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Les «faucons» de Netanyahou déclarent la guerre à la culture

Très marqué à droite, le gouvernement du Premier ministre israélien entend garder la haute main sur le monde culturel. Et utiliser l’octroi des subventions publiques comme d’un moyen de pression.

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La guerre est déclarée entre le monde israélien de la culture et le nouveau gouvernement de Binyamin Netanyahou. Les hostilités ont débuté le 9 juin lorsque la ministre de la Culture Miri Regev (Likoud), une ancienne porte-parole de l’armée avec rang de brigadier général, a promis que son département ne subventionnera plus les organismes, théâtres et artistes israéliens « qui participent à la délégitimisation de notre pays et à son boycott ». Et de poursuivre : « Libre à eux de continuer à le faire mais pas avec l’argent du contribuable. Ça, je m’y opposerai car il y a des limites à ne pas dépasser ».

Pour concrétiser ses paroles par des actes, la ministre, qui inaugurait le festival annuel du film de Sderot, a annoncé qu’elle coupait les crédits alloués au théâtre de Haïfa parce que l’acteur arabe israélien Norman Issa, une grande figure de la scène locale, refuse de se produire dans une colonie de Cisjordanie. Dans la foulée, Regev a confirmé le gel des subsides alloués au théâtre pour enfants « El Mina » qu’Issa a créé à Jaffa avec son épouse juive.

Sur scène avec un drapeau

Miri Regev est une idéologue nationaliste dont les préoccupations sont étrangères au monde de la culture. Durant son premier mandat de députée du Likoud, le parti de Binyamin Netanyahou, elle s’est notamment signalée en montant sur scène avec un drapeau chaque fois qu’elle était invitée à des débats sur la poursuite de la colonisation. En 2012, elle a également fait scandale en prenant la tête d’une manifestation d’habitants des quartiers sud de Tel-Aviv qui molestaient en rue les immigrés clandestins d’origine sud-saharienne. « Ils sont comme un cancer qui se développe dans notre pays », avait-elle alors asséné face aux caméras.

A l’annonce des sanctions frappant Norman Issa, plusieurs intellectuels israéliens ont appelé Regev à « comprendre que la création culturelle ne peut être limitée par des impératifs politiques parce qu’elle a besoin de la plus grande liberté démocratique pour éclore ». Mais la ministre n’a pas changé d’avis.

Pas plus que son homologue de l’Education Naftali Benett (Foyer juif) qui vient de geler les subsides destinés à financer la représentation dans les écoles de la pièce « Temps parallèle », écrite par l’atelier du théâtre Al Midar de Haïfa. Ce texte s’inspire de la vie de Wallid Daka, un Palestinien condamné à la perpétuité pour avoir poignardé le soldat israélien Moshé Taman en 1984, et raconte sous la forme d’une allégorie la vie des détenus ainsi que leur désir de se marier.

« Incitation au meurtre »

Spécialement convoquée par Benett, la « commission du répertoire » créée au sein du ministre pour décider d’accorder ou non une aide financière aux divers projets culturels qui sont présentés, a assisté à une représentation « Temps parallèle ». Ses membres n’y ont rien décelé de choquant. Mais le chef du « Foyer juif », qui répond à l’appel de la famille du soldat israélien tué ainsi qu’à l’Association des victimes du terrorisme, estime que« le fait même qu’une telle pièce existe constitue une provocation ». Voire, une « incitation au meurtre ». Et de poursuivre : « Que cela plaise ou non, tant que je serai en place, les citoyens israéliens ne financeront pas des œuvres qui glorifient l’assassinat de leurs soldats ».

A l’instar de Miri Regev, Naftali Benett a d’ailleurs demandé à son administration de passer au crible tous les projets subventionnés afin d’éliminer de la liste les œuvres qui ne cadreraient pas avec la ligne du gouvernement ou qui seraient jugées « contraires aux intérêts » de l’Etat hébreu.

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