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Publifin, l’affaire qui «jette le discrédit sur l’ensemble du monde communal wallon»

L’intercommunale Publifin aurait grassement payé 24 élus locaux pour des contributions fort dérisoires. « Si c’est vrai, c’est inadmissible », réagit le ministre de tutelle, Paul Furlan (PS).

Analyse - Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Entre 1.340 et 2.871 euros brut par mois. Cette fourchette, c’est celle de la rémunération perçue par 24 élus locaux, pour l’essentiel originaires de la province de Liège, en échange de leur participation aux réunions des comités de secteur ou de sous-secteur de Publifin (ex-Tecteo), une intercommunale qui gère des participations dans plusieurs sociétés du groupe actif dans l’énergie et la communication, notamment. Cette rémunération leur était versée depuis juin 2013, révèle notre confrère David Leloup dans les colonnes du Vif et de Sud Presse, qu’ils assistent ou pas aux réunions au contenu pour le moins léger.

C’est Cédric Halin, échevin (apparenté CDH) des Finances dans la commune d’Olne, qui a révélé le pot aux roses. Alors qu’il n’était encore que conseiller communal, il avait fait usage, non sans peine, de son droit de consulter les documents relatifs à la gestion des intercommunales. Il a ainsi découvert l’existence de ces comités de secteur, des organes consultatifs chargés de remettre des avis. Sauf qu’en vérifiant l’activité réelle de ceux-ci, il a bien dû déchanter : « Il s’est tenu six ou sept réunions, pour une durée totale de 12 heures », constate Cédric Halin. Une jolie rétribution pour ces élus, oscillant de 76,31 à 516,92 euros à la... minute de participation, le comble étant atteint avec une élue liégeoise du CDH qui a refusé de participer aux réunions mais a perçu plus de 22.000 euros de rémunération entre sa désignation et sa démission (1.340,33 euros mensuels durant 15 mois).

Les réactions n’ont pas tardé

Contactée par nos soins, la direction de Publifin a préféré réagir par communiqué. Elle reconnaît l’existence des comités de secteur, « décidé par les différentes forces politiques liégeoises ». « Cette logique permettait à un nombre plus large de mandataires de rester en contact avec les activités menées tout en supprimant les Conseils d’Administration et en maintenant uniquement l’équivalent de trois anciens Comités de gestion exécutifs sur dix. » (…) Pour le surplus, une fois constitué, chaque Comité, sous la conduite de son Président, est responsable de son fonctionnement, du nombre de ses réunions et du rappel à l’ordre de ses membres et ce, en toute autonomie. » Et d’ajouter que l’intercommunale ne bénéficie d’aucune dotation publique et « vit uniquement de ses activités industrielles et commerciales ».

Rideau ? Sûrement pas. Car la révélation de telles rémunérations a suscité des réactions outrées. A commencer par Ecolo qui, à l’inverse du PS, du CDH et du MR, n’est pas représenté dans ces comités. Les écologistes réclament toute la lumière sur ce dossier et que la majorité régionale fixe des rémunérations correspondant au travail réellement presté et à l’utilité des organes concernés. Le ton est tout aussi dur chez les Centristes, où le parti annonce qu’il « convoquera les mandataires CDH qui seraient concernés afin de vérifier scrupuleusement l’exercice des fonctions, du respect du code de déontologie, ainsi que de l’intérêt général ». Avec la menace de « sanctions exemplaires » à la clé. Le PS, lui, s’est montré plus réservé, rappelant sa volonté que les structures publiques fonctionnent « de manière efficace et dans la plus grande transparence ». Quant au MR, il estime que c’est à Publifin de réagir face à ces informations.

Un ton qui contraste avec celui du ministre de tutelle des Pouvoirs locaux. « Si c’est vrai, c’est indécent, inadmissible, s’indigne Paul Furlan (PS) au terme d’une journée passée en commission. Cela jette le discrédit sur l’ensemble du monde communal qui trime souvent pour pas grand-chose. » Le ministre wallon rappelle que, dans l’immédiat, Publifin n’est toujours pas soumise aux règles reprises dans le Code wallon de la démocratie locale, dont celle qui interdit de verser des salaires plutôt que des jetons de présence à des administrateurs. En effet, intercommunale mixte car associant des communes situées dans plusieurs régions du pays, Publifin dispose d’un délai expirant au 1er juillet prochain pour se mettre en conformité avec ces règles. Un délai octroyé par la majorité PS-CDH, dénonce Ecolo. La tutelle wallonne s’appliquera ensuite pleinement.

« Néanmoins, je vais demander une enquête à mon administration car ces élus contreviennent peut-être à d’autres réglementations régionales, ce qui prendra un certain temps », annonce Paul Furlan en citant l’obligation de déclarer mandats et rémunérations. Rien n’indique que les pratiques chez Publifin changeront avant le 1er juillet.

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18 Commentaires

  • Posté par Guiot Philippe, lundi 16 janvier 2017, 0:18

    Du goudron, des plumes et exposés au Perron !

  • Posté par fernand stenuit, jeudi 22 décembre 2016, 3:02

    Si on veut fouiller un peu , on en trouvera beaucoup d'autres , la mafia wallonnie en a encore beaucoup sur le cornes . Que d'affaires étouffées , mème de crimes jamais élucidés ; et puis ils accusent la Flandre de tous les maux . Le désordre est l'origine de toutes les dictatures.

  • Posté par Segers Joseph, mercredi 21 décembre 2016, 22:19

    voila la vrai raison a faire de la politique

  • Posté par Monsieur Alain, mercredi 21 décembre 2016, 18:34

    C'est une des nombreuses manières par les partis distribuer des sucettes aux "bons serviteurs" pour valoriser les services rendus (mandat ici ou là - pas de compétences particulières requises - revenus assurés). Le comble est atteint quand certains d'entre-eux rejettent la faute sur le dégoût qu'ils suscitent dans l'opinion publique ou quand d'autres traitent leurs dénonciateurs de populistes.

  • Posté par Monsieur Alain, mercredi 21 décembre 2016, 18:32

    C'est une des nombreuses manières par les partis distribuer des sucettes aux "bons serviteurs" pour valoriser les services rendus (mandat ici ou là - pas de compétences particulières requises - revenus assurés). Le comble est atteint quand certains d'entre-eux rejettent la faute sur le dégoût qu'ils suscitent dans l'opinion publique ou quand d'autres traitent leurs dénonciateurs de populistes.

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