Accueil Opinions Cartes blanches

La stratégie de Trump se fonde sur un marketing de la peur

Le récit de Trump est très clair. Il entend légitimer jour après jour l’acceptation de la montée en puissance de la violence vis-à-vis de l’ennemi déclaré.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Au-delà des populistes identitaires qui applaudissent plus ou moins nettement, comme Théo Francken qui affirme « qu’il ne faut pas réagir de façon hystérique », il y a trois réactions au décret anti-réfugiés c’est-à-dire anti-musulmans de Trump.

1. D’abord la société civile, Obama, quelques juges et de nombreux médias américains et partout dans le monde qui s’indignent et voient se profiler un pouvoir extrêmement dangereux.

2. Ensuite les pays qui vont appliquer la stricte réciprocité comme l’Iran, pouvant entraîner un jeu de dominos qui peut déstabiliser les fragiles équilibres mondiaux.

3. Enfin, ceux qui placent cette décision sur le pur plan juridique : « la politique migratoire relève de la souveraineté de chaque Etat » ( Charles Michel ), « nous étudions le cas des bi-nationaux », etc. Cette réaction domine parmi les responsables politiques européens et belges.

C’est étrange comme un aspect semble échapper à cette lecture strictement juridique : la politique c’est avant tout un récit, un discours, une rhétorique, des mots.

Le récit de Trump est très clair.

Très brièvement, rappelons sa logique.

Réparer le passé

D’abord l’énonciation d’une agression : selon lui, les musulmans constituent le Cheval de Troie qui envahit les Etats-Unis. La victimisation est au cœur de son récit ( victime du « système », des médias, des immigrés, des réfugiés, etc.). Cette victimisation mise en scène habilement par un marketing de la peur conduit à vouloir rétablir la dignité du groupe victime. Il faut réparer l’histoire collective. Retourner à un passé où « nous » étions entre nous, avant la souillure par « eux », les autres. Le fantasme de la pureté identitaire.

Cette réparation va appeler un profond et vigoureux nettoyage. Donc affirmer clairement son identité par rapport à ceux qui sont désormais appelés les « ennemis de la nation ». Progressivement, s’installe dans les représentations sociales deux blocs identitaires purs : « eux » et « nous ». C’est-à-dire une exaltation de la mono-appartenance, de la mono-identité. La peur devient ainsi rationnelle et elle légitime la violence (à cet égard le rapprochement entre le décret de Trump et la fusillade dans une mosquée à Québec montre que petit à petit il y a un degré élevé d’acceptation de la violence contre le groupe « bourreau »). Trump affirme d’ailleurs qu’il est partisan de la torture. Les tenants de ce groupe « bourreau » seront stigmatisés, enfermés dans une case mentale, assignés à leur origine nationale-religieuse. C’est une conception essentialiste de l’identité.

Comme dit Amin Maalouf, « lorsque nous en sommes à des perceptions les uns des autres à travers la mono-identité, nous approchons des identités meurtrières ».

Oui, au-delà des questions juridiques, il y a des mots qui façonnent les représentations.

C’est le discours qui crée le réel !

Décret anti-immigration: Trump bâtit le nouveau désordre mondial

Rappelons que lorsque Hitler arrive au pouvoir en 1933 (par des élections), il développe une propagande antisémite violente. Ces mots pénètrent dans les esprits et élèvent progressivement le niveau d’acceptation de la violence. Ce n’est que 5 ans plus tard, en 1938 que le premier pogrom important se déroule : la Nuit de Cristal.

Déconstruire les discours

Plus que jamais, face aux récits des populistes identitaires comme Trump, Le Pen, etc. il est indispensable non seulement de déconstruire leurs discours, de montrer les risques qu’ils comportent mais aussi de construire un autre discours et pas uniquement des arguments juridiques.

Le travail culturel et idéologique est essentiel. Citons encore Amin Maalouf : « c’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, c’est aussi notre regard qui peut les libérer ». Il n’ y a pas de fatalité. Un espoir est possible. Il viendra de la culture, d’un contre discours qui réenchante la vie et les combats. Qui donne une vision. Mais il est tard.

Pendant que nos décideurs politiques s’occupent de Publifin ou du Kazakhgate, les orages arrivent.

Plus le temps passe… plus les représentations de soi et des autres se figent.

Einstein avait évidemment raison lorsqu’il affirmait : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ».

Donald Trump, fossoyeur du rêve américain?

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

1 Commentaire

  • Posté par CARION JEAN, mercredi 1 février 2017, 18:30

    les ancêtres de Donald Trump étaient aussi des immigrés à l'époque des "amérindiens"..........ils semblent ou l'ignorer ou, pire, l'oublier.

Sur le même sujet

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une