Accueil Économie

Nos voisins ne veulent plus de Tihange (carte interactive)

Des communes néerlandaises votent une motion prônant la fermeture de Tihange. En Belgique, les communes voisines sont moins alarmistes.

Temps de lecture: 5 min

Entretien avec l’association eurégionale Stop-Tihange

En mars, il y a eu les propos du Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, devant le Parlement wallon : « Quand on apprend (l’existence d’une) faille de 18 cm dans une centrale nucléaire, ça ne rassure pas vos voisins luxembourgeois, qui ont fait le choix de dire non au nucléaire ».

Une motion symbolique

Le 20 mai dernier, c’était au tour d’Aix-la-Chapelle de s’en prendre au nucléaire belge, et plus particulièrement au site de Tihange, situé à 60 kilomètres de la ville allemande. Le conseil communal d’Aix a approuvé une motion exigeant la fermeture immédiate et définitive de la centrale de Tihange. C’est évidemment le réacteur numéro 2 qui pose problème, vu la présence de microfissures dans sa cuve métallique. Aujourd’hui à l’arrêt, ce réacteur pourrait être redémarré en fin d’année si l’Agence de contrôle nucléaire, garante de la sûreté, donne son feu vert.

Et voilà qu’aujourd’hui, ce sont les communes néerlandaises qui donnent de la voix. Selon le site 1Limburg, une majorité des communes de la province du Limbourg néerlandais devraient adopter cette semaine des motions appelant à la fermeture de la centrale nucléaire belge de Tihange. A commencer par la ville de Maastricht, située à 40 kilomètres de Tihange, où neuf des onze partis du conseil ont déjà signé cette motion.

La carte sur votre mobile.

Quel est l’effet de cette motion ? Elle est symbolique, explique Christian Behrendt, constitutionnaliste à l’ULg. « C’est l’expression d’un souhait. Ces communes étrangères ont le droit de le faire. Mais cette décision ne lie pas les autorités compétentes », à savoir le fédéral belge. En gros, il s’agit d’un simple positionnement politique. Et on ne peut pas dire qu’il est surprenant, étant donné que ces trois pays (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg) ont fait le choix de dire stop au nucléaire.

« Faire confiance aux experts nucléaires »

Mais cette motion ne pourrait-elle pas donner des idées aux communes belges voisines de Tihange ? « Je ne vois pas l’intérêt d’une telle motion, si ce n’est de se faire mousser. Cela ne relève pas des compétences communales », embraie Claude Eerdekens, bourgmestre d’Andenne. « Je ne suis pas habilité à me prononcer sur des questions de sûreté nucléaire, enchaîne Hubert Jonet, maïeur de Verlaine. Il faut faire confiance aux experts de l’Agence nucléaire ». Même son de cloche à Huy. « Ce sont des motions purement idéologiques. Nous n’avons pas d’expert communal pour se prononcer sur les questions de sûreté nucléaire », dixit le bourgmestre Alexis Housiaux. Et, à Wanze, Claude Parmentier ne dit pas autre chose.

Mais certaines mauvaises langues prétendent que les communes belges se montrent discrètes parce qu’Electrabel leur propose une compensation financière. La ville de Huy touche en effet près de 15 millions d’euros chaque année grâce à la présence de Tihange sur ses terres : 10 millions via le précompte immobilier ; 1,8 million de taxe sur la force motrice ; 740.000 euros pour le service régional d’incendie et près de 3 millions grâce à une convention bilatérale négociée avec Electrabel.

Et 17 autres communes situées dans un périmètre de 10 kilomètres de Tihange disposent également d’une telle convention avec Electrabel depuis 1996, pour une compensation totale de 850.000 euros par an versés chaque année par Electrabel. C’est la commune d’Amay qui se taille la part du lion (267.000 euros) ; une commune gérée par l’Ecolo Jean-Michel Javaux, qui n’a pas répondu à nos appels. Mais tous les autres bourgmestres garantissent que cette compensation financière n’entrave en rien leur jugement.

Du côté d’Electrabel, on ajoute qu’« il ne faut pas oublier les retombées socio-économiques et les investissements locaux liés à Tihange ». La société parle de plus de 100 millions investis chaque année et d’au moins 500 employés habitant à proximité.

------------------------------------------------------------------------

pablo (2).png

Entretien avec l’association eurégionale Stop-Tihange

Néerlandais et surtout Allemands sont en pointe aux côtés des activistes belges pour s’opposer à la remise en service de Tihange 2. Ensemble, ils gèrent l’association eurégionale Stop-Tihange. Son porte-parole, Léo Tubbax, nous répond.

Stop-Tihange cible le dossier de centrales nucléaires belges. Quelles sont les motivations qui poussent des opposants allemands et néerlandais à se mobiliser contre ces réacteurs ?

Il y a, en Allemagne tout particulièrement, une forte prise de conscience des risques du nucléaire depuis très longtemps. Lors de chaque manifestation organisée à Tihange, les Allemands représentent environ la moitié des participants. Mais des raisons plus spécifiques expliquent leur implication dans ce dossier. Dans l’environnement immédiat des centrales de Tihange, les vents dominants s’engouffrent dans la vallée de la Meuse et se dirigent naturellement vers Liège et Maastricht. Plus à l’Est, ils viennent buter contre la barrière de l’Eifel et retombent alors sur Aix-la-Chapelle et les communes aux alentours. Ces données ne sont pas neuves. Elles ont été mises en évidence dans une étude de l’université de Vienne réalisée il y a plusieurs dizaines d’années.

Les considérations géographiques n’expliquent pas tout…

Les motivations sont évidemment plus diverses. Ni les Pays-Bas ni l’Allemagne ne retirent le moindre avantage de la production d’électricité nucléaire à Tihange. Ils n’en ont que les dangers. Ensuite, il y a une perte de confiance dans la capacité des pouvoirs publics belges de gérer la situation avec les cafouillages que l’on a connus ces derniers mois. S’ajoute à cela la propagande du forum nucléaire belge, qui est très proche d’Electrabel.

Comment expliquer que ce soit l’aile allemande de votre association qui ait informé en premier la Belgique sur la taille inattendue des fissures des réacteurs ?

En utilisant la convention d’Aarhus, qui permet aux citoyens européens de poser des questions aux administrations concernant l’environnement, ils ont régulièrement interrogé l’Agence fédérale de contrôle du nucléaire. Et en février, après des mois de réponses évasives, ils ont reçu cette information inattendue sur l’ampleur des fissures.

Comment s’explique leur maîtrise de dossiers très complexes ?

Une série de membres allemands sont proches de la très réputée Université technique d’Aix-la-Chapelle et s’intègrent également dans un réseau de spécialistes d’autres centres de recherches allemands et autrichiens. Cela leur donne une compétence technique pour analyser de manière critique toutes les informations transmises par l’Agence de contrôle ou par Electrabel. Nous n’avons pas ces compétences en Belgique.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Économie

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Retrouvez l'information financière complète

L'information financière
références Voir les articles de références références Tous les jobs