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Marco Schetgen: «Examen boucherie» ou «examen nécessaire»?

Le 14 décembre dernier, « Le Soir » publiait une carte blanche d’un collectif d’étudiants en médecine de l’ULB fustigeant l’instauration d’un examen d’entrée. Le doyen de cette faculté insiste sur l’importance de cette épreuve préalable, destinée à limiter le nombre d’élèves, ainsi qu’à tester les compétences scientifiques mais aussi psycho-relationnelles des candidats.

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Le mois dernier, on pouvait lire dans une carte blanche rédigée par le Bureau étudiant de l’ULB au sujet de l’examen d’entrée en médecine et dentisterie, que « le silence des recteurs et doyens était assourdissant ». Rétablissons d’abord la vérité en ce qui concerne ces prétendus silences : les réactions de plusieurs doyens ont été relayées par la presse et dès la parution de l’avant-projet de décret, des contacts ont été pris avec le cabinet du Ministre pour exprimer les remarques concernant le texte voté en 1re lecture.

Je rejoins certainement les étudiants sur une partie de l’analyse qu’ils font de la planification médicale actuelle. Ayant assumé la présidence du groupe médecin de la commission de planification pendant plusieurs années, je rappelle que la planification se base uniquement sur le maintien de la force de travail. Certes, elle intègre des paramètres tels que la croissance et le vieillissement de la population ou encore l’évolution du temps de travail des médecins et dentistes, mais en aucun cas il ne fait une réelle analyse de l’offre et de la demande, et de plus, les chiffres du numerus clausus en fin d’étude ne sont pas le résultat d’une réelle réflexion et vision de l’organisation de nos soins de santé. Rappelons aussi que ce numerus clausus ne concerne pas les autres médecins européens, la libre circulation étant la règle au sein de la Communauté européenne !

Une pénurie partielle

Sur base de ces chiffres pour le moins contestables, les uns dénoncent une pléthore et d’autres une pénurie. Si l’on se base sur le nombre de médecins par tête d’habitant et que l’on compare aux autres pays européens, la Belgique ne se prépare pas à une pénurie globale. Par contre, tous ceux qui ont analysé le cadastre actuel, savent que des pénuries sont en vue dans certaines zones du pays et particulièrement dans certaines spécialités telles que la médecine générale, les urgences, la pédopsychiatrie, la médecine interne générale ou la gériatrie. Dès lors, la planification reste une nécessité dans le cadre de la saine gestion du système de soins de santé, et dans ce domaine tant le monde politique, que le monde médical et académique ont à prendre leurs responsabilités. Les étudiants doivent aussi participer à cette mise en place en ne fustigeant pas les facultés de médecine qui tentent de promouvoir ces spécialités en pénurie.

Sélectionner oui, mais comment ?

La volonté des universités est double. Tout d’abord, former des médecins et dentistes de qualité en veillant à une formation scientifique rigoureuse et une réelle approche psycho-relationnelle. Ceci implique des laboratoires, de l’enseignement interactifs et bien sûr des stages en nombres suffisants. Il y a donc bien une limite au nombre d’étudiants que chaque université peut former, ce qui, de facto, entraîne une nécessaire sélection. Ensuite, tous les doyens et recteurs répètent inlassablement qu’il est inadmissible qu’un étudiant ayant réussi avec succès ses études n’obtienne pas de numéro Inami à la fin de son Master. Or personne ne peut ignorer que la Ministre de la Santé fait peser une épée de Damoclès sur la tête de ces étudiants, en liant directement l’attribution de ces numéros Inami à la sélection à l’entrée des études. La question aujourd’hui n’est donc plus de savoir s’il faut réaliser une planification et une sélection, mais bien de savoir comment on met en place celles-ci.

Indispensable propédeutique

Je reste stupéfait du terme « boucherie » utilisé par certains. Faire croire aux étudiants qu’organiser une sélection en janvier et en fin de 1re année est plus juste et plus social qu’un examen d’entrée est peu crédible. Ce n’est pas en quelques semaines que l’on peut rattraper des retards accumulés pendant les études secondaires. Par contre, organiser des cours préparatoires et mettre en place une vraie année propédeutique permettant aux étudiants les plus motivés de réussir l’examen d’entrée, sont des actions qui pourront se montrer efficaces et dont certaines sont déjà mises en place.

Revenons à l’examen d’entrée tel qu’il est proposé. Les doyens ont clairement marqué leur préférence pour des épreuves ne testant pas que l’acquisition des prérequis scientifiques, mais aussi des qualités liées aux sciences humaines, telles que les capacités de raisonnement, les qualités d’empathie ou encore les approches éthiques. Cette demande est aujourd’hui clairement intégrée dans l’examen. Permettre aux étudiants de passer deux fois l’examen au cours de la même année est une revendication légitime mais qui, pour l’instant se heurte à des problèmes organisationnels. Les doyens ont fait une proposition de compromis plus pédagogique, à savoir organiser un test d’orientation début juillet, permettant à chacun de s’évaluer et un examen d’entrée en septembre.

Restent deux autres problèmes soulevés par les étudiants, à savoir d’une part « concours » versus « examen » et d’autre part financement des universités dans le cadre de ce décret. Á l’inverse de la thèse avancée par les représentants étudiants, il n’y a pas de lien entre ces deux problématiques. Un financement fixe est assuré à chaque université, proportionnellement aux places prévues dans l’ancien concours de fin de 1re année, afin d’une part d’éviter une concurrence stérile entre les Universités et d’autre part pour assurer à plus long terme le maintien de 5 facultés de médecine en Communauté française. En plus, l’organisation d’un concours aurait été non seulement juridiquement plus attaquable, mais, de plus, contraire à ce qui se fait en Flandre depuis 20 ans.

Je pense que nous devrions tous, étudiants, enseignants et responsables politiques unir nos forces pour remplacer le couperet des numéros Inami par une véritable planification médicale centrée sur les besoins de la population et pour réfléchir non pas sur le principe, mais sur les modalités de la nécessaire sélection en début de cursus et de son accompagnement par des mesures de remédiation.

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