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Pour un retour aux «fondamentaux» du socialisme

Ce n’est qu’en repoussant la tentation du néolibéralisme que les élus socialistes pourront renouer avec les idéaux si chers à Jean Jaurès.

Temps de lecture: 3 min

L’affaire Publifin tombe au plus mauvais moment pour le parti socialiste. En effet, ce scandale a éclaté au moment où s’achèvent les Chantiers des idées, ces rencontres avec les militants qui étaient destinées à revivifier le message socialiste.

A première vue, la rénovation paraît compromise par l’image désastreuse que produisent les comportements de quelques mandataires. Certes, tous ne sont pas socialistes et, « l’arbre ne doit pas cacher la forêt », le PS rassemble des militants qui sont intègres, généreux et idéalistes. Mais s’agissant des responsables incriminés qui portent cette étiquette, l’insulte faite valeurs du socialisme – égalité, justice, fraternité, solidarité, défense des défavorisés – suscite une indignation qui tonne comme une déflagration.

La crise n’est toutefois pas que négative. Elle peut conduire à un sursaut salutaire, pour autant que la lucidité et le courage s’allient. Prendre la mesure de l’indignation doit conduire à s’interroger sur l’origine de ces dérives. Il faut aller au plus profond pour viser juste.

Bien que les socialistes puissent être fiers des combats qu’ils ont menés deux siècles durant, il faut bien admettre que, durant les trente dernières années, certains d’entre eux, et non des moindres (Blair, Schröder…), ont cédé aux sirènes du néolibéralisme. Ces convertis n’ont pas seulement adhéré à la vision économique de cette idéologie, ils ont aussi succombé à l’individualisme qui fonde le libéralisme. Rappelons l’expression choc de Margaret Thatcher : « la société n’existe pas, il n’y a que des individus ». Cette vision ultralibérale de la condition humaine a affecté le « logiciel » de la social-démocratie, autrement dit son programme, son identité, et même osons-le dire, son « âme ». N’est-ce pas dans cette conversion que réside l’origine de la crise qui frappe le mouvement socialiste en Europe : en quel homme, en quelle société, les socialistes croient-ils quand ils prétendent associer la solidarité avec l’individualisme libéral ?

Les précurseurs du socialisme au XIXe siècle, parmi lesquels se détache la figure de Jean Jaurès, s’opposaient à la vision individualiste qui dominait le capitalisme depuis ses origines. La vision de l’homme comme pur individu a resurgi dans les années 1970 avec le néolibéralisme, qu’il faudrait plutôt appeler « l’ultralibéralisme ». L’idéologie ultralibérale s’avère d’autant plus perverse que ses fondements anthropologiques sont faux : l’être humain n’est pas d’abord un individu qui n’existe que par lui-même et pour lui-même. Depuis le XIXe siècle, les progrès des sciences humaines ont confirmé la justesse de l’intuition des précurseurs du socialisme. Le mot « socialisme », inventé par Pierre Leroux (1797-1871), traduit en toutes lettres l’intuition de ces précurseurs : l’homme est un être social, il s’humanise à travers la relation aux autres. L’éthique socialiste repose sur la reconnaissance de la singularité et de l’égale dignité de chacun. Celle-ci porte l’exigence de l’égalité réelle pour tous. Un « individualisme socialiste » constitue non seulement une contradiction dans les termes, c’est une imposture.

La solidarité et la fraternité ne vont pas à l’opposé de la liberté. Au contraire, elles nous libèrent. Comme l’affirmait Bakounine : « je ne suis libre que si tous les autres sont libres ». La devise de la République française recevrait encore davantage de sens si elle était écrite en sens inverse : « Fraternité, Egalité, Liberté ».

Dans ces temps difficiles, les socialistes doivent choisir. Ou bien s’aligner sur l’individualisme et s’affirmer comme des « libéraux-sociaux », au risque de passer pour la malsonnante remorque du capitalisme libéral. Ou bien repousser le « désordre moral » de l’individualisme, en renouant avec les « fondamentaux » de l’humanisme socialiste, tels que Jean Jaurès les a affirmés et vécus, avec lucidité et courage, jusqu’au sacrifice de sa vie.

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2 Commentaires

  • Posté par Bernard Delpierre, dimanche 12 février 2017, 15:54

    Tant le contenu de l'article que le hérault du socialisme Hamon éludent la pierre d'achoppement qu'est le niveau de la dette publique actuelle et actualisée, (croissance exponentielle des pensions) qui est aussi la suite du social libéralisme qu'ils poufendent allègrement...De plus, peut-on raisonnablement peindre notre société du vernis de l'ultra libéralisme quand la puissance publique prélève plus de 50% du PIB et en dépense encore davantage...

  • Posté par De Bilde Jacques, mardi 7 février 2017, 8:52

    Revenir aux fondamentaux, certes, mais dans une perspective nouvelle, un nouveau projet porteur de sens. Benoît Hamon, par exemple, est le seul à lier temps de travail et nouvelles technologies. Voilà une nouvelle persepective. André Gorz, le dit si bien : "Il faut bâtir la civilisation du temps libéré". Autre approche nouvelle encore une fois de Benoît Hamon la remise en cause du concept de la croissance à tout crin. Il plaide en faveur d'un nouveau modèle de développement plus "respectueux de l'Homme et des biens communs". Voilà au moins deux thématiques qui pourraient être la colonne vertébrale d'un programme réellement progressiste.

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