Accueil Opinions Cartes blanches

Carte blanche: «Femmes du monde, vous n’êtes pas isolées»

Plusieurs femmes polonaises font un appel aux femmes des Etats-Unis et du monde à l’approche de la Journée de la Femme.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Nous, femmes de Pologne, avons observé avec un sentiment douloureux de familiarité l’émergence de la plus grande menace sur la démocratie américaine que représente Donald Trump. A l’approche du 8 mars, jour de notre lutte internationale contre les réductions des droits des femmes, nous souhaitons partager avec vous notre vision ce qui est en jeu, vu d’un pays où un gouvernement « Alt Right » de droite radicale est au pouvoir depuis plus d’un an. Chères femmes d’Amérique et du monde, vos craintes sont fondées. Mais vous n’êtes pas seules.

Le 8 mars verra se produire notre deuxième grève contre la relation toxique que notre gouvernement tente d’imposer aux femmes polonaises. La première eut lieu lors d’un Lundi Noir en octobre dernier, lorsque nous avons envahi les rues sous des parapluies noirs pour défendre nos droits reproductifs. D’une manière très similaire à Donald Trump qui dès le premier jour en fonction a bâillonné les ONG apportant un soutien reproductif aux femmes, le gouvernement polonais a entamé son mandat par la tentative de criminaliser les rares exceptions à une loi anti-avortement déjà très restrictive. Nous ne pouvions pas, et nous n’avons pas laissé passer ce projet.

Depuis, nous avons constaté qu’un gouvernement dont le livre de bord débute par une attaque des droits des femmes, poursuit sur sa lancée avec en inscrivant le nationalisme et la diabolisation des immigrants dans les manuels scolaires.

Nous pouvons témoigner qu’une présidence qui commence par confier aux autorités le contrôle de la vie de la femme, continue en retirant sa protection à notre environnement. Notre expérience nous enseigne aussi que lorsqu’un homme élu pour représenter une nation tourne le dos aux femmes, il tourne ensuite rapidement le dos aussi aux médias et à la justice.

En Pologne

En Pologne actuellement, on observe les conséquences de l’accès d’une brute intimidante au pouvoir supérieur : une cour constitutionnelle mutilée, un système éducatif plongé dans le chaos, un pays noyé par le smog et où les forêts primitives et les arbres des villes sont abattus, et enfin où les médias indépendants sont affaiblis par des sanctions économiques tandis que les médias publics sont transformés en machines de propagande du gouvernement. Ce qui avait démarré par un coup de couteau sur nos droits reproductifs est devenu une attaque en règle sur tout ce qui nous est le plus cher en tant que société moderne.

Il en ira peut-être de même dans bien d’autres régions du monde prochainement. Nous reconnaissons que les politiques économiques occidentales ont dépassé les limites de la tolérance sociale, du fait des disparités des revenus et de la corruption. Des changements sont inévitables et il est certain que nous allons au-devant d’une période de transformations agitées.

Mais nous ne pouvons permettre que le fascisme et d’autres erreurs du passé soient mis en avant comme des solutions aux défis du moment. Notre conviction inébranlable est que les droits des femmes sont des droits de l’Homme. Et un futur basé sur la démocratie et le respect envers tous les êtres humains est le seul auquel nous voulons prendre part.

Il y a 28 ans, notre mouvement de masse Solidarité a apporté la démocratie à la Pologne après des décennies d’occupation communiste. Dans la foulée de notre Lundi Noir d’octobre, nous avons baptisé ce 8 mars « Journée sans Femme », lors de laquelle nous manifesterons à nouveau notre solidarité internationale en défense de nos valeurs. Nous ferons la grève en tant que femmes des « 99% » qui ne tolèrent plus l’avidité du 1% qui accapare les richesses, en tant que mères, épouses, sœurs, filles et leaders de la révolution en faveur d’un futur inclusif et durable pour tous. Un futur où la connectivité de la technologie permet de répandre la sagesse et la coopération beaucoup plus vite et plus loin que les fausses vérités et les haines. Un monde où la valeur de l’être humain est basée sur ce qu’il sait, ce qu’il peut faire et comment il peut contribuer, et non sur son genre, son lieu de naissance ou le nom de son dieu. Une société où c’est la main invisible des valeurs démocratiques qui élève les citoyens vers l’égalité pour tous. Nous manifestons contre le piétinement des droits humains gagnés de haute lutte par de braves hommes et femmes du passé, au nom d’un nouveau progrès. Nous nous levons ensemble pour participer à la formation d’un nouvel équilibre qui émergera des crises actuelles sur les deux rives de l’Atlantique.

Se compter pour compter

Afin d’amplifier dans nos pays respectifs notre mobilisation globale, nous proposons de nous compter. Voyons pour nous-mêmes, et montrons aux autres l’ampleur de notre mouvement. Incluez-vous dans ce comptage, indépendamment de la taille de votre ville ou village, que vous viviez en Europe, Amérique du Nord ou du Sud, Afrique ou Asie, que vous puissiez ou non prendre part à des manifestations publiques. Si vous soutenez ce projet d’un nouveau futur interconnecté basé sur la démocratie et l’égalité pour tous, alors s’il vous plaît, prenez votre numéro !

Le compteur www.CountMeIn.pl vous donnera un numéro d’identification unique dans le mouvement global des femmes pour la démocratie. Utilisez-le ! Montrez-le le 8 mars et à chaque fois que vous devez protester contre une injustice, dénoncer un abus, applaudir à une coopération, ou appeler à l’aide. Exposez-le en ligne et partout où vous le pouvez pour rester en sécurité. Utilisez-le pour nous assembler en vue d’ériger un futur dont nous pourrons toutes être fières. Et prenez votre numéro afin de ne plus vous sentir isolées. Car vous ne l’êtes pas.

* Un collectif de signataires : Le Congrès des femmes polonaises  ; International Women’s Strike  ; Lilja Ólafsdóttir, Gudrún Hallgríms dóttir et Guðrún Jónsdóttir, organisatrices ou participantes de la Grève des femmes d’Islande en 1975 ; Wysokie Obcasy, Hebdomadaire féminin polonais et Gazeta Wyborcza, grand journal polonais.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

1 Commentaire

  • Posté par Finet Irène, lundi 6 mars 2017, 10:31

    Bravossssssssss

Sur le même sujet

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une