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Jean-Luc Mélenchon, la France insoumise version 2.0

Le leader du Parti de gauche creuse son sillon, porté par une campagne très numérique. Les sondages le placent, comme Emmanuel Macron, devant le candidat du PS, quel qu’il soit. Avec l’ancien ministre de l’Économie, il prend la primaire en étau.

De notre correspondante - Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 4 min

Ce jour-là, ils sont près de 1.500 à s’être déplacés pour l’entendre. Jean-Luc Mélenchon fait à Tourcoing le genre de « déboulé » qu’il affectionne. Pas un meeting classique, non. Le candidat de la France insoumise s’empare d’un fait d’actualité pour mieux ancrer sa candidature dans la réalité. Cette fois, c’est du sort d’une caissière de supermarché qu’il est question. La jeune femme, enceinte, assure avoir fait une fausse couche parce que son employeur refusait qu’elle fasse des pauses. « Je ne fais pas du Zola, c’est la vie qui fait du Zola », dit-il alors. Tout le monde ne peut pas entrer dans le théâtre que Jean-Luc Mélenchon a réservé. Le tribun du Parti de gauche peut se délecter : le même jour, Manuel Valls, en meeting lui aussi dans le Nord, à Liévin, ne réunit que deux à trois cents personnes.

Ainsi va Mélenchon, qui poursuit depuis des mois sa campagne sans se soucier de celle du Parti socialiste et encore moins de la primaire. « Actuellement, le PS est en 3e position derrière Macron et moi-même. Dans ces conditions, sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ?  », s’interrogeait-il d’ailleurs récemment dans une interview au journal Le Monde. Après une première campagne présidentielle où il avait fait un joli score (11,1 %), Jean-Luc Mélenchon se prend à rêver d’aller beaucoup plus loin encore. «  Sa présence au second tour n’est plus une hypothèse irrecevable », juge même le politologue Jérôme Sainte-Marie. Le paysage est si volatil que tous les scénarios sont envisageables. Même si, pour l’ancien ministre de Lionel Jospin, il faudrait une sacrée bonne conjoncture des planètes : que le vainqueur de la primaire soit plutôt Manuel Valls qu’Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon (ce qui lui libérerait un espace), qu’Emmanuel Macron s’effondre ou en tout cas prenne plus de voix à la droite qu’à la gauche, etc.

« Un hologramme »

La raison de sa percée (aujourd’hui autour de 13 % dans les sondages) ? Une gauche déçue du quinquennat de François Hollande, bien sûr. Mais pas seulement. Sur la forme, le candidat mène une campagne 2.0 qui cartonne. Il a créé sa propre chaîne Youtube qui fait un tabac : 174.000 abonnés. Toutes les semaines, il y fait de longues interventions pour commenter l’actualité sans s’embarrasser du filtre des journalistes patentés, qu’il juge trop « formatés ». Son modèle : l’Américain Bernie Sanders, que son équipe est allée observer outre-Atlantique. Le démocrate a certes été défait par Hillary Clinton, qui elle-même a été balayée par Donald Trump, mais il avait réussi à attirer à lui les jeunes. Ses meetings ressemblent à des agoras où le candidat, en tenue décontractée, se promène sur la scène plutôt que de lire un discours derrière un pupitre. Plus fort encore : Jean-Luc Mélenchon annonce pour le 5 février prochain un meeting lors duquel son « hologramme » sera dupliqué. Au moment même où il parlera à Lyon, on pourra voir son clone en 3D à Paris. Dalida, Mike Brant, Cloclo et le héraut de la France insoumise : même combat !

Sur le fond ? Jean-Luc Mélenchon s’ancre toujours à la gauche de la gauche, bien sûr. Mais il n’en a pas moins opéré des virages. Ainsi se présente-t-il aujourd’hui comme le champion de l’écologie. Il veut la relance, oui, mais par la planification écologique. Il veut sortir du nucléaire et promet 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050. Sur le plan social, il promet le retour à la retraite à 60 ans et la hausse du Smic, mais aussi un « impôt universel » pour combattre l’exil fiscal. Chaque citoyen français serait redevable au fisc de l’Hexagone, quelle que soit sa domiciliation (un système comparable au modèle américain). Sur le plan international, Jean-Luc Mélenchon veut sortir de l’Otan et renégocier les traités européens (« L’Europe, tu la changes ou tu la quittes  », dit-il). Et qu’on ne lui dise pas qu’il est pro-russe. La solution qu’il défend pour la Syrie est celle-là même qui prévaut à l’ONU, argue-t-il. Sur le plan institutionnel, le candidat de la France insoumise veut convoquer une « assemblée constituante » pour aboutir à une VIe république.

Plus surprenant, il s’écarte désormais du chemin habituel de la gauche de la gauche en recommandant un contrôle de l’immigration. Et celui qui a combattu Marine Le Pen aux législatives à Hénin-Beaumont en 2012 (il avait été sèchement battu) prétend même prendre la défense de la présidente du FN à qui les banques refusent de prêter de l’argent. « D’habitude, les banques n’ont pas de morale », dit-il.

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3 Commentaires

  • Posté par Le Carré Jean-yves, jeudi 19 janvier 2017, 10:11

    Lu en "une" de "Le Soir" : "tribun populiste", "gauche radicale" ! Les vieux réflexes ont la peau dure, je ne vois pas en quoi Mélenchon est plus populiste que Macron par exemple qui n'a rien à voir avec le peuple ? Mélenchon défend des idées de gauche, évidemment à l'heure où tous les partis sociaux-démocrates se sont convertis au néolibéralisme çà peut surprendre les esprits formatés. Beaucoup d'inexactitudes dans l'article, j'en mets une en exergue, si Mélenchon semble défendre Marine Le Pen, c'est uniquement par ironie vis à vis des banques.

  • Posté par Deloie Pierre, vendredi 20 janvier 2017, 12:29

    Totalement d'accord avec vous monsieur Le Carré!

  • Posté par Wiesen Daniel, vendredi 20 janvier 2017, 5:49

    En total accord avec vous Mr Le Carré !

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