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Fillon, une plaidoirie aux accents populistes

Le candidat de la droite républicaine en a appelé au peuple, supposé incarner à la fois le bien, la clairvoyance et la sagesse…

Analyse - Chef du service Forum Temps de lecture: 3 min

Poursuivi par la justice, talonné par la presse, lâché par une partie de ses troupes, François Fillon a remis son sort entre les mains du peuple. Cette défense procède implicitement d’une pétition de principe selon laquelle le « système » – médiatico-politico-judiciaire – est désormais irrémédiable. Et qu’il convient dès lors de lober ces « structures intermédiaires » et d’en appeler directement au « pays réel ».

Cette rhétorique est assez caractéristique du populisme. Pour l’historien et sociologue français Pierre Rosanvallon, par-delà ses nuances régionales, le discours populiste repose en effet, a minima, sur une double simplification.

Une simplification politique et sociologique : considérer le peuple comme un sujet évident, défini par sa différence avec les « élites ». « Comme si le peuple était la partie saine et unifiée d’une société qui ferait naturellement bloc dès lors que l’on aurait donné congé aux groupes cosmopolites et aux oligarchies ».

Une simplification procédurale et institutionnelle. Le populisme considère que le système représentatif et la démocratie en général sont structurellement corrompus par les politiciens et que la seule forme réelle de démocratie serait l’appel au peuple. « Il suspecte aussi les corps intermédiaires, comme la justice, d’être indifférents aux souffrances du peuple ; ou encore voué aux gémonies, comme étant non-démocratiques et corporatistes, toutes les autorités de régulations légitimées par un principe d’impartialité ».

Sa plaidoirie en trois points

Le discours de François Fillon répond de manière assez remarquable à cette caractérisation générale. Reprenons les trois points forts de sa plaidoirie :

1. François Fillon n’est pas coupable mais victime. L’enquête dont lui, son épouse et ses enfants font l’objet est menée exclusivement à charge par la Justice, de mèche avec une certaine presse. « Je n’ai pas été traité comme un justiciable comme les autres ». Et de préciser que, si on le laissait se défendre loyalement, il « démontrerait » son innocence.

2. Son combat dépasse de loin sa petite personne faillible, ou l’honneur de sa famille. Il défend des intérêts supérieurs aux siens : ceux de la Nation et de la Démocratie. « La France est plus grande que nous. Elle est plus grande que mes erreurs. Elle est plus grande que les partis pris d’une large part de la presse. Elle est plus grande que les emballements de l’opinion elle-même ».

3. La bataille n’est pas perdue, elle ne fait que commencer.

« Je vous demande de résister ».

Et d’assurer que sa famille et sa « famille politique » résisteront – une manière de faire taire les frondeurs.

François Fillon est-il pour autant, le Donald Trump français ? Outre leur conservatisme, leur discours flattant l’autonomie d’individus qui ne se laissent pas gouverner par les médias et le microcosme (de Paris ou de Washington), le Français partage avec l’Américain la caractéristique d’avoir déjoué tous les pronostics en remportant la primaire de son parti… Fillon n’en est pas moins un homme du sérail – un des plus jeunes députés de la Ve République (27 ans en 1981), ancien Premier ministre de surcroît ! – qui a pris le contrôle du principal parti de droite, et non une sorte d’« extra-terrestre » totalement extérieur à la politique.

Derrière un discours inaudible, une mise en scène tristement banale

Une mise en scène assez ordinaire, qui a tout de même permis à François Fillon d’occuper l’espace médiatique toute la matinée, alimentant les rumeurs les plus folles.

Analyse - Cheffe adjointe au service Monde Temps de lecture: 3 min

Droit dans ses bottes. L’expression, rabâchée à l’envi par les proches de Fillon depuis les premières révélations du Canard enchaîné, résonne encore après la conférence de presse du candidat de la droite.

Impassible derrière son pupitre, le candidat LR peut se féliciter d’avoir provoqué l’effervescence en reportant sa venue au Salon de l’agriculture, puis en convoquant dans la foulée la presse.

Une mise en scène toutefois assez ordinaire, qui a tout de même permis à François Fillon d’occuper l’espace médiatique toute la matinée, alimentant les rumeurs les plus folles. « Ses conseillers en communication ont opté pour un événement plutôt classique, confirme Philippe J. Maarek, professeur de communication politique à l’Université Paris Est. L’homme politique qui se défend à la tribune, ses alliés qui lui manifestent leur soutien par leur présence à côté de l’estrade... La mise en scène est conventionnelle ».

A sa tribune, le candidat Fillon reste inflexible, le discours ne change pas : rien ni personne ne l’écartera de la course à la présidentielle.

Pas même la justice. « Le port est quasi présidentiel. En apparence, il garde tout son sang-froid », relève Philippe J. Maarek qui estime que le discours a été bien réfléchi  : « Les avocats ont été mis au courant de la mise en examen ce matin, ce qui n’a pas laissé beaucoup de temps aux conseillers. Mais on sent que le texte a été bien préparé. Puisqu’ils attaquaient la justice, ils se devaient d’être précis. Ils ne pouvaient pas se permettre d’aller trop loin. »

Plus étonnant que l’événement en lui-même, c’est le timing qui pose question, selon l’expert : « Midi, ce n’est pas une heure de grande audience. En fin de journée, son intervention aurait été plus forte. Ici, son discours a été décodé, analysé et commenté en boucle ». Et est devenu, au fil de la journée, moins percutant, et moins audible.

La campagne au point mort

Et moins convaincant ? La conférence de presse convoquée par le candidat de la droite a surtout souffert d’un sentiment de déjà-vu. Il y a un mois à peine, englué dans l’affaire des emplois présumés fictifs depuis deux semaines, François Fillon se soumettait au même exercice, présentant ses excuses aux Français lors d’une « opération vérité ».

Rebelote ce 1er mars, les excuses en moins.

Le candidat de la droite jongle depuis plusieurs semaines entre tentatives de relance de sa campagne et mauvaises nouvelles sur le front judiciaire. « Il n’a pas profité de cette intervention pour relancer sa campagne plus frontalement », s’étonne Philippe J. Maarek.

Et pour cause, malgré une vague critique à l’encontre d’Emmanuel Macron - « Je ne permettrai pas que le seul choix qui nous soit collectivement donné soit celui de la folle aventure de l'extrême droite ou de la continuation du hollandisme » - François Fillon n’a pas souhaité évoquer son programme ou ses adversaires, préférant largement s’épandre sur son « assassinat politique » par le pouvoir judiciaire.

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1 Commentaire

  • Posté par Servais-serwir , jeudi 2 mars 2017, 8:52

    Un vrai homme politique, la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain.

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