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L’onde de choc «Publifin» est aussi flamande

L’« Affaire » liégeoise et wallonne est soudain devenue un enjeu belge.

Exclu Soir+ - Editorialiste en chef Temps de lecture: 5 min

Ce qui est à Liège, reste à Liège ? Pas vraiment, car l’affaire Publifin a soudain affolé le nord du pays. Si vous rencontrez un homme politique ou journaliste flamand ces jours-ci, il ne vous laissera guère le temps de poser vos questions. C’est lui qui se fait demandeur, et de façon très pressante : « Bon, qu’est-ce qui se passe avec Publifin ? C’est grave ? C’est très mauvais pour le PS ? »

L’« Affaire » liégeoise et wallonne est soudain devenue un enjeu belge car, comme l’écrivait dès la semaine dernière un commentateur du nord du pays : « Les événements qui touchent le sud du pays vont rendre le puzzle belge encore plus lourd. »

Publifin: l’air du temps? Mais de qui se moque-t-on?

Au nord du pays en effet, la N-VA reste très puissante électoralement ; le dernier sondage du Soir montre même qu’elle se renforce sous l’effet « Francken », après quelques coups de mou. Une majorité Open VLD-N-VA pourrait être théoriquement possible, mais avec qui de l’autre côté de la frontière linguistique ? Le MR seul n’y suffira plus et l’effondrement du PS ne sert que le PTB.

De l’autre côté, le CD&V, à la ramasse, pourrait espérer encore d’ici le scrutin de 2018/19, reprendre du poil de la bête et se remettre en position de jeter la N-VA hors d’une majorité fédérale, en s’alliant avec les socialistes et les verts. Mais avec qui de l’autre côté de la frontière linguistique si le PS surtout et le CDH achèvent de dévisser sous l’effet « Publifin » ?

La semaine dernière, le nord du pays a été plongé d’un coup dans une affaire dont il ne savait rien ou presque. Ce sont les propos tenus la semaine dernière sur le plateau de la RTBF par le politologue liégeois François Gemenne qui ont créé la stupéfaction et le buzz.

Celui-ci ne faisait en fait que répéter les raisonnements qu’il avait couchés sur papier quelques semaines plus tôt dans une carte blanche publiée dans Le Vif, cosignée avec Eric Jadot, ex-parlementaire fédéral Ecolo et conseiller communal indépendant à Herstal, sous le titre « La démission des lampistes est l’arbre qui cache la forêt ». Dans ce texte, il n’évoquait pas de système mafieux, mais en dessinait des contours en décrivant un système belge composé de structures telles que les mutuelles, les syndicats, les maisons médicales, mais aussi les fameuses intercommunales : « Il s’agit de reconnaître qu’une fonction essentielle de ces structures consiste aussi à fournir des mandats politiques rémunérateurs à des élus locaux et des emplois à des électeurs captifs, le tout pour accroître l’emprise des partis sur différentes sphères de la société. (…) Tant que les partis disposeront d’un réseau tentaculaire pour étendre leur emprise sur la société, tous les abus resteront possibles, y compris des dérives totalitaires de la part de leurs dirigeants. »

Le cumul, une histoire de pouvoir et de proximité

Mais en validant devant les caméras de la RTBF l’existence d’un système mafieux autour de Nethys/Publifin, lié aux partis politiques et en particulier au PS local, et en déclarant qu’il éviterait dans les jours qui suivaient d’aller sur le parking de Cointe, là où André Cools avait été assassiné, le professeur d’université liégeois et parisien a mis le feu aux poudres flamandes. Si la presse écrite francophone le cite du bout des lèvres, la presse flamande fonce sur le mot prononcé. De Morgen, en particulier fait sa « Une » du 19 janvier sur le titre de « Waalse mafia », dans une ambiance photographique digne des films noirs américains des années 50. Tout y est, en ce compris, dans le texte à l’intérieur des pages, l’esprit d’André Cools.

Impossible dès lors de ne pas réagir de manière forte. Le PS sali, et dont la probité est mise en doute, est soudain renvoyé aux pires heures de son histoire liégeoise et redevient le parti des « parvenu’s » (en français dans le texte). Voilà qui impose de couper court à l’accusation mafieuse et de trancher dans le vif. C’est Laurette Onkelinx qui ose ce que le PS n’a jamais fait jusque-là : la politicienne liégeoise demande sur une chaîne flamande, à Stéphane Moreau, de choisir entre la politique et les affaires. Et voilà le Berlusconi wallon – comme le qualifie De Standaard – qui fait les unes à son tour, et pas à son avantage.

Les Flamands toutefois ne se bornent pas à faire de cette histoire une maladie socialiste, car ils estiment que Publifin aura des grandes conséquences possibles sur l’équilibre du pouvoir dans le sud du pays, et pour cause écrivent-ils, le MR et le CDH sont également impliqués. Mais ils vont plus loin encore, estimant que cette affaire est « symbolique de ce qui ne va pas dans la gestion politique wallonne ». Le mal est même francophone pour le nord du pays et réside dans le fait que l’équilibre entre pouvoir et contre-pouvoir est « kapot » : « Quand vous en avez assez d’un grand parti, vous pouvez seulement changer pour un autre qui présente les mêmes défauts historiques. »

Et c’est comme si, soudain, les francophones avaient le monopole de la magouille, du frouchelage, de la confusion d’intérêts. En Flandre aussi pourtant il y a des scandales : les remous politico-financiers autour de la faillite de la banque Optima ont donné naissance à une commission d’enquêtes qui a fait défiler un gratin financier belge et politique flamand. Et la Flandre a aussi des intercommunales dont le principe est belge, pas wallon. Les grands partis du nord, en ce compris la N-VA, et leurs mandataires communaux ont ainsi dû renoncer à la vente en stoemelings d’une partie du capital de l’intercommunale de l’énergie, Eandis, à des Chinois suite à la tribune publiée par un professeur d’université. Ce lanceur d’alerte flamand, Jonathan Holslag, était ainsi pour Eandis, ce que l’échevin CDH d’Olne, Cédric Halin, est à Publifin.

Ajoutons que la Flandre ne peut pas dire « Publifin et Nethys, connaît pas ». C’est à Stéphane Moreau que certains de ses hommes politiques doivent d’avoir été sauvés d’un mauvais coup potentiel dans la saga éolienne « Electrawinds ». Et c’est au fait d’être implantée également en Flandre et pas seulement en Wallonie, que l’ex-Tecteo a longtemps dû de ne pas être contrôlée, comme ses consœurs du sud, par les instances régionales ad hoc.

 

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4 Commentaires

  • Posté par Drapier Christine, jeudi 26 janvier 2017, 14:47

    Furlan a démissionné. Pour Mr Magnette, son geste honore la politique Pour lui le déshonneur est déjà réparé et lavé. On peut donc recommencer.....

  • Posté par OUBLI Patrick, jeudi 26 janvier 2017, 11:36

    Il est intolérable de constater qu'après toutes les "affaires" tant au nord qu'au sud du pays nos représentants continuent d'agir dans leur intérêt. Comme dans le commentaire précédent, il grand temps de revoir tout notre système car les extrémistes sont à la veille de prendre le pouvoir comme en Pologne et là, il sera trop tard !

  • Posté par Smet Paul, jeudi 26 janvier 2017, 11:13

    Il devrait y avoir d'autres démissions. Les paris politiques devraient faire vraiment le ménage. Interdiction du cumul des mandats. sans la moindre exception. Le plafond des rémunérations "politiques" au sens large ne devrait pas dépasser le rémunération, d'un député et ce SANS la moindre exception.On peut être mandataire à titre gratuit.La rémunération dépassant le montant de la rémunération du d'un député devrait rester dans l'organisme qui devrait payer une rémunération. Il devrait y avoir une hiérarchie , la rémunération la plus importante serait payée, puis dès que le plafond serait atteint, les autres organismes ne devraient plus payer. Il n'y a aucune raison dec ristourner le surplus vers les partis politiques. C'est du détournement de biens sociaux.

  • Posté par Vigneron Gérard, jeudi 26 janvier 2017, 9:01

    Tous les jours matin c'est l' indigestion pour moi mais MERCI aux médias de mettre au jour le système mafieux mis en place au PS, CDH et MR . La politique aujourd'hui ne sait plus cacher toutes les dérives d' un autre temps. QUAND COMPRENDRONT-ILS que la démocratie est en gd danger, les partis "extrêmes" arrivent AU POUVOIR, DANGER il est - 5 !! BV METRE A PLAT TOUT LE SYSTEME SVP.

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