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Pourquoi les terroristes sèment leurs documents d’identité

Le terroriste présumé de l’attentat à Berlin a laissé ses papiers d’identité dans le camion qu’il a volé. Imprudence ou revendication?

Primeur - Journaliste au service Société Temps de lecture: 2 min

Lorsque le parquet antiterroriste allemand a formellement identifié Anis Amri comme étant le principal suspect de l’attentat au camion bélier, le prénom du ressortissant tunisien de 24 ans circulait déjà depuis quelques heures dans la presse allemande. Un document d’identité découvert dans la cabine du camion avait en effet mis la puce à l’oreille de la police berlinoise. D’autant qu’Amri n’est pas inconnu de ses services. Le terroriste présumé a donc emporté ses papiers d’identité lorsqu’il est monté dans le camion. Imprudence ou revendication ? Impossible à ce stade de se prononcer mais force est de constater que la découverte de tels documents n’est pas une première dans les dossiers de terrorisme. Le 7 janvier 2015, les enquêteurs avaient trouvé dans le véhicule utilisé par les frères Kouachi la carte d’identité de l’aîné, Said. Même indice nominatif découvert dans l’appartement loué par Amedy Coulibaly pour y préparer l’attaque de l’Hyper Cacher.

Faut-il y voir une signature ?

Le geste a en tout cas été reproduit volontairement par Salah Abdeslam. Alors qu’il était à bord du véhicule qui le ramenait vers Bruxelles, le Molenbeekois aurait confié à ses amis d’enfance venus l’exfiltrer après l’attaque qu’il avait abandonné à Paris un véhicule mal stationné. Il aurait ajouté avoir glissé la carte d’identité de son frère, Ibrahim, dans la boîte à gants «  pour imiter Koulibaly lors des attentats de Charlie Hebdo et du supermarché Kasher, pour que son frère soit connu du monde entier  ».

Mohamed Lahouaiej Bouhlel était peut-être animé par la même volonté de revendiquer son geste puisque l’auteur de l’attentat de Nice, le 14 juillet dernier, avait également laissé ses documents dans la cabine du camion avec lequel il a fauché ses victimes. Bien qu’étrangement récurrentes dans les dossiers d’attentats attribués à Daesh, la découverte de papiers d’identité n’est pas spécifique aux dossiers dans lesquels cette organisation terroriste est impliquée. On se souvient qu’après le 11 septembre, le passeport intact de d’un des principaux acteurs des attentats avait été découvert dans les décombres des tours jumelles. Un « mystère » qui, à l’époque déjà, avait alimenté les thèses conspirationnistes les plus délirantes. L’imagination est toujours très fertile chez certains : après Charlie Hebdo, il a été dit que les policiers avaient placé cette carte d’identité dans la voiture parce qu’ils connaissaient déjà le nom des personnes qu’ils recherchaient.

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Comment contrôle-t-on un demandeur d’asile ?

Europol prend au sérieux la menace de terroristes infiltrés parmi les demandeurs d’asile. Le risque de radicalisation des réfugiés est aussi à prendre en compte.

Journaliste au service Enquêtes Temps de lecture: 4 min

Le principal suspect de l’attentat du marché de Noël de Berlin serait donc un Tunisien, demandeur d’asile débouté, que les autorités allemandes peinaient à expulser. De quoi raviver une question soulevée à l’époque des attentats de Paris : faut-il s’inquiéter que des terroristes se soient cachés parmi les réfugiés ?

Dans un rapport récent, Europol reconnaît qu’il est « indiscutable que des terroristes sont entrés en Europe en se prétendant réfugiés ». L’idée aurait d’ailleurs été mise en pratique pour la première fois par Ayoub El Khazzani (attaque du Thalys) et Abdelhamid Abaaoud, avant les terroristes du 13 novembre, dévoile une enquête du Monde. Mais la tendance serait plutôt à formuler au passé et serait loin d’être systématique. En fait, selon Europol, Daesh n’utiliserait la route des réfugiés que pour ses seconds couteaux, le trajet étant désormais extrêmement incertain et beaucoup trop contrôlé : il faut compter sur le risque d’être coincé dans un pays qui n’était pas celui de destination ou d’être repéré par un les experts antiterroristes dépêchés sur les îles grecques. Les gros poissons, « hautement entraînés et experts opérationnels, voyagent en utilisant de vrais ou faux passeports et empruntent des routes plus sophistiquées ». Comprendre : un détour en avion par l’Asie, par exemple, pour brouiller les pistes.

controle

Pour faire face à d’éventuelles infiltrations, les services de polices et de renseignement belges procèdent à des « screening » des demandeurs d’asiles au plus tôt de la procédure (voir ci-dessous). Ces contrôles, d’abord spécifiquement destinés aux Syriens et aux Irakiens, ont été généralisés à toutes les nationalités depuis janvier. En gros, renseignement militaire, police fédérale et sûreté de l’Etat passent au crible l’identité des nouveaux arrivants pour vérifier qu’ils n’apparaissent pas dans leurs fichiers. Depuis la mise en place de ce système, en septembre 2015, 25.485 candidats à l’asile ont été ainsi contrôlés. Parmi eux, 180 correspondances (« hits ») ont été établies. Ce qui ne signifie pas pour autant que la personne présente un danger. « Une étudiante iranienne qui vient étudier la chimie pourrait susciter une alerte, sans pour autant représenter un quelconque danger », prévient Dominique Ernould, porte-parole de l’Office des étrangers. Le cabinet du secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration n’était pas en mesure de donner les chiffres affinés, mercredi, mais à titre d’exemple, sur 49 « hits » radicalisme, enregistrés jusqu’au mois d’août (pour 20.840 screening), seuls huit personnes présentaient réellement un profil radical. Et là encore, radical ne signifie pas terroriste. A noter d’ailleurs : la majorité des ressortissants concernés pas ces alertes étaient… Russes.

La menace de la radicalisation

Dans la foulée des attentats de Paris puis de Bruxelles, le personnel des centres d’accueil belges a par ailleurs été formé pour identifier les signes de radicalisation (changements soudains de comportement, d’habillement, prosélytisme…). « Etant donné l’intérêt de Daesh à enflammer le débat public et polariser la population européenne sur les demandeurs d’asile, il y a un risque d’infiltration des camps de réfugiés, écrit Europol dans son rapport. Le danger réel et imminent est que des réfugiés de la diaspora syrienne deviennent vulnérables une fois en Europe et en étant spécifiquement visés par les recruteurs islamistes. On estime qu’un certain nombre de djihadistes voyagent à travers l’Europe spécifiquement dans ce but. »

Depuis ce printemps, 57 signalements pour possible radicalisation sont remontés aux renseignements depuis les centres d’accueil belges. Là encore, les services de police (la police locale est aussi informée) et de renseignement, doivent vérifier et affiner l’information.

Et après ? Différents leviers peuvent être actionnés : le parquet peut lancer une instruction sur le plan judiciaire, l’Office des étrangers intervenir pour demander au CGRA de retirer ou refuser le statut de protection et lancer une procédure d’expulsion. La sûreté, enfin, peut mettre en place un dispositif de surveillance plus ou moins important. Ce sera notamment le cas dans un scénario semblable à la situation allemande, où le ressortissant est identifié comme dangereux mais inexpulsable. Avec certaines limites : une surveillance 24h/24 d’un individu mobilise pas moins de 40 agents.

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