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La pire prison de Belgique enfin rénovée

Le bourgmestre de Forest menaçait il y a quelques mois de fermer la maison d’arrêt insalubre. Une aile entière a été fermée, une annexe réaménagée.

Reportage - Journaliste au service Enquêtes Temps de lecture: 4 min

Fait rare, mercredi, quelques médias ont été invités à faire un tour en prison. Et pas n’importe laquelle : Forest, le pire du pire, de ce que le Royaume a à offrir en matière carcérale. « Pour une fois qu’on a l’occasion de dire quelque chose de positif sur la prison de Forest, il fallait marquer le coup ! »

C’est que le bourgmestre Marc-Jean Ghyssels peut savourer. Le coup de colère du printemps dernier et la menace de fermer l’ensemble de la prison bruxelloise, devenue complètement insalubre, a payé. Non seulement le ministre de la Justice s’est engagé à une série de travaux, mais il a tenu ses promesses.

La prison de Forest se divise à l’origine en quatre ailes. Une première avait déjà été fermée pour des raisons de sécurité. L’aile C, dite « psychiatrique », a été à son tour condamnée, tandis qu’une annexe, rebaptisée « new C », a été réaménagée pour accueillir 80 détenus. Au final, la prison compte désormais 180 places – et à peu près autant de prisonnier. A titre de comparaison, en avril 2012, il y avait une capacité de 405 places… pour 740 détenus.

La prison de Forest bientôt réduite de 344 à 180 détenus

« Pas le club Med »

« Les ailes C et D présentaient des problèmes d’insalubrité majeurs : l’eau s’infiltrait des toits, les sols commençaient à s’effondrer, explique Jurgen Van Poecke, le directeur des prisons de Bruxelles. Les trois ailes encore opérationnelles, en revanche, sont stables. » De quoi tenir a priori jusqu’à la construction de la grande prison de Haren qui remplacera les trois établissements bruxellois (Forest, Saint-Gilles et la prison pour femmes de Berkendael). Concrètement, le minimum nécessaire à la sécurité des détenus a été (enfin) effectué : aménagement d’un accès pour les pompiers, revêtement antifeu des toits plats, mises aux normes électriques… Et pour les ailes A et B, un bon coup de frais et l’aménagement de cuisines et salles de fitness améliorent les conditions de vie des détenus. « On a rénové avec les moyens du bord, mais soyons clairs : on ne dit pas que c’est le club Med. »

De fait.

Le coup de peinture n’a pas rebouché l’énorme trou dans le mur de la cellule de Sala, dans l’aile B. Mais carton et papier collant ont fait l’affaire. « Comme ça, les rats ne rentrent plus. Par contre, les souris, c’est une autre histoire. » Des invités nocturnes qu’on entend grignoter dans les coins, détaille son voisin Eddy. Lui a dû colmater sa fenêtre avec des sacs plastique – « courants d’air ». Le coup de peinture ne fait pas non plus oublier l’absence de toilette et de lavabo en cellule.

Les condamnés près de leur famille

Mais au-delà des aménagements réalisés, la véritable mue de Forest tient à son passage de maison d’arrêt à maison de peine. Jusqu’à présent, les murs abritaient des prisonniers en détention préventive. Il s’agissait de gérer une logistique complexe pour les agents : le turnover, les rendez-vous avec les avocats, les passages au tribunal, les transferts. Désormais – et pour la première fois à Bruxelles –, Forest accueille une population condamnée. « La réinsertion a aussi une dimension géographique : c’est important que des détenus puisse purger leur peine près de leurs familles », assure Jurgen Van Poecke

Prison: «Le silence de la Région n’est plus acceptable»

En acceptant de cohabiter avec les rongeurs et le pot de chambre, les détenus ont gagné la quasi garantie d’avoir du travail – 85 cents de l’heure pour les travaux domestiques, un peu plus pour ceux à la production – et surtout l’accès à un régime plus libre. Les portes des cellules sont désormais ouvertes toute la journée, laissant les détenus circuler librement. Une petite révolution.

Pour les détenus, mais peut-être encore davantage pour les agents pénitentiaires, qui voient leur tâches bouleversées. « Avec les cellules ouvertes, les détenus sont beaucoup plus difficiles à contrôler, détaille un agent. Ils sont plus francs avec nous, parce qu’ils ne risquent plus de voir leur peine aggravée à cause de leur comportement. Et puis, il y a les permissions de sortie qui permettent de faire passer de la drogue… Tout cela demande une autre approche et ce n’est pas simple pour certains de s’adapter, surtout pour les collègues qui ne connaissent que le régime fermé depuis des années. »

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1 Commentaire

  • Posté par bsotd bsotd, jeudi 2 février 2017, 12:29

    Quand je penses qu'il y a des démunis en Belgique moins bien lotis.

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