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Politique de cohésion sociale: l’expérience d’Ensemble pour 1060

Multiculturelle, Saint-Gilles a mis en place une politique de cohésion sociale depuis 25 ans. Regard du terrain avec Myriem Amrani, coordinatrice locale de cohésion sociale à Ensemble pour 1060 !.

Temps de lecture: 3 min

Près de 60.000 habitants, pas loin de 140 nationalités différentes, Saint-Gilles est une commune métissée à l’évidence et depuis des décennies : migrants grecs d’abord, portugais, espagnols, marocains et depuis les années 2000, sud-américains ou encore français, notamment… « Saint-Gilles a toujours été une commune d’accueil, la gare proche, le canal voisin l’expliquent en partie. Les migrants y arrivent ; puis lorsqu’ils vont mieux, lorsqu’ils maitrisent le français, lorsqu’ils ont trouvé un travail, ils ont tendance à partir ; d’autant qu’ici, les maisons coûtent cher désormais », observe Myriem Amrani, coordinatrice locale de cohésion sociale à Ensemble pour 1060 !.

Et malgré ce brassage continu, le vivre-ensemble ne semble pas poser de problème dans la commune.« C’est le résultat d’une politique de 25 ans de cohésion sociale centrée à la fois sur les enjeux de l’intégration sociale (obtenir un titre de séjour, un logement, un emploi, etc.) et sur les enjeux de la reconnaissance mutuelle. Les habitants se sentent reconnus dans leurs spécificités culturelles tout en adhérant à une communauté locale qui dépasse ces spécificités. C’est essentiel si on veut éviter le repli ou l’entre-soi », explique la coordinatrice.

Ensemble pour 1060 ! épaule une trentaine d’associations. Chaque année, elles organisent plusieurs événements fédérateurs : le carnaval, la fête du quartier Bethléem ou encore le parcours diversité. « Ce qui crée de la cohésion sociale, c’est de vivre et de réaliser ensemble ; les discours ne suffisent pas, il faut des actions, des rencontres, des projets communs », poursuit-elle, « Et il faut du temps. Prenons l’exemple de notre café-couture. Il est né à l’initiative de quelques femmes qui sont venues nous proposer de se réunir pour coudre ensemble. Petit à petit, elles ont montré leurs réalisations dans les fêtes de quartiers ; d’autres personnes se sont intéressées et ont créé leur activité ; puis, progressivement, les groupes commencent à se rencontrer… ».

On pense souvent le migrant comme quelqu’un à aider mais c’est également quelqu’un qui à moyen terme, peut renvoyer l’ascenseur

Le temps aussi a permis à des migrants d’hier de devenir aujourd’hui des acteurs d’intégration. « On pense souvent le migrant comme quelqu’un à aider mais c’est également quelqu’un qui à moyen terme, peut renvoyer l’ascenseur et s’investir à son tour dans l’accueil de nouveaux migrants », insiste la coordinatrice, «Les associations s’adaptent, elles aussi, à de nouvelles réalités, à de nouvelles populations tout en gardant leur identité, liée leur histoire. Désormais, le Centre hellénique accueille des Syriens ou des Irakiens dans ses cours d’alphabétisation ; l’asbl Hispano-Belga compte des Marocains qui ont séjourné en Espagne et partagent avec eux la langue ; l’Association de parents saint-gilloise initiée par des Marocains accompagne tous les parents qui le souhaitent ; le Service social juif créé au lendemain de la IIe Guerre apporte aujourd’hui son aide à des populations non-juives, etc. Les exemples d’ouverture et de mixité sont nombreux dans l’associatif ».

Si le tableau semble idyllique, Myriem Amrani avoue toutefois aussi sa fragilité. «Nos publics sont précarisés : sans emploi, sans logement, avec des revenus insuffisants, etc. et au niveau local, nous ne pouvons guère agir sur ces difficultés. Le milieu associatif est, lui aussi, précarisé : il manque de locaux pour ses initiatives, il manque de places pour des activités essentielles comme l’alphabétisation ou le soutien scolaire, etc. Un autre souci majeur est la stigmatisation : les jeunes musulmans étaient déjà contrôlés par la police ; depuis les attentats, ils le sont encore plus. Alors d’un côté, on promeut un discours Vous êtes Saint-Gillois et on mène des actions de quartiers et de l’autre, sous prétexte de politique sécuritaire, on multiple les contrôles au faciès ! C’est cette injonction paradoxale qui met à mal le vivre-ensemble ».

 

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