Accueil Opinions Cartes blanches

Le calvaire des enfants de Mossoul doit nous interpeller

Des centaines de milliers d’enfants sont pris au piège à Mossoul. Pendant ce temps, la Belgique ne respecte toujours pas ses engagements en termes d’accueil des réfugiés dans la foulée de l’accord européen de répartition de septembre 2015.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Trois cent cinquante mille enfants sont aujourd’hui pris au piège de la reconquête de Mossoul où ils ont à souffrir des bombardements, des combats et de la faim, selon l’ONG britannique « Save the Children ». Il ne fait pas de doute que ce nouvel épisode violent provoquera bientôt un nouvel exode qui viendra compliquer encore la situation déjà très tendue, et c’est un euphémisme, aux frontières de l’Europe.

C’est que les « hot-spots », installés en urgence aux frontières grecques et italiennes débordent, depuis de trop longs mois, de candidats à l’asile. Après s’être trop longtemps illustrée par sa lenteur, ses divisions internes et son incapacité à adopter rapidement des solutions efficaces, l’Union européenne a adopté, en septembre 2015, un mécanisme obligatoire de répartition exceptionnelle des demandes de protection internationale.

Un bilan insuffisant

Plus d’un an et demi après la mise en place de ce dispositif « d’urgence » visant à relocaliser, à travers toute l’Europe, les demandeurs d’asile bloqués dans le premier pays d’arrivée au sein de l’Union européenne, le bilan s’avère dérisoire et largement insuffisant. Conçu initialement pour venir en aide à 160.000 demandeurs d’asile, on ne comptabilisait, en janvier 2017, que 10.000 d’entre eux effectivement transférés de Grèce ou d’Italie vers d’autres pays européens, soit moins de 10 % !

Une mise en place, rapide et coordonnée de ce dispositif, aurait sans doute permis d’alléger l’insupportable pression sur les pays d’arrivée mais, surtout, de soulager les énormes souffrances des demandeurs d’asile. Le partage de la responsabilité avait pourtant été établi pour chaque pays de manière équitable et raisonnable, selon une clé de répartition calculée à partir de critères objectifs dont la taille de la population, le PIB, le taux de chômage, le nombre de demandes d’asile déjà en cours, etc.

Une génération perdue

D’innombrables familles et enfants sont ainsi condamnés à survivre durant de très longs mois, dans des conditions de vie détestables, indignes et que l’on espérait définitivement révolues en Europe. Des milliers de mineurs isolés sont également directement concernés par cette tragédie : livrés à eux-mêmes, ne bénéficiant d’aucune protection particulière, livrés à la drogue, à des réseaux de passeurs et de prostitution, ils incarnent une génération perdue, coincée dans un « no man’s land » incapable d’avancer ou de reculer…

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), dont sont signataires l’ensemble des pays de l’Union, stipule pourtant, en son article 22, que « Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié (…), qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues (…) ». On ne rappellera jamais assez que la ratification d’une convention internationale implique à la fois le respect scrupuleux des différents engagements sur le territoire de chaque Etat, mais également un engagement solidaire de toutes les parties à l’accomplissement de son objet. Ainsi, lorsqu’un pays signataire est confronté à une difficulté qui l’empêche de respecter ses engagements (conflit armé, catastrophe naturelle, etc.) il est tenu de faire appel à l’aide des autres Etats parties. Ne pas le faire est une faute. Ne pas y répondre est une faute aussi.

Indifférence et hors-la-loi

Loin de se distinguer dans cette doctrine, la Belgique s’illustre par un bilan particulièrement médiocre. En janvier de cette année, notre pays n’avait accueilli que 206 demandeurs d’asile depuis la Grèce et l’Italie sur les 3.812 prévus. La Belgique traîne donc la patte, très en dessous de la moyenne européenne. Elle n’a pourtant cessé de fermer des milliers des places d’accueil qui auraient pu permettre de respecter nos engagements. Et offrir à des familles et des enfants durement éprouvés, une occasion réelle de sortir de la tragédie dans laquelle ils sont plongés pour se réinventer une vie dans la paix, la sécurité et la dignité. Quant à l’excuse régulièrement avancée par le Gouvernement, liée à la lenteur des autorités grecques et italiennes à présenter des dossiers complets, elle ne tient plus désormais : rien qu’en Grèce on sait que plusieurs milliers de dossiers complets sont en attente et la preuve est apportée par de nombreux pays qui acceptent de jouer le jeu (France, Finlande, Portugal, Allemagne, etc.) qu’il est possible de remplir nos engagements.

A l’inverse, plusieurs pays, pourtant signataires de la CIDE, se moquent de la misère dans laquelle sont laissés des dizaines de milliers de demandeurs parmi lesquels on compte de très nombreux enfants. La Slovaquie, la Hongrie, la Pologne se comportent comme de véritables hors-la-loi et refusent d’appliquer l’accord de septembre 2015.

La montée inquiétante des populismes dans toute l’Europe se construit tristement sur le rejet et la haine des réfugiés. Notre pays ne peut plus maintenir une position neutre sur la question. La Belgique doit refuser et dénoncer l’attitude arrogante et déloyale des pays qui souhaitent détricoter l’accord provisoire et rejoindre de manière déterminée le clan des pays qui font preuve de solidarité et de responsabilité collective. Face à l’ampleur des drames qui se jouent désormais à nos portes, l’intérêt supérieur de milliers d’enfants ne peut être rencontré qu’à travers l’engagement solidaire des responsables politiques de l’ensemble des pays membres de l’Union européenne. Dont la Belgique, qui abrite les institutions européennes et devrait adopter une attitude exemplaire.

Il revient aux citoyens de leur rappeler qu’en agissant de la sorte, elles agissent en leur nom. Ils étaient 160.000 samedi dans les rues de Barcelone à réclamer l’application d’un accord humain et raisonnable en faveur des réfugiés. D’une manière ou d’une autre, il est urgent de dire que nous souhaitons, à tout le moins, le respect de nos engagements. Au nom des droits de l’enfant et de la Convention qui les protège, je souhaite que le gouvernement s’engage formellement, dans les plus brefs délais, sur un objectif ambitieux, clair et chiffré, pour les prochains mois.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs