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Bruxelles-National, un «city airport» durable?

Avec un trafic intense en journée et des vols de nuit fréquents au-dessus du centre de Bruxelles, il est légitime d’affirmer que des emplois et des voyages sont aujourd’hui subsidiés par la santé des résidents de Bruxelles et de sa périphérie, affirme l’auteur.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

La localisation de notre aéroport national est moins difficile à expliquer qu’à justifier. Tout a commencé pendant la Première Guerre mondiale avec un entrepôt pour zeppelins à Haren. En 1919, il est transformé en une aérogare, où la Sabena est créée quatre ans plus tard. Pendant la Seconde Guerre, les Allemands construisent juste à côté, à Melsbroek, un aéroport militaire, qui sert aussi d’aéroport civil à partir de 1947, jusqu’à ce qu’une dizaine d’années plus tard, on construise de l’autre côté des pistes, sur le territoire de Zaventem, ce qui est aujourd’hui Bruxelles-National. Pas génial, de l’avis général. Pas seulement en raison de la proximité d’une agglomération en expansion rapide, mais aussi en raison du fait que les vents dominants viennent de l’Ouest et forcent ainsi la plupart des avions à décoller dans la direction de zones urbaines densément peuplées.

Au fil des décennies, le trafic aérien s’est intensifié. Sans surprise, les riverains affectés par les nuisances sonores qu’ils génèrent se sont mis à protester. Comme c’est généralement le cas dans ce genre de circonstances, les comités de riverains se sont montrés principalement soucieux de diminuer le bruit affectant leur propre quartier, invoquant à cette fin, en fonction de leurs intérêts, l’un au moins des principes suivants : soyons équitables et dispersons les vols aussi également que les contraintes techniques le permettent ; minimisons la somme des nuisances et des risques en concentrant les vols sur les zones les moins peuplées ; soyons justes et répartissons les nuisances en fonction du lieu de résidence des personnes à qui l’aéroport fournit un emploi (environ 72 % en Flandre, 15 % à Bruxelles, 12 % en Wallonie) ; ne changeons surtout rien du tout, l’ajustement du prix d’achat des logements et du niveau des loyers fournissant déjà une juste compensation en fonction du degré auquel chaque quartier est affecté.

Droit au sommeil

Au-delà de ces tentatives de refiler le problème aux voisins, il est urgent de s’attaquer au problème général. Avec un trafic intense de 6h à 23h et des vols de nuit fréquents au-dessus du centre de Bruxelles, il est légitime d’affirmer que des emplois et des voyages sont aujourd’hui subsidiés par la santé des résidents de Bruxelles et de sa périphérie.

Que faut-il faire ? Certains formulent encore parfois l’espoir de relocaliser l’aéroport dans un endroit moins mal choisi. Ceci ne se produira jamais. Le très onéreux tunnel permettant désormais une connexion ferroviaire directe entre le Quartier européen et l’aéroport n’est que le dernier des lourds investissements tant publics que privés dans la localisation actuelle. De plus, où trouver, pas trop loin de Bruxelles, la municipalité qui accueillera avec quelque enthousiasme l’installation d’un nouvel aéroport ? Brussels Airport, par conséquent, devra rester un city airport. Mais il est grand temps de prendre des mesures qui rendent ce choix viable, à commencer par la mise en œuvre du droit à huit heures de sommeil et la suppression des vols de nuit au-dessus de la ville.

Il y a des exemples à suivre pas très loin de chez nous. Prenez London City Airport, récemment acquis par le même propriétaire que Brussels Airport – un fonds de pension canadien – et situé lui aussi à 11 km à l’est du centre urbain. Mais il y a des différences importantes. D’abord, London City Airport n’est fréquenté que par 4 millions de passagers par an, comparé à plus de 20 millions pour Brussels Airport. Ensuite, il respecte la nuit de huit heures (de 22h30 à 6h30), tout en interrompant les vols entre le samedi midi et le dimanche midi. Pourquoi Brussels Airport n’emboîte-t-il pas le pas ? Si cela signifie qu’il devra se passer des charters et des cargos, qu’il en soit ainsi. Les aéroports de Bierset et de Gosselies ne seront pas mécontents de prendre la relève. Et si Ostende et Anvers veulent leur part, ils sont également les bienvenus.

Ceci devrait réduire le volume total des nuisances, en particulier aux plus mauvaises heures. Quid de la répartition géographique du volume restant ? Equité et efficacité peuvent en principe être réconciliés si les vols sont concentrés sur les zones les moins densément peuplées et si des compensations adéquates sont payées à leurs résidents actuels. Lors de l’expansion de l’aéroport de Bierset, des centaines de millions ont financé l’expropriation ou l’isolation acoustique des logements affectés.

Un atout précieux

A qui incomberait le coût d’une telle compensation ? De toute évidence à ceux qui causent les nuisances, c’est-à-dire ultimement à nous tous dans la mesure où nous prenons l’avion et/ou consommons des biens transportés par avion. Contrairement à ce que l’expression pourrait suggérer, les « taxes d’aéroport » n’ont rien à voir avec cela : ce ne sont que des redevances payées par les compagnies aériennes aux aéroports pour les services que ceux-ci leur rendent. Contrairement à ce qu’une logique économique élémentaire recommande, rien n’est actuellement fait pour imputer à l’aéroport, aux compagnies aériennes et ultimement à leurs clients le vrai coût de l’utilisation de l’aéroport, y compris le coût infligé aux riverains sous la forme des nuisances causées.

Un aéroport urbain accessible en un quart d’heure du cœur du Quartier européen peut être un atout précieux et durable pour la capitale de l’Union européenne. Mais il le sera seulement si les autorités compétentes ont l’intelligence et le courage d’en calibrer l’activité de manière à ne pas sacrifier le plaisir de vivre dans la ville et sa périphérie à l’appétit de lucre à court terme des propriétaires privés de l’aéroport.

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1 Commentaire

  • Posté par Vigneron Gérard, vendredi 17 février 2017, 14:28

    Bonne vision globale du problème que représente cet aéroport!

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