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Entre-soi dans l’emploi

L’origine influence non seulement l’insertion professionnelle mais aussi le secteur dans lequel nous travaillons. Un phénomène observé en particulier en Belgique…

Temps de lecture: 4 min

Avec un taux de chômage autour des 8,5 %, la Belgique s’inscrit dans la moyenne européenne. Mais à y regarder de plus près, les pourcentages interpellent : 5,9 % de taux de chômage pour les Belges contre 12,7 % pour les ressortissants de l’UE-14 (Allemagne, France, Pays-Bas, Luxembourg, Italie, Espagne, Grèce, Portugal, Autriche, Danemark, Royaume-Uni, Irlande, Suède, Finlande) et 25,5 % pour les Maghrébins.

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Pourtant, les taux d’activité ne suivent pas la même courbe : si les hommes maghrébins affichent un pourcentage moindre de celui des hommes belges (68,3 % contre 80,8 %), en revanche leur taux d’activité est supérieur à celui des hommes de l’UE-14 (65,6 %)… notamment.

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En d’autres termes, les Maghrébins trouvent moins d’emplois…

Un fossé dans l’insertion professionnelle qu’a notamment déjà pointé Eurostat. L’office statistique de l’Union européenne a publié fin 2016 une étude sur l’insertion professionnelle des immigrés de la 2e génération. On y lit qu’en Europe, leur taux d’emploi est similaire (voire supérieur) à celui des personnes originaires du pays à l’exception de quelques Etats dont… la Belgique !

Plusieurs explications à ces mauvais scores. « Notre enseignement : les résultats de l’étude PISA nous montrent en Fédération Wallonie-Bruxelles, des déficits de compétences élémentaires telle que lire et écrire (lire dans ce dossier, « Il faudrait créer la mixité dès la maternelle »). Depuis longtemps, on parle aussi de la nécessité de réformer notre enseignement et en particulier les filières techniques et professionnelles vers lesquelles sont plus vite réorientés des jeunes de milieu ouvrier ou immigré », souligne Andrea Rea, fondateur du Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (GERME) à l’ULB et actuel doyen de la Faculté de Philosophie et Sciences sociales. « Il faut sans aucun doute renforcer fortement notre enseignement et augmenter le niveau de compétences de tous. Mais la formation n’explique pas tout », poursuit-il, « Des discriminations continuent à exister sur le marché du travail. Ainsi, aujourd’hui, un diplômé universitaire aura une probabilité d’être au chômage de 8 % s’il habite à Uccle et 45 % s’il habite à Molenbeek ! Enfin, une troisième cause est l’hyper-compétition, et en particulier à Bruxelles où la concurrence se joue avec les navetteurs mais aussi avec les nouveaux migrants  ».

Autre caractéristique de notre marché du travail : le secteur qui nous emploie est souvent lié à notre origine. Les Belges par exemple travaillent dans l’industrie textile alors qu’ils sont faiblement présents dans le secteur du nettoyage ; à l’inverse, les Maghrébins sont fort présents dans le nettoyage et plus absents de l’industrie textile…

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« Il y a de l’emploi immigré : il y a des secteurs qui emploient surtout des nouveaux migrants, ce sont le nettoyage, l’horticulture, l’horeca, la construction, c’est-à-dire des secteurs qui ont besoin de beaucoup de main-d’œuvre, employée dans des conditions plus précaires, avec des salaires moins élevés, dans des emplois souvent dépréciés. Ce phénomène s’observe partout en Europe », constate le chercheur.

Au-delà de ce phénomène pour les nouvelles migrations, le marché du travail est structuré : certaines positions ou certains secteurs sont occupés surtout par certaines populations. En cause le niveau de qualification, le type de diplôme mais aussi, pointe encore Andrea Rea, «  Les réseaux relationnels qui nous ouvrent certaines portes ou nous conduisent vers certains secteurs. C’est la formule classique Est-ce que tu peux demander à ton père ?… Il y a une forme de reproduction sociale dans de nombreux secteurs professionnels. Il y a au travail aussi, une logique de renforcement de l’entre-soi ».

« L’immigré ? Quelqu’un qui ne peut pas jouir plus que son dû » !

Depuis que les mouvements migratoires existent, les mêmes clichés circulent, le même rejet de l’immigré s’opère. Quel que soit leur pays d’origine, quel que soit le pays d’accueil. En cause, notamment, la compétition sur l’accès au travail. Explication avec Andrea Rea, centre de recherche GERME, ULB.

 

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