étaient fascinés. Il a gagné parce qu’il a attiré dans les bureaux de vote des gens qui n’avaient pas voté depuis des années, quelles que soient leurs tendances politiques.

L’avantage, avec un candidat qui snobe les partis, c’est qu’il est libre de constituer l’équipe idéale. Il n’a aucun compte à rendre. C’est ce que Jesse a fait et c’est ce que pourrait faire Trump car il ne doit rien aux républicains et n’a aucun donateur à remercier. » C’est sans doute pour cela, et pour le contexte de désamour généralisé, que Hillsman n‘hésite pas à faire un parallèle entre Ventura et Trump. Mais il y a aussi de grandes différences entre les deux hommes.

Trump et Ventura en 2000. © DR
Trump et Ventura en 2000. © DR

Des différences de moyens, entre autres. L’ancien gouverneur possédait un site Internet avec une plateforme officielle. Une grande nouveauté à l’époque, indispensable du fait du petit nombre de volontaires sur le terrain. « À chaque fois que Jesse faisait des siennes, les journalistes me contactaient pour me demander confirmation. Je les renvoyais alors au site : « Voilà la position officielle. Peu importe ce que dit Jesse. » » Un candidat indiscipliné, comme Trump, peut devenir le pire cauchemar d’un directeur de campagne : « Avec un candidat qui ne vous écoute pas, il n’y a rien à faire. »

Mais Ventura était un vrai libertarien : il a utilisé son droit de véto contre les lois fédérales antiavortement et a toujours été favorable aux unions de couples homosexuels. Lui, le catcheur « super macho ». En 2000, Trump est venu dans le Minnesota rencontrer Ventura. On évoquait déjà une éventuelle candidature à la Maison-Blanche. Newsweek les avait mis en première page avec Warren Beatty, dont le nom circulait pour le poste de gouverneur de Californie.

Cependant, le bilan du mandat de Ventura n’a pas été très positif. Il est vrai que, vers la fin, les démocrates et les républicains s’étaient entendus pour faire obstruction. Et de nombreux électeurs qui avaient voté pour lui ont fini par le regretter. Mais ces mêmes électeurs pourraient se tourner vers Trump aujourd’hui. « Ventura n’a eu besoin que de 30 % des voix pour gagner. Là, comme ils ne sont que deux, il en faudra beaucoup plus. Hillary Clinton a donc encore plus de chances de l’emporter. Si elle perd, elle ne pourra s’en prendre qu’à elle-même, comme Al Gore en 2000. Les électeurs indécis se méfient d’elle car ils pensent qu’elle ment. Et elle n’est pas très charismatique. »

L’autre inconnue, ce sont les sondages qui ne prennent pas en compte tous les électeurs de Trump : « Si les sondages prédisent un match nul, c’est Trump qui a l’avantage car les instituts de sondage ne savent pas où trouver ses électeurs. Je les appelle les « électeurs ponctuels » : ils vont voter quand un candidat leur plaît et ils se fichent des sondages. C’est ce qu’il s’est passé avec Ventura. »

 
 
À la Une du Soir.be
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous