Après le 22 mars, affronter l’incertitude de l’avenir

Après le 22 mars, affronter l’incertitude de l’avenir

Face aux attentats terroristes, au djihadisme international, l’accroissement des réponses sécuritaires apaisera-t-il nos peurs ? L’enquête Noir, Jaune, Blues 2017 RTBF – Le Soir a révélé l’ampleur des inquiétudes des citoyens, du rejet de l’autre et de la faible confiance dans la capacité des dirigeants politiques à pouvoir améliorer leur vie quotidienne. Comment répondre aux demandes des citoyens qui souhaitent simultanément plus d’ordre, de sécurité, mais aussi plus de protection et d’aide face aux bouleversements contemporains ? Depuis les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, divers événements internationaux font du repli une stratégie pour répondre aux inquiétudes des citoyens. Est-ce la seule manière d’affronter l’incertitude de l’avenir ?

Les citoyens voient leur existence se fragiliser et être toujours plus exposée à l’incertitude du lendemain

Dans notre société devenue « liquide », selon les termes de Zymunt Bauman, les citoyens voient leur existence se fragiliser et être toujours plus exposée à l’incertitude du lendemain. La solidité du statut s’érode, les structures sociales s’effritent et la légitimité des institutions est remise en cause. La société fabrique toujours plus de citoyens fragiles et la peur de l’autre s’approfondit. La recherche du lien communautaire, un lien fort construit autour d’une identité considérée comme homogène (l’identité nationale) semble une voie rassurante pour répondre aux inquiétudes.

La division sociale s’opère alors de plus en plus entre des personnes identifiées comme ayant des cultures différentes ; raisons pour lesquelles il faut fermer les frontières, transformer la différence en ressemblance, se ressembler pour mieux se rassembler et affronter l’incertitude du lendemain. Ce repli, ce renforcement de l’entre-soi s’observe tant parmi ceux qui se qualifient de « peuple légitime », les « vrais » nationaux, que parmi les groupes minoritaires. Toutefois, cette lecture tend à surexposer l’importance de la division « eux » et « nous » fondée sur les seules différences culturelles et à occulter les différences sociales qui s’accroissement toujours plus. Elle occulte aussi le fait majeur : le repli sur soi des puissants de ce monde est, lui, volontaire et non subi.

Les luttes politiques qui s’engagent à présent tendent finalement à reproduire, sans que cela soit à l’identique, des questions qui se sont posées dans les années 30 en Europe entre la volonté de promouvoir une société ouverte ou une société fermée. Le terrorisme islamique international, mais pas que lui, tend à exacerber les différences entre les êtres humains selon leur culture et leur religion en instaurant une politique de la peur et de la guerre. La question reste posée du scénario que prend la réponse. Va-t-il aussi emprunter le chemin de la peur, de l’inimitié et de la guerre ? Une société fermée ne conduirait-elle pas à un renforcement de l’État de sécurité et à la réduction des droits fondamentaux ? Une société fermée n’instituerait-elle pas une idéologie de la guerre de tous contre tous, où l’intégration des uns se ferait au détriment de la marginalisation accrue des minoritaires ? Défendre une société ouverte contre ces ennemis qu’ils soient gouvernés par l’obscurantisme religieux ou celui que peut prendre un populisme nationaliste suppose de transformer nos différences en potentialités. Est-ce possible et à quelles conditions ? Comment instituer une société unitaire malgré nos différences, sans éluder l’existence de luttes sociales ? Comme faire de la coopération plutôt que de la compétition, une valeur cardinale de nos activités ?

La réflexion que nous, enseignants-chercheurs de l’ULB proposons dans Carnets d’identités ne fournit pas de réponses définitives à ces questions. Elle entend simplement alimenter les manières de les penser, dans un esprit critique et scientifique, loin des opinions et des préjugés. Cette prise de parole se veut une participation au débat démocratique. Elle nous a paru comme une nécessité, une urgence.

 
 
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