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Les grandes leçons de la campagne contre les mutilations génitales

Des activistes comme Khady Koita et Sika Kaboré, Première dame du Burkina Faso, ont largement contribué à la campagne BanFGM pour l’interdiction mondiale des mutilations génitales féminines. Il faut qu’un maximum de pays poursuivent la lutte contre cette intolérable atteinte aux droits humains.

Temps de lecture: 4 min

Des décennies de campagne pour défendre les droits des personnes les plus vulnérables et les plus défavorisées m’ont appris deux choses. La première est que le fondement de la plupart des violations des droits humains réside dans la négation de la liberté de choix personnel, et cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne les droits fondamentaux des femmes et des filles. Les traditions, particularités culturelles et autres us et coutumes ne sont qu’un ensemble de prétextes disparates, dont certains se servent comme alibi pour continuer impunément à maintenir d’autres êtres humains en état de soumission. Les droits de l’homme sont universels et non négociables, et nous ne pouvons pas transiger d’un iota sur le respect de ce principe intangible. En d’autres termes, nous ne pouvons pas accepter que le fait de voler l’enfance d’une fille de sept ans, en la forçant à se marier avec un homme adulte et à subir une relation sexuelle, soit justifié au nom de la diversité culturelle, sous peine de devenir complice de ses bourreaux. Tout comme nous ne pouvons pas accepter qu’il y ait des endroits dans ce monde où le viol conjugal n’est pas puni par la loi, car il est considéré comme une expression du droit légitime d’exiger la satisfaction sexuelle de la part de son conjoint. Toute circonstance où la contrainte prévaut sur le libre choix constitue une violation intolérable de l’autodétermination individuelle, et doit être combattue en tant que telle.

Une violation des droits humains

La deuxième leçon que j’ai tirée concerne la relation entre le pouvoir politique et les citoyens. Eclaircissons d’emblée un fait : le pouvoir en soi n’est ni bon ni mauvais, mais son usage dévoyé peut causer des dégâts aussi conséquents que les avantages générés par son usage responsable. Prenons comme exemple la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), une violation des droits humains qui touche la vie de près de deux cents millions de femmes et de filles dans le monde. Sans une interaction directe entre les militants qui luttent depuis plus de trente ans contre cette violence et les représentants institutionnels, nous n’aurions pas pu célébrer, il y a quatre ans, l’étape historique de la résolution des Nations Unies qui interdit universellement les MGF et enjoint tous les Etats à se doter de lois explicites à cet effet. Pour parvenir à ce résultat, nous avons pu compter sur la contribution cruciale tant des activistes africaines qui sont devenues en quelque sorte le visage de la campagne BanFGM, à l’instar de Khady Koita et de Nice Nailantei Leng’ete, que de personnalités comme Chantal Compaoré ainsi que l’actuelle Première dame du Burkina Faso, Sika Kaboré.

Pour dépasser les bonnes intentions

La volonté politique des gouvernements est donc fondamentale, et lorsqu’elle est absente le désir de changement demeure malheureusement circonscrit au règne des bonnes intentions. Pour que cette volonté politique parvienne à maturité, il faut cependant que les gouvernements écoutent leurs propres citoyens, les reconnaissent comme interlocuteurs et porteurs de besoins et d’exigences dont la res publica doit s’occuper avant toute autre chose. Multiplier les initiatives pour aider à créer des occasions de dialogue est donc crucial et cela a été le cœur de la méthode, innovante, qui a marqué deux décennies d’engagement de No Peace Without Justice. C’est sous cette même enseigne que, sur notre initiative et avec le soutien du gouvernement italien, les principaux protagonistes de la campagne BanFGM – ministres, parlementaires et activistes des pays où les MGF sont pratiquées, et les représentants d’organisations internationales – se réuniront la semaine prochaine à Rome pour définir conjointement de nouveaux objectifs de lutte et une stratégie d’action pour les réaliser.

De nombreux défis

Ne nous faisons pas d’illusions : la lutte contre les MGF est loin d’être terminée. Mais aujourd’hui, et ceci est un aspect essentiel, les activistes disposent d’outils juridiques et méthodologiques pour poursuivre avec succès l’objectif de l’élimination de la pratique des MGF. En outre, le leadership engrangé politiquement sur cette question au sein du groupe des pays africains représentés à l’Organisation des Nations Unies, constitue un effet de levier sans précédent. Pour notre part, nous continuerons à nous battre dans le cadre d’une lutte plus ample pour l’autodétermination des femmes partout dans le monde. Les défis sont nombreux : les mariages forcés, le viol, les violences conjugales, les crimes « d’honneur », le harcèlement, les inégalités politiques et économiques et d’autres formes de coercition et de discriminations sexistes qui portent atteinte à la liberté de choix et entravent la pleine égalité entre hommes et femmes. Notre espoir est de ne pas être seul et de continuer à compter sur le soutien et l’engagement des nombreux pays, sans lesquels nous n’aurions pas obtenu l’interdiction mondiale des mutilations génitales féminines.

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