Test Pisa: attention, médiocrité

© Mathieu Golinvaux
© Mathieu Golinvaux

L’enquête PISA vient de livrer ses observations : l’enseignement organisé ou subventionné par la Communauté française de Belgique présente des résultats moins bons que ceux de l’enseignement flamand. Ces performances sont inférieures à celles de la moyenne enregistrée dans les 35 pays membres de l’OCDE.

La Ministre ne cache pas que c’est là une stabilité insatisfaisante, mais elle met en garde contre la sinistrose. Elle voit dans le Pacte d’excellence, des raisons d’espérer une amélioration des résultats à venir.

Je voudrais verser dans le débat une citation d’Albert Einstein : « Vous ne pouvez résoudre un problème avec le même type de pensée qui a créé le problème. »

Si nous le suivons, nous sommes contraints à un retour vers un passé relativement lointain.

La démocratisation des études, conquête remarquable du XXe siècle a amené dans les classes de l’enseignement secondaire des cohortes de jeunes différents de ceux qui y étaient accueillis traditionnellement. Avec une sagesse apparente, les psychopédagogues ont proposé la rénovation de l’enseignement. Les filières classiques ou modernes furent repensées. La primauté des langues anciennes fut mise à mal. Les options furent multipliées. Pour les élèves moins performants des slaloms furent organisés pour que les difficultés majeures soient évitées et la réussite des humanités, assurée au plus grand nombre.

Lorsque l’enseignement fut retiré des compétences nationales et confié aux communautés, il apparut que du côté flamand, la rénovation avait été moins générale que du côté francophone et que, de ce fait, l’enseignement flamand coûtait moins cher. Il fut rapidement évident que, chez les jeunes francophones, la première année de l’enseignement universitaire ou supérieur se soldait par un taux d’échecs avoisinant 50 %. Une autre évidence s’imposa : les jeunes issus des milieux défavorisés n’étaient pas plus nombreux qu’avant la rénovation à s’inscrire dans les universités ou les hautes écoles. Au début de la dernière décennie du siècle passé, le Ministre constata qu’il n’avait plus les moyens budgétaires pour satisfaire les besoins de son département : il chercha la solution dans la dénonciation des redoublements. Il avait deux raisons pour justifier ce positionnement : le redoublement coûte une fortune et des pédagogues de renom en démontraient l’inefficacité. Les conséquences furent rapidement appliquées : pas plus de sept ans dans le primaire et passage automatique de la première à la deuxième année du secondaire.

Au début de ce siècle et jusqu’à ce jour, le programme international de surveillance des acquis scolaires (PISA) organisé par l’OCDE révéla le déclin de l’enseignement francophone et, parallèlement, le succès persistant des élèves flamands.

Le Pacte d’excellence apporte-t-il la solution annoncée ?

Oui, dans la mesure où il met l’accent sur la remédiation permanente. Si l’enfant, si l’adolescent en difficulté d’apprentissage ne trouve pas tout de suite la réponse à son ou ses problèmes, il porte un handicap qui ne le lâchera plus. Toutefois pour réussir la remédiation immédiate, il faut sortir du carcan horaire : on doit pouvoir retenir à l’école les élèves en danger au-delà de l’horaire général. Le raisonnement s’applique aux enfants issus de l’immigration. Leurs résultats tirent vers le bas la moyenne francophone. Il faut dès lors leur offrir des programmes de familiarisation avec notre langue, notre culture et notre histoire.

Je ne crois pas aux vertus du tronc commun. La diversité des intelligences se manifeste dès l’enseignement primaire. Il faut y assurer des moyens de développement de l’intelligence de la main, de la sensibilité et de la pratique des arts plastiques ou de la musique.

Lorsque commence l’enseignement secondaire, les orientations révélées par les instituteurs doivent permettre à l’enfant un épanouissement conforme aux tendances de sa personnalité et motivé par l’aspiration à l’excellence.

Je laisse, pour la suite, la parole à Vincent de Coorebyter : « L’école aujourd’hui fait échouer parce qu’elle n’est pas assez exigeante ; elle n’est pas assez ambitieuse dans ses attentes, pas assez rigoureuse dans ses méthodes, pas assez courageuse dans ses évaluations. » (Le Soir 03/03/16)

Je termine avec Einstein : « C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître. »

 
 
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