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Etudes de médecine: l’épreuve punitive pour les candidats

C’est l’une des plus grandes défaites encaissées par la lutte étudiante de ces dix dernières années : l’examen d’entrée en médecine et dentisterie aura bel et bien lieu, plongeant les futurs candidats dans la détresse et l’incertitude.

Temps de lecture: 5 min

Nous avons pu apprendre récemment dans la presse que le gouvernement de FWB venait d’approuver le projet d’examen d’entrée en médecine proposé (sous la contrainte) par le ministre Jean-Claude Marcourt et clôturant des années de débat qui auront animé la vie de milliers d’étudiants en médecine, suspendus aux décisions des politiques, lourdes de conséquences pour leur avenir.

Face à ce qu’on qualifie déjà comme la plus grande défaite de la lutte étudiante francophone de ces dix dernières années, la frustration laisse place maintenant à la colère.

La colère de n’avoir jamais été écouté, considérés par les politiques.

Tout d’abord, faisons le point sur les modalités pratiques de l’organisation d’un tel examen.

Contrairement à nos amis futurs médecins du Nord du pays et à nos futurs polytechniciens, nos ouailles francophones n’auront droit qu’à une seule tentative en septembre, ne laissant dès lors aucune marge de manœuvre aux étudiants pour affronter cette épreuve décisive pour leur avenir en tant que médecin.

D’autres questions se posent également sur les malchanceux qui cette année auront acquis un certain nombre de crédits mais se retrouveraient sur le carreau en fin d’année : retour à la case départ ?

Deux poids, deux mesures qui démontrent une fois de plus toute l’absurdité d’un processus discutable tant sur le plan scientifique que social et qui laisse dans l’expectative de nombreux étudiants, potentiels talentueux cliniciens victimes de l’incapacité de nos politiques à s’entendre.

Un concours caché

Qu’on se le dise, contrairement à ce qu’avancent les défenseurs de ce type de sélection, l’examen d’entrée n’en est et n’en sera jamais un.

Pourquoi cette affirmation ? Parce que contrairement aux étudiants de polytechnique, les études de médecine sont contingentées par le fameux numerus clausus qui limite l’accès à la profession en fin de 7e/6e année, ce qui veut dire qu’un simple examen ne peut empêcher qu’il y ait « trop » d’étudiants.

La seule solution viable permettant de contrôler l’afflux d’étudiants reste le concours.

Mais là où nous avions instauré une sélection transparente sur des matières prédictives de la réussite des études de médecine, cassés par l’absence de volonté du fédéral à reconnaître la non-adéquation des quotas nationaux, nous nous retrouvons maintenant avec un système bien plus vicieux.

En effet, les étudiants passeront un examen « à l’aveugle » sans connaissance de la pondération des questions qui permet aux examinateurs d’éjecter suffisamment d’étudiants.

Sachant qu’il faudra lisser négativement un nombre conséquent d’étudiants, la future épreuve s’annonce punitive.

Etudiants outragés, jamais écoutés

Un autre sujet qui fâche et pas des moindre, c’est l’absence de concertation des étudiants.

Jeu auquel s’adonnent avec brio nos deux ministres qui depuis des mois maintenant n’ont à aucun moment daigné écouter l’avis de ceux dont ils planifient le massacre.

Aujourd’hui, le clivage est tel qu’il n’y a plus la moindre once de confiance entre politiques et étudiants au point où chaque annonce plonge irrémédiablement des milliers d’étudiants dans l’angoisse d’une incertitude constante qui plane sur leur avenir.

Stress largement justifié par l’inconstance que connaît le dossier, que ce soit via Mme De Block qui ne souhaite désormais plus sécuriser les étudiants en cours de cursus (pour rappel, elle a marqué son souhait de ne rien signer pour les 7 ans et de remettre la problématique des Inami sur la table chaque année) et aux nombreuses pirouettes du ministre Marcourt dont les dernières facéties tiennent davantage d’un feuilleton dramatique que d’un programme politique.

C’est tout ce cirque politique qui est responsable du courroux des étudiants qui y assistent impuissants, tentant vainement de sauver leur année pendant que le spectacle continue.

Et la pénurie dans tout ça ?

Pour finir, nous ne comprenons pas ce qui peut pousser nos politiques à se précipiter vers une sélection alors qu’en l’absence de tout filtre nous ne renouvellerons que 43 % des médecins partant à la retraite.

Allons-nous continuer encore longtemps cette hypocrisie où à cause du manque de médecin, nous pillons le stock médical de nombreux pays, pillage qui s’apparente davantage à du dumping social qu’à une réelle liberté de circulation des travailleurs alors qu’on forme d’excellents médecins chez nous et qui ne sont même plus sûrs de pouvoir exercer au terme de leur formation.

Ne serait-il pas plus opportun de prendre le temps d’instaurer un système scientifiquement éprouvé qui nous permettrait d’avoir in fine de bons médecins plutôt que des physiciens ou chimistes ? Il existe actuellement suffisamment de preuves sur la non-viabilité d’une telle sélection, pourquoi ce refus de la remettre en question ?

Il est questionnant de voir que ce qui a depuis le début manqué dans ce dossier, c’est la considération de milliers d’êtres humains, que dis-je de millions puisqu’à travers le manque de médecin, souffriront de nombreux patients qui n’auront plus accès à des soins de santé.

Mais ce qui est certain, c’est que nous ne laisserons pas le pays plonger dans une médecine à deux vitesses et nous continuerons à nous battre pour notre avenir et celui des futurs étudiants.

 

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