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Politique urbaine: bilan mitigé des contrats de quartier

Depuis les années 1990, les autorités ont déployé d’importants dispositifs pour améliorer la cohabitation entre jeunes et populations vulnérables. Mais quel en est le bilan, 25 ans plus tard ?

Temps de lecture: 3 min

En 1991, deux événements majeurs vont secouer la population belge et, en particulier, bruxelloise : ce qu’on a appelé les émeutes de Forest et la montée de l’extrême-droite lors des élections. « Dans les quartiers populaires, ce vote a été interprété par certains comme l’expression d’un désarroi à l’égard de la petite délinquance urbaine » , explique Christine Schaut, chercheuse du Centre CLARA de l’ULB. Faisant des quartiers populaires à la fois le problème et la solution, les autorités publiques mettent alors en œuvre différents dispositifs d’action publique, comme les contrats de quartier et les contrats de sécurité, auxquels s’est intéressée plus particulièrement la chercheuse. « Je voulais analyser comment ils étaient implémentés et fonctionnaient avec les publics-cibles, à savoir les jeunes, souvent jugés menaçants et les personnes dites vulnérables ou menacées », précise-t-elle.

De ses nombreuses années d’observation, Christine Schaut tire un élément interpellant. « Globalement, les quartiers visés à l’origine par les contrats de sécurité sont aujourd’hui ceux-là mêmes concernés par la lutte contre la radicalisation. Durant ces années et si on s’en tient aux chiffres de fragilité socio-économique, on n’a pas assisté à un changement profond des conditions d’existence. Mais les autorités en avaient-elles l’ambition ? », se demande-t-elle. Si les discours ont évoqué un objectif de mise à l’emploi, ils ont surtout insisté sur le traitement de l’insécurité liée à une cohabitation locale jugée difficile. «Dans ce contexte, de nombreux acteurs de terrain ont mené un travail préventif autour de la vulnérabilité, notamment des personnes âgées, mais également avec des jeunes. Il s’agissait de les ôter des espaces publics ». De leur côté, des politiques d’aménagement du territoire ont contribué à transformer ceux-ci en en faisant un outil de convivialité, voire de pacification, elles ont concouru à délégitimer certains de leurs usages et de leurs usagers, tout en améliorant le cadre de vie local et son image, poursuivant aussi un objectif d’attractivité.

Christine Schaut, Centre des laboratoires associés pour la recherche en architecture (CLARA), ULB
Christine Schaut, Centre des laboratoires associés pour la recherche en architecture (CLARA), ULB

Pour Christine Schaut, s’il faut débattre de la légitimité des objectifs poursuivis, il convient également de s’intéresser à l’efficacité de ces politiques publiques. « On assiste à un empilement des dispositifs générant des coûts de coordination importants, et plus encore avec les nouvelles actions visant à lutter contre la radicalisation. De nombreux acteurs aux pouvoirs fortement inégaux et aux objectifs parfois différents sont ainsi amenés à se coordonner et à collaborer, ce qui peut créer des tensions et mettre à mal les méthodes de travail des intervenants sociaux », estime la chercheuse. De la même manière, l’injonction à la mixité sociale, genrée, et, dans les faits, culturelle aux activités associatives exacerbe les tensions et les incompréhensions.

Il faut arrêter de voir les quartiers populaires en termes de manques

Quant aux bénéficiaires de ces politiques, ils constituent souvent et paradoxalement l’angle mort des politiques urbaines. « On parle plus d’eux qu’on ne demande leur avis. Ils se sentent à la fois reconnus et soutenus par des intervenants sociaux dans des projets, ont l’impression que l’on s’intéresse à eux mais revendiquent tout autant le droit à l’indifférence. Ils évoquent aussi la crainte de la stigmatisation avec laquelle ils jouent parfois, souvent à leur désavantage : ils ne vont pas hésiter à endosser le rôle qu’on attend d’eux pour obtenir davantage ou attirer l’attention », note la chercheuse. Suite à ce bilan mitigé, Christine Schaut et d’autres chercheurs proposent de changer de perspective. «Il faut arrêter de voir les quartiers populaires en termes de manques, mais plutôt en termes de ressources », conclut-elle.

 

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