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Le logement social wallon réclame une hausse des loyers

Les sociétés publiques sont confrontées à un déficit de financement structurel qui les empêche de répondre aux défis qu’elles rencontrent. Le ministre Furlan va proposer sa réforme. Le secteur craint de ne pas être entendu.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Portée par Paul Furlan (PS), la réforme du secteur du logement public figure à l’ordre du jour du gouvernement wallon de ce jeudi. Mais le plan ne sera pas adopté comme tel, quelques points sensibles doivent encore être tranchés. Du côté des sociétés de logement, on avait prédit le report de la décision. Il faut dire qu’à la veille de l’échéance, le secteur s’est exprimé de manière spectaculaire en regrettant de ne pas avoir été entendu dans ses revendications essentielles.

En septembre et en décembre 2014, le ministre du Logement avait confié ses ambitions au Soir  : « Il faut simplifier le modèle actuel pour le rendre plus performant et le mettre en phase avec les besoins (…) L’action des sociétés publiques est trop figée. Elles ne sont que les bouliers-compteurs de points pour l’attribution de maisons ou d’appartements (…). Si elles deviennent des outils de promotion immobilière, elles généreront des rentrées financières qui seront affectées à la construction et l’entretien des logements sociaux et moyens. »

L’analyse ministérielle est globalement partagée par les acteurs de terrain. Mais elle ne suffit pas à leurs yeux à rencontrer la gravité de la situation : un déficit de financement structurel estimé à 140 millions d’euros par an, soit 1.391 euros par logement social. Ce chiffre peut être contesté, la situation comptable de nombreuses sociétés n’est pas dans le rouge.« S’il en est ainsi, c’est parce que celles-ci freinent la rénovation des logements ou en mettent d’autres en vente pour faire face à leurs difficultés. En réalité, elles ne sont plus en mesure de remplir leurs missions », explique Bénédicte Poll, administratrice aux Jardins de Wallonie à Seneffe.

Loyers plafonnés

A l’appui du cri d’alarme qu’elles lancent aujourd’hui, les 64 sociétés wallonnes de logement public proposent d’autres données : le déficit mensuel par logement, une fois que sont calculés l’ensemble des coûts au départ d’un loyer wallon moyen qui est de 244 euros. On arrive à un montant négatif de 288 euros pour un logement neuf, 107 euros pour un logement rénové et 99 euros encore pour un logement qui n’a bénéficié d’aucune rénovation. « Intenable ! », dit le secteur, qui se mobilise à travers l’Union des villes et communes.

Pour les sociétés de logement, une embellie ne peut s’envisager que par un refinancement fondamental de la politique du logement en Wallonie, où 35.000 candidats sont en attente d’une habitation sociale. Mais la situation budgétaire de la Région n’incite guère à l’optimisme. Dès lors, deux propositions sont avancées, qui risquent de faire pas mal de bruit. Elles ont pour objectif de générer de nouvelles recettes (26 millions d’euros par an) à travers une réforme du calcul des loyers.

Première demande : la révision à la hausse du plafond des loyers qui grève à lui seul les trésoreries de 35 millions par an. Il est actuellement de 20 % des revenus, il s’agirait de le porter à 25 %. Deuxième demande : généraliser un nouveau calcul (à la hausse) des loyers à l’ensemble des locataires et pas seulement aux nouveaux venus, « au risque de créer une discrimination », souligne Bénédicte Poll. Deux mesures fortes qui ne correspondent pas à ce stade aux intentions affichées par le ministre Furlan.

Logement social: «la détresse des directeurs-gérants»

Temps de lecture: 3 min

Olivier Dechenne n’a pas le moral : « Il faut parler de la grande détresse des directeurs-gérants des sociétés de logement public ». Lui-même occupe cette fonction auprès de « Centr’Habitat », l’ancien Foyer louviérois, qui gère 5.419 logements sociaux à La Louvière et dans les communes avoisinantes.

Détresse ? Avec d’autres, Olivier Dechenne a beaucoup travaillé pour bâtir un nouvel avenir au logement social wallon. Il a effectué des simulations, formulé des propositions dont celle dont il est question aujourd’hui : travailler sur le calcul des loyers.

« Cette réforme est attendue par le secteur depuis dix ans, insiste-t-il. Et au train où vont les choses, on file à nouveau vers un report. Aujourd’hui, le premier appartement disponible va toujours au premier sur la liste d’attente, c’est artificiel. Il faudrait fixer les loyers en se référant aux caractéristiques du logement, faire preuve de davantage de souplesse et rééquilibrer la part des coûts prise en charge par les locataires, dans de justes proportions bien sûr. »

Olivier Dechenne, directeur à La Louvière.
Olivier Dechenne, directeur à La Louvière. - D.R.

Le Louviérois multiplierait les exemples à l’infini. Suivons-le jusqu’à cet immeuble à appartements de la Cité du Bocage, dans sa ville. La façade est coquette, avec des touches de couleurs. Mais l’essentiel est invisible : 50.000 euros viennent d’être investis pour donner à l’endroit les caractéristiques d’un bâtiment « basse énergie ».

« Si l’on se réfère à l’ensemble de notre patrimoine, un appartement pour une personne seule, ici, devrait se louer 384 euros par mois et un autre de deux chambres autour de 506 euros, explique Olivier Dechenne. Je pourrais pourtant vous présenter un bénéficiaire du revenu d’insertion qui paye 160 euros de loyer et un couple qui ne débourse que 236 euros mensuels. »

Le constat est simple : le fossé entre la réalité des coûts et la contribution effective des locataires est abyssal. « En plaidant pour de nouvelles méthodes de calcul des loyers, notre intention n’est pas d’aller chercher de l’argent dans les poches d’un public défavorisé, souligne le directeur-gérant. Les hausses seraient d’une vingtaine d’euros, ce qui semble supportable. C’est une question d’équilibre à l’égard des 35.000 familles sur liste d’attente. A La Louvière, elles ne trouvent pas de logement dans le privé à moins de 600 euros. Mais surtout, l’effort demandé ne pourrait s’envisager qu’à l’occasion d’un refinancement structurel du secteur par le gouvernement. »

Pour cet homme de terrain, les conséquences de cette crise du logement social sont dramatiques : « Faute de moyens, les sociétés renoncent à rénover leur patrimoine, qui se détériore au détriment des locataires. Les travaux sont reportés au grand regret des architectes ou des entreprises de construction. Parfois, les sociétés sont obligées d’envisager des ventes de biens pour soulager leur trésorerie. »

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